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Des plantes sauvages en centre-ville, c'est possible !

La biodiversité de plantes sauvages en zone urbaine est plus riche qu'il n'y paraît et parfois bien différente de celle en périphérie. Pour se disperser en ville, les espèces végétales recourent aux microfissures des murs et de la chaussée. C'est ce que rapporte une vaste collecte nationale réalisée en 2013 par plus de 400 citoyens.

Le pissenlit commun (Taraxacum sp.), le pâturin annuel (Poa annua) et la vergerette du Canada (Conyza canadensis) sont les trois espèces les plus communes. Les sagines, souvent confondues avec des mousses, sont les moins vues. © Jojo, Wikipédia, cc by sa 3.0 Le pissenlit commun (Taraxacum sp.), le pâturin annuel (Poa annua) et la vergerette du Canada (Conyza canadensis) sont les trois espèces les plus communes. Les sagines, souvent confondues avec des mousses, sont les moins vues. © Jojo, Wikipédia, cc by sa 3.0

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Pour l'heure, Nantes détient le record : 85 espèces de plantes sauvages recensées l'an dernier dans la seule rue Gambetta. Il faut dire que cette dernière juxtapose le jardin botanique et le cimetière militaire d'où se dispersent probablement des graines germant spontanément dans les interstices.

Ce chiffre a été obtenu par l'un des nombreux participants bénévoles de Sauvages de ma rue, un programme d'inventaire en ville de la biodiversité botanique non domestique et dont le bilan pour l'année 2013 vient d'être publié. Lancé initialement en région parisienne en 2011 par le Muséum national d'histoire naturelle et le réseau de botanistes francophones Tela Botanica, l'opération s'est élargie en 2012 au reste de la France.

Validées par un réseau de près de 1.200 botanistes confirmés, les informations (description, photos) sont intégrées à Flora Data, une base de données open source et téléchargeables, et instantanément cartographiées sur eFlore. Elles servent ou serviront ainsi à une multitude d'études et de projets personnels ou officiels. « C'est là qu'entre en jeu la sérendipité, la possibilité de faire des découvertes scientifiques inattendues », peut-on lire sur Tela Botanica.

La pariétaire de Judée (Parietaria judaica) est une espèce française dite invasive dans le sens où elle s'adapte très bien aux stress de la ville. Très répandue, elle participe à assainir l'air et le sol, ce qui profite ensuite à d'autres espèces. Introduite en ville pour ses propriétés lavantes, elle serait également reconnue allergisante.
La pariétaire de Judée (Parietaria judaica) est une espèce française dite invasive dans le sens où elle s'adapte très bien aux stress de la ville. Très répandue, elle participe à assainir l'air et le sol, ce qui profite ensuite à d'autres espèces. Introduite en ville pour ses propriétés lavantes, elle serait également reconnue allergisante. © G. Hagedorn, Wikipédia, cc by sa 3.0

La science participative dans les fissures des villes

En attendant des publications scientifiques qui nécessitent davantage de données, plus de 37.000 observations sont recensées depuis 2011 dans environ 9.300 rues de France. Après Paris, ce sont les voies de Marseille, Angers, Strasbourg, Montpellier, Toulouse ou encore Blois, qui sont passées à la loupe des passionnés. « Les contributions des 23.000 « telabotanistes » autorisent à mener des recherches de vaste ampleur », se réjouit Audrey Tocco, chargée du programme à Tela Botanica.

Si certains sont à l'aise avec la botanique et l'informatique, les novices peuvent le devenir rapidement. « C'est l'un des autres intérêts de ce projet de science participative adapté pour être accessible au plus grand nombre », souligne Audrey Tocco. Les débutants progressent aussi avec IdentiPlante, un espace d'aide à la détermination d'espèces.

Par ailleurs, au contact quotidien des plantes sauvages des villes, les gestionnaires d'espaces verts et de voirie participent aux relevés de terrain. Par leur métier, ils rapportent d'autres éléments, comme le type de revêtement ou de gestion phytosanitaire qu'ils consignent dans un programme qui leur est dédié : Florilèges.

La diversité de la flore sauvage contribue à la qualité de vie des villes

Tous ces bénévoles contribuent notamment par leurs relevés à l'étude du rôle des brèches urbaines dans le dynamisme des populations de plantes sauvages en ville. « Les zones urbaines représentent des plus en plus un frein à la circulation des espèces botaniques », indique Audrey Tocco. En cause, la densification du bâti, les traitements phytosanitaires et une démographie croissante, parmi d'autres facteurs. Pour se disperser, les espèces profitent des microfissures dans les murs ou le sol, elles poussent au pied des arbres mais aussi dans les parcs.

Les trois premières années de données révèlent que le nombre d'espèces moyen dans une rue passe de trois à neuf si le site est aménagé de pelouses ou de plantations d'arbre. « Ce type de corridors urbains doit être soigné pour y maintenir, diversifier et enrichir les plantes sauvages. » Recréer de la biodiversité en ville est bénéfique pour la santé car cela dépollue l'air et le sol, poursuit-elle, en plus de générer un esthétique cadre de vie. « Cela s'avère également utile pour la biodiversité extra-urbaine avec laquelle elle est connectée et, de fait, à la qualité générale de notre environnement et de nos paysages. »

Les données permettront des comparatifs entre villes pour localiser celles où la biodiversité végétale se porte le mieux ou le moins bien. Plateforme nationale d'expérimentations et de conseils techniques à destination des services espaces verts des collectivités territoriales et des entreprises du paysage, Plante & Cité prend alors le relais pour conseiller les collectivités dans leurs politiques de gestion. Le record de Nantes ne tiendra peut-être pas longtemps.


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