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La couleur et ses mystères

Nous vivons dans un monde en couleurs : l'art, la mode, le marketing... La couleur, qui apparaît comme naturelle, est un enjeu économique (développement de matériaux et de produits) et s'accompagne de recherches importantes.

Page 11 / 16 - Les enluminures et le livre de Kells Sommaire
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Claire König Enseignante Sciences Naturelles

L’enluminure

 Portrait d'une femme en train de réaliser une enluminure
 Portrait d'une femme en train de réaliser une enluminure

1 - L'or :

Il est le matériau de l'enluminure, en poudre ou en feuille. L'or est appliqué sur un mordant qui assure l'adhérence :
- pour l'or en poudre, mordant à la gomme arabique directement mélangé à la poudre,
- pour l'or en feuille, un mordant soit à l'oeuf soit aux cristaux d'ammoniac soit un gesso à base de plâtre éteint si l'on désire du relief sous la feuille. Il est souvent cerné d'encre noire.

L'or est abondamment utilisé jusqu'au début du XIV° siècle.

Aigles
Aigles

2 - Les pigments

Orpiment, murex, azurite, cochenille, porphyre, curcuma...broyés, en décoction, mêlés à l'eau de gomme d'arabique ou à la colle de peau de poisson.

- les rouges sont obtenus à partir d'oxyde de plomb, de cinabre, de kermès rouge, de murex...
- le bleu lapis-lazuli, réservé aux éléments les plus importants comme la robe de la Vierge.
- les jaunes proviennent du safran, de la sève de chélidoine, de l'orpiment.
- les verts sont extraits de la malachite, du vert-de-gris, de l'argile verte...
- le blanc vient de la céruse, très toxique et fabriquée à partir du plomb.

Les matières premières sont sujettes à une longue préparation : réduites en poudre très fine à l'aide de mortier et de pilon puis filtrées au travers d'un tissu, elles peuvent enfin être mêlées à un liant pour obtenir les diverses peintures.

Taureau de St Luc
Taureau de St Luc

Liants et application

Au Moyen Age, les manuscrits sont peints à l'eau de gomme arabique ou à la colle de peau de poisson ou à la détrempe à l'oeuf. Dans cette dernière technique, l'oeuf dilué à l'eau sert de liant au pigment pur, broyé très finement. Le mélange se fait au dernier moment car la détrempe sèche rapidement. On l'applique en couches sans épaisseur jusqu'à l'intensité désirée. Les pigments ne sont pas mélangés pour éviter des réactions indésirables. On attend que la couche sèche pour appliquer la suivante

Tigre bestiaire Aberdeen XIII
Tigre bestiaire Aberdeen XIII

Les supports

- Le papyrus manque de résistance.
- Le parchemin : un beau parchemin provient d'un animal jeune à la peau fine.
- Le vélin, issu d'animaux morts-nés, est le plus prestigieux.
- Le papier existe déjà au II° siècle en Chine. Il arrive en Occident vers le XI° siècle mais réservé aux ouvrages moins luxueux. Il concurrence le parchemin à la fin du XV° siècle.

Femme récoltant les oeufs d'oie
Femme récoltant les oeufs d'oie

Le Livre de Kells

Ce livre est une œuvre suprême de l'art celte et l'un des plus importants trésors de l'Europe occidentale. Ce n'est pas simplement un manuscrit religieux. Bien sûr, le texte est celui des quatre évangiles et l'unique sujet du livre. Mais son âge et sa facture nous permettent de découvrir l'art et le style médiéval de l'Irlande…

Livre de Kells
Livre de Kells

L'histoire du Livre de Kells nous ramène au 6ème siècle. Le livre est l'œuvre d'au moins deux mains différentes (peut-être quatre) d'après les experts ; il a été copié peu de temps après la mort de Saint Columba dont le monastère se trouvait sur l’île de Iona, autour de l'an 800. Il s'agit d'un livre d'art sacré devant apparaître dans les grandes occasions.
Un travail réalisé à la main, avec des entrelacs époustouflants, d'une minutie incroyable, chaque motif est original. Sur une page, 158 lignes figurent dans un entrelacs de 3 cm2 et aucune erreur n'a pu être repérée même avec une loupe ! Les maîtres d'atelier devaient souffrir de myopie car il faut une loupe avec un grossissement de 10 pour voir les détails de décoration époustouflants qui figurent sur le portrait de St Luc, page 201. Il y a de nombreux autres exemples de la finesse de ces détails, et les loupes de cette puissance ont été inventées plusieurs centaines d'années après cette époque.

Livre de Kells
Livre de Kells

Deux des peintres se démarquent par leur génie et leur style particulier. Le premier est Celte (soit Irlandais soit Ecossais). Il est précis, soigné et habile, se servant toujours d'encre ferrique. Par sa superbe, cette seule écriture aurait fait du livre un chef d'œuvre. Ses couleurs préférées sont le bleu et le vert. Vers la fin du livre il y a deux pages de lui, avec des lettres bleues d'un côté et la symétrique verte de l'autre.

Son grand rival devait venir du sud - un Arabe, un Arménien ou un Italien. Il connaissait l'art méditerranéen et peignait dans un style audacieux, presque fantastique, tout en maîtrisant le style tourbillonnant de l'art Celte. Il peut commencer un texte en noir, poursuivre avec un écarlate éclatant, passé au brun et revenir au noir. Il est toujours friand de petits détails - rameaux de fleurs sauvages, points et diamants.

Durant les raids vikings il a été emporté au monastère de Kells (Irlande) afin de le protéger. Il y est resté jusqu'en 1007, année où il fut volé. La couverture en or, probablement incrustée de pierres précieuses, fut arrachée et le manuscrit jeté. Retrouvé, il avait subi ses premiers dommages et la couverture ne fut jamais retrouvée. Gardé à Kells jusqu'en 1541, lorsque l'Eglise catholique romaine le prend sous sa protection, le livre est rendu à l'Irlande et donné au Trinity College de Dublin par l'archevêque Ussher. Il est resté à l'université depuis. Il a souffert des ravages du temps, d'une mauvaise reliure. En 1953, un travail de restauration important a débuté. A Dublin, deux volumes sont visibles dans des conditions de contrôle très strictes et les pages sont tournées régulièrement afin que le grand public puisse admirer les différentes sections du livre.

Livre de Kells
Livre de Kells

Afin de rendre ce trésor plus facile d'accès, la direction du Trinity College a décidé en 1986 de permettre la réalisation de fac-similés de qualité. Le travail a été confié à un éditeur suisse, Urs Duggelin, dont la société (Faksimile Verlag) est spécialisée dans la reproduction de manuscrits enluminés rares et bénéficie d'une remarquable réputation. Duggelin a considéré ce projet comme la réalisation du rêve de toute une vie. L'original ne pouvait pas être déplacé de Dublin. Il ne pouvait pas être "délié" (pour numériser les pages), et surtout, il était hors de question que qui ou quoi que ce soit touche les pages du livre - même pas le verre d'une plaque de reproduction. Dans sa détermination Duggelin a investi environ 160 000 euros et deux années et demi de travail pour inventer une machine qui permet de photographier le livre sans le toucher. Les photos ont été réalisées en 1986. Ensuite le véritable travail a débuté. La copie reproduit fidèlement l'état actuel de l'original, y compris les quelque 580 trous faits par des insectes de toutes sortes et par dégradation naturelle. Une impression normale se fait en 4 couleurs, mais comme certaines pages du livre de Kells contiennent une dizaine de couleurs, un procédé plus complexe (et plus coûteux) a été mis en place. Les livres sont reliés et cousus à la main, en respectant les techniques médiévales, ce qui demande beaucoup de compétence.

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