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En vidéo : une blatte télécommandée !

Aux États-Unis, un laboratoire de robotique présente un étrange résultat : une – vraie – blatte littéralement pilotée à distance. Pour quoi faire ? Pour aller chercher des victimes sous un éboulement, expliquent les chercheurs...

L'insecte télécommandé s'écarte très peu de la ligne. Chaque stimulation dure quelques dixièmes de seconde et le changement de direction obtenu va jusqu'à 24° dans l'expérience rapportée par les auteurs. © Electrical and Computer Engineering

L'insecte télécommandé s'écarte très peu de la ligne. Chaque stimulation dure quelques dixièmes de seconde et le changement de direction obtenu va jusqu'à 24° dans l'expérience rapportée par les auteurs. © Electrical and Computer Engineering

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C’est la vision d’Alper Bozkurt, professeur d’ingénierie à l’université d’Etat de Caroline du Nord : « à terme, nous voulons réaliser un réseau de senseurs utilisant les blattes pour collecter et transmettre des informations, par exemple dans les restes d’un bâtiment écroulé après un tremblement de terre ». L’idée peut sembler puissamment originale.

Pourtant, des chercheurs ont déjà pensé à faire appel à des rats commandés par des électrodes ou, dans le cadre du projet Biotact, à des robots à moustaches. Sans oublier le programme Cyborg Beetle, soutenu par l’armée américaine, consistant à télécommander un scarabée en train de voler.


En envoyant des signaux électriques sur les fibres neurveuses à la base des antennes (à l’avant de l’animal) et des cerques (à l’arrière de l’abdomen), on provoque chez la blatte un mouvement réflexe dans la direction opposée. Avec un émetteur radio, on peut ainsi piloter l'insecte, avec deux commandes, « gauche » et « droite » (« L » et « R » dans la vidéo). © Electrical and Computer Engineering/YouTube

Une télécommande à deux boutons

L’idée de la blatte, finalement, tient debout... Comme l’explique Alper Bozkur, la réalisation d’un robot minuscule est très délicate. Alors pourquoi ne pas utiliser les modèles très réussis que la nature a concoctés après des millions d’années d’évolution ? Solide, peu gourmande en énergie, disposant d’un nombre étonnant de degrés de liberté, résistante à l’eau et aux chocs, puissante pour sa taille, et même suffisamment opiniâtre pour ne renoncer que rarement à une mission, la blatte ferait un excellent robot.

Et ils l’ont fait ! La blatte, effectivement, suit la ligne tracée au sol sous l’impulsion d’une véritable télécommande. Le dispositif est finalement assez simple. L’animal, une blatte de Madagascar (Gromphadorhina portentosa), porte sur son dos un petit circuit électronique de 0,7 g. Un microcontrôleur, relié à un récepteur, envoie des petits signaux électriques sur quatre électrodes implantées sur les fibres nerveuses provenant, à l’avant des deux antennes et, à l’arrière, des deux cerques (une paire d’appendices à l’extrémité de l’abdomen).

La blatte équipée de son système de pilotage à distance. On voit les deux électrodes qui partent vers l'avant pour s'implanter à la base des antennes, tout près du ganglion cérébral. Deux autres sont reliées aux cerques, des appendices prolongeant l'abdomen. La pièce de monnaie est un « quarter », mesurant 24,26 mm de diamètre. © Electrical and Computer Engineering
La blatte équipée de son système de pilotage à distance. On voit les deux électrodes qui partent vers l'avant pour s'implanter à la base des antennes, tout près du ganglion cérébral. Deux autres sont reliées aux cerques, des appendices prolongeant l'abdomen. La pièce de monnaie est un « quarter », mesurant 24,26 mm de diamètre. © Electrical and Computer Engineering

La mise au point sera longue…

Ces deux commandes fonctionnent de la même manière. En stimulant les neurones situés à la base d’une antenne, on fait croire à l’insecte que cet appendice a bougé. La blatte en déduit qu’elle vient de toucher un obstacle et tourne dans la direction opposée. Les cerques lui servent à détecter les légers mouvements d’air, signalant l’arrivée d’un danger, par exemple un prédateur. En envoyant de ce côté une petite décharge électrique, on obtient le même résultat : l’insecte se dirige dans l’autre direction. La blatte se pilote donc avec deux boutons : « gauche » et « droite ». Bien sûr, la méthode reste rudimentaire. Il manque par exemple les ordres « arrête » et « avance »… Mais ces insectes travailleurs et obstinés ne font guère de pause lorsqu’ils explorent un territoire.

Il reste aussi à réussir une commande généralisée pour un essaim d’insectes et à équiper ces blattes de capteurs capables d’envoyer des informations utiles. Les sauveteurs à la recherche de victimes ensevelies n’auront pas de sitôt une boîte à blattes parmi leur matériel…


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