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Avec quatre siècles d'avance, les Romains connaissaient l'encre métallique

Des siècles avant leur utilisation massive en Europe, les Romains écrivaient avec de belles encres métalliques. C'est ce que montre une analyse poussée de papyrus fortement endommagés par la chaleur de la célèbre éruption du Vésuve, découverts à Herculanum entre 1752 et 1754.

Des lettres grecques apparaissent clairement sur ces papyrus découverts à Herculanum et étudiés avec les méthodes modernes de la physique. © Emmanuel Brun Des lettres grecques apparaissent clairement sur ces papyrus découverts à Herculanum et étudiés avec les méthodes modernes de la physique. © Emmanuel Brun

Avec quatre siècles d'avance, les Romains connaissaient l'encre métallique - 2 Photos
encre herculanum  E Brun

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En 2015, une équipe internationale de chercheurs utilisait l’une des lignes de lumière de l’ESRF (European Synchrotron Radiation Facility), le synchrotron de Grenoble, pour percer les secrets des célèbres papyrus d'Herculanum. Par une nouvelle technique d'imagerie non invasive, la tomographie X en contraste de phase (XPCT), ces chercheurs ont pu identifier des caractères grecs sans dérouler les fragiles rouleaux, carbonisés par l'éruption du Vésuve en 79 après J. C.

Ces papyrus faisaient partie de la bibliothèque de Lucius Calpurnius Piso Caesoninus, encore appelé Pison, un politicien influant de la Rome antique, protecteur des arts et de la philosophie. Cette bibliothèque est la seule de l’Antiquité qui nous soit parvenue complète. Elle contenait notamment des textes rédigés en grec exposant les idées de Philodème de Gadara, un philosophe épicurien d’origine syrienne, mais très hellénisé.

L'un des deux rouleaux de papyrus d'Herculanum mis à disposition des physiciens par l’Institut de France. Pour les spécialistes, son petit nom est PHerc.Paris.4. Ces rouleaux avaient été donnés à Napoléon en 1802 par le roi de Naples.
L'un des deux rouleaux de papyrus d'Herculanum mis à disposition des physiciens par l’Institut de France. Pour les spécialistes, son petit nom est PHerc.Paris.4. Ces rouleaux avaient été donnés à Napoléon en 1802 par le roi de Naples. © Emmanuel Brun

Les Romains écrivaient avec une encre au plomb

Les chercheurs ont poursuivi l'étude de ces papyrus avec des rayons X et ils annoncent aujourd’hui une découverte étonnante dans un article des Pnas (et un autre dans Scientific Reports). Le résultat est d'importance pour l'histoire. Une partie du savoir avancé de l’Antiquité a disparu avec la chute de l’empire romain et les destructions successives de la grande bibliothèque d’Alexandrie. Comme le met en scène le film Agora d’Alejandro Amenábar, bien des découvertes du Moyen-âge ou de l’époque moderne, du temps de Copernic, Léonard de Vinci et Kepler, avaient peut-être déjà été faites par certains des esprits les plus brillants des civilisations grecques et romaines. Citons par exemple l'extraordinaire mécanisme d’Anticythère.

En l’occurrence, les rayons X ont révélé une teneur anormalement élevée en plomb des caractères lus sur les papyrus d’Herculanum. L’hypothèse d’une contamination par des infiltrations d’eau ou encore dès l’origine par un pot d’encre en cuivre ou par le récipient en bronze contenant les papyrus ne tient pas, vu la concentration mesurée. Il faut en déduire que l'écrivain a utilisé une encre métallique. Les Égyptiens utilisaient de telles encres depuis 2500 av. J.-C, mais les historiens s’accordaient généralement pour affirmer qu'elles n'ont refait leur apparition qu’à partir du IVe siècle en Europe. L’usage de l’encre au gallo-tannate de fer, une encre noire à violette fabriquée surtout à partir de sulfate ferreux et de divers tanins d’origine végétale aurait débuté vers l’an 420. Elle s’est ensuite largement imposée pour l’écriture des parchemins pendant des siècles.

Les papyrus d’Herculanum prouvent donc qu’une encre métallique à base de plomb était connue des Romains au moins quatre siècles plus tôt qu’on ne le pensait. Surtout, cette découverte ouvre de nouvelles voies pour extraire l’information contenue dans ces papyrus car la présence de pigments métalliques va suggérer aux chercheurs de nouvelles techniques pour déchiffrer les textes qu’ils contiennent.


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