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Les pluies acides dépendent-elles des forêts ?

Le phénomène des pluies acides est responsable du dépérissement de nombreuses zones forestières dans le monde.  Il est dès lors surprenant d’apprendre que certains végétaux jouent eux-mêmes un rôle considérable dans l’augmentation de l’acidité des pluies ! La cause : ils émettent des substances qui se dégradent en acide formique.

Cette distribution de l'acide formique (en jaune) fut établie grâce à l'utilisation d'un satellite. Les valeurs observées dans l'hémisphère nord sont importantes, d'autant plus que les mesures ont été prises en juillet, c'est-à-dire durant la période de croissance des végétaux. © IASB

Cette distribution de l'acide formique (en jaune) fut établie grâce à l'utilisation d'un satellite. Les valeurs observées dans l'hémisphère nord sont importantes, d'autant plus que les mesures ont été prises en juillet, c'est-à-dire durant la période de croissance des végétaux. © IASB

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Les pluies acides sont depuis longtemps présentées comme étant une des conséquences de la pollution atmosphérique. De fait, celles observées dans les régions polluées de la planète sont causées par le rejet d’acide nitrique et d’acide sulfurique. Pourtant des pluies acides sont observées en dehors des zones polluées. Comment est-ce possible ?

Loin de toute civilisation, ce sont les arbres eux-mêmes qui pourraient être indirectement liés à l’augmentation de l’acidité des pluies. Dès lors, ce ne sont pas les acides nitrique et sulfurique qui seraient en cause mais bien l’acide formique. C’est en effet ce que vient de souligner une équipe du laboratoire Atmosphères, milieux, observations spatiales de l’Institut Pierre-Simon Laplace, en collaboration avec l’Institut d’aéronomie spatiale de Belgique (IASB) et de l’Université libre de Bruxelles (ULB), dans un article paru dans Nature Geoscience. Leurs résultats sont tirés de mesures réalisées à l’aide du satellite MetOp.

Les conifères en cause dans les pluies acides ?

Il était déjà établi que des émissions biogéniques (activités anthropiques, feux de forêts, production par des végétaux) sont responsables de la libération d’acide formique dans l’atmosphère. Il apparaît désormais que cet acide est également présent dans l’atmosphère suite à la dégradation photochimique de composés organiques produit par des végétaux. Les conifères seraient particulièrement mis en cause. Pour aboutir à ce résultat, une cartographie mondiale des quantités d’acides formiques dans l’atmosphère a été réalisée pour la toute première fois. À l’échelle planétaire, plus de 100 millions de tonnes d’acide formique seraient produites annuellement. Ce nombre est trois fois plus important par rapport à l'estimation faite en se basant sur les rejets connus. Par ailleurs, les zones boréales et tropicales apparaissent comme étant les sources les plus importantes d’acide formique.

Les séquelles d’une pluie acide dans une forêt de la République tchèque. © Nipik, Wikimédia domaine public
Les séquelles d’une pluie acide dans une forêt de la République tchèque. © Nipik, Wikimédia domaine public

Connaît-on la molécule qui se dégrade en acide formique ? Non. Cependant, partant du principe qu’elle doit avoir une courte durée de vie et que les conifères en libèrent, cette molécule pourrait appartenir au groupe des terpènes. C’est du moins l’hypothèse émise par les chercheurs. Les conifères sont en effet connus pour être de grands producteurs de terpènes, des molécules volatiles appartenant à la classe des hydrocarbures.

Quel impact l'acide formique a-t-il sur les pluies acides?

Grâce à une modélisation globale du cycle atmosphérique de l’acide formique, l’impact de sa production sur l’acidité des pluies a pu être estimé. Ainsi, l’acide formique d’origine végétale serait responsable de 60 à 80 % de la teneur en acide des pluies tombant sur la Taïga en été. Les États-Unis seraient également touchés par le phénomène puisque 30 à 50 % de l’acidité des pluies serait d’origine naturelle.

Ainsi, il existerait un lien très fort entre les forêts et l’acidité des pluies. Ce résultat ne signifie en aucun cas qu’il faut relâcher nos efforts de diminution de nos pollutions car les pluies acides de régions polluées restent le fait des acides nitrique et sulfurique et non de l’acide formique.


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