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Robots et avatars

Des robots de Capek au Terminator de Cameron, de l'ordinateur paranoïaque de Kubrick à l'agent Smith de Matrix, les créatures artificielles ont toujours peuplé notre imaginaire. Depuis près de 2.000 ans, l’Homme tente de recréer la vie sous la forme d’automates, de robots et, plus récemment, de créatures virtuelles.

Page 3 / 7 - Intelligence artificielle : enjeux et espoirs Sommaire
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Jean-Claude Heudin Enseignant chercheur

L'intelligence artificielle (IA) représente un enjeu majeur pour les décennies à venir car il s’agit d’atteindre un niveau crédible pour les applications et les usages qui s’annoncent. Des avancées significatives ont été obtenues ces dernières années dans le domaine de la vie artificielle, mais nous sommes encore loin des entités algorithmiques autonomes qui permettraient une véritable utilisation à large échelle.

Au sein de l’Interactive Media Lab., nous étudions plus précisément l'intelligence artificielle des créatures virtuelles que nous avons présentées à la page précédente.

Exemple d'intelligence artificielle : une interface pour le projet Eva (Evolutionary Virtual Agent) sous la forme d'une IA futuriste inspiré par le courant cyberpunk. © DR
Exemple d'intelligence artificielle : une interface pour le projet Eva (Evolutionary Virtual Agent) sous la forme d'une IA futuriste inspiré par le courant cyberpunk. © DR

Histoire de l'intelligence artificielle

L’histoire de l’intelligence artificielle est aussi ancienne que celle de l’ordinateur. Néanmoins, on peut dater le début de ce domaine de recherche par les publications du logicien Alan Turing au début des années cinquante puis la création « officielle » du champ de recherche en 1956 lors de la conférence organisée par quelques pionniers dont John McCarthy, Claude Shannon et Marvin Minsky.

Le domaine de l’IA a ensuite connu une enfance chahutée, faite d’une succession de périodes d’engouement et d’espoirs disproportionnées, suivies de douloureuses périodes de remise en question. Malgré des avancées pourtant significatives, les résultats en matière d'intelligence artificielle ont toujours été, en effet, en deçà des prédictions, celles-ci relevant plus de fantasmes que d’objectifs de recherche. Aujourd’hui encore, certaines concrétisations dans les domaines de l’intelligence artificielle distribuée, de la vie artificielle et de l’évolution artificielle suscitent à nouveau des prédictions techno-prophétiques. On y parle par exemple de « singularité technologique », sorte de « trou noir » hypothétique au-delà duquel la civilisation humaine serait dépassée par celle des machines, portée par des IA aux capacités surhumaines. Même si cette prédiction est intéressante intellectuellement, elle relève plus de l’expérience de pensée que d’une perspective crédible ou d’un programme de recherche sérieux.

Une nouvelle intelligence artificielle

Après la période dite « classique » et les différents courants de recherche qui lui ont succédé, il est aujourd’hui temps d’aborder sereinement le projet ambitieux d’une « nouvelle » intelligence artificielle. Il faut probablement pour cela abandonner les fantasmes d’IA capables de rivaliser voire de supplanter l’intellect humain. L’intelligence « machinique » –  j’emprunte ce terme au roman d’Harry Harrison et Marvin Minsky Le problème de Turing –  sera certainement au bout du compte assez différente et complémentaire de l’intelligence humaine. D’un côté nous avons un système organique complexe produit par plusieurs millénaires d’évolution, dont les décisions sont largement influencées par l’émotion et l’instinct. De l’autre nous aurons des IA aux capacités de calcul, de logique, et d’accès à l’information sans précédent. Ces IA devront néanmoins intégrer certains aspects émotionnels et notre langage pour être capables de dialoguer et nous seconder efficacement dans nos activités quotidiennes.

Une simple structure en colonne met en évidence la complexité des interconnexions dans un réseau de neurones naturel. Mais même si aujourd’hui on connaît mieux les propriétés des neurones, cette connaissance se révèle finalement assez peu utile pour expliquer les propriétés globales que sont la pensée, la conscience, l’intelligence. © DR
Une simple structure en colonne met en évidence la complexité des interconnexions dans un réseau de neurones naturel. Mais même si aujourd’hui on connaît mieux les propriétés des neurones, cette connaissance se révèle finalement assez peu utile pour expliquer les propriétés globales que sont la pensée, la conscience, l’intelligence. © DR

Les nouvelles pistes de recherche sur l'intelligence

Si nous voulons avancer dans cette voie, il semble nécessaire de prendre conscience de l’extraordinaire complexité de l’intelligence humaine. Pour ce faire, les sciences de la complexité nous ont donné, ces dernières années, de nouvelles pistes de recherche prometteuses. Ainsi, l’intelligence humaine doit être considérée, en première approche, comme une propriété qui émerge de l’un des réseaux parmi les plus complexes que l’on connaisse, le cerveau humain et ses milliards de cellules nerveuses interconnectées. L’ancien dicton « le tout est plus que la somme de ses parties » semble trouver dans l’intelligence artificielle une parfaite illustration.

À la démarche réductionniste classique en science, il faut donc associer des approches complémentaires s’il l’on veut maintenant progresser. L’une d’entre elles consiste à procéder par synthèse plutôt que par réduction. Au lieu de découper un système en ses éléments les plus simples, il s’agit d’étudier les conditions propices à l’émergence des propriétés globales à partir d’un ensemble d’agents en interaction. Depuis de nombreuses années, on étudie dans les laboratoires les réseaux de neurones formels avec des résultats intéressants mais qui ne permettent pas d’envisager la synthèse d’une véritable intelligence. Il ne suffit donc pas d’envisager une approche au niveau cellulaire, mais également d’autres niveaux de complexité.

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