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Biographie de Elisabeth Piotelat

Ingénieur d'études CNRS

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Sa biographie

J'ai eu la chance de grandir en Bourgogne sous un ciel rempli d'étoiles. Très tôt, je me suis intéressée à l'astronomie, ce qui n'aurait sans doute pas été le cas si je n'avais vu que des lampadaires en levant les yeux, comme c'est malheureusement le cas de beaucoup d'enfants aujourd'hui. 

Après le bac, attirée par le secteur aérospatial, j'ai opté pour les classes préparatoires, puis une école d'ingénieur généraliste l'ENSIAME à Valenciennes. Cela m'a donné l'occasion de partir en stage à la DLR en Allemagne où l'on teste les moteurs d'Ariane ; et en 1995, à la station de radioastronomie de Nançay, où je suis restée pour un job d'été consistant à contrôler le radiotélescope. J'y ai croisé Jean Heidmann dont j'avais lu tous les ouvrages sur SETI. J'ai aussi rencontré François Biraud, dont les connaissances scientifiques et techniques m'impressionnaient. Nous avons discuté des recherches qu'il a mené à Nançay en 1992 avec Jill Tarter. 

Je publiai à l'époque un fanzine, « le bulletin de la Cabine Télescope » où il était souvent question de SETI. Il y avait une centaine d'abonnés, et à l'occasion d'un jeu de création de messages codés, j'ai contacté la SETI League.  Je travaillais alors en tant qu'ingénieur au Centre de Calcul de l'IN2P3. La représentante en France de l'association terminait un post-doctorat au CEA. Ensemble, nous avons mis en place l'un des premiers sites web francophones consacré à SETI, puis elle est rentrée en Ecosse en me demandant de représenter l'association à laquelle j'avais adhéré quelques mois plus tôt.

Le logiciel SETI[at]HOME est sorti en mai 1999. Son succès immédiat a surpris tout le monde, aussi bien la petite équipe d'informaticiens de l'université de Berkeley que  mes collègues qui  effectuaient à l'époque des recherches sur les grilles de calcul. Je gérais une liste de discussion  sur SETI qui a vu son nombre d'abonnés augmenter rapidement. En revanche, les discussions tournaient souvent autour d'une espèce de compétition. J'ai eu un pic, est-ce que c'est un signal ?  Qui a une valeur plus grande que la mienne ? Il y avait une véritable course au CPU, chacun voulant montrer la puissance de son PC. Ceux du laboratoire LORIA étaient relativement bien placés au niveau international.

Le décès de Jean Heidmann en 2001 marqua un coup d'arrêt de l'implication de France dans les projets SETI. Je fus invitée à une réunion du « SETI Permanent Study Group » de l'Académie Astronautique Internationale (IAA) à Toulouse. Assise autour de la même table que les américains Roger Malina, Seth Shostak ou Paul Shuch, le canadien Allen Tough, l'australienne Carol Oliver ou l'italien Claudio Maccone, je compris à quel point le rôle de Jean Heidmann était important au niveau international, en particulier pour faire la liaison entre SETI et l'IAA.  Jusqu'à présent, toutes mes activités liées à SETI s'étaient déroulées dans un cadre purement associatif ; au détriment sans doute des lectures de romans de science-fiction et des soirées d'observation astronomique. Si je pouvais apporter une aide ponctuelle, je n'avais ni le bagage, ni la stature pour jouer dans la cour des grands.

J'ai obtenu un poste d'ingénieur d'étude au CNRS l'année suivante. Travaillant en région parisienne,  j'ai rencontré les membres du groupe de recherche en exobiologie. A une époque où chaque jour on découvre de nouvelles exo-planètes, en particulier grâce aux missions passionnantes comme Corot, il est intéressant de réfléchir aux nouvelles perspectives que cela apportait à SETI et aux possibilités de relancer une telle recherche en France. J'ai modestement participé à l'organisation du congrès  qui s'est déroulé à l'UNESCO en 2008, en particulier pour les évènements grand-public. Ce fut extraordinaire de voir plus d'une centaine de scientifiques du monde entier échanger des idées dans un lieu aussi prestigieux.

Son métier au quotidien

Une journée consacrée à SETI

Combien de personnes au monde ne travaillent « que sur SETI » ? Il y a les membres du SETI Institute, quelques chercheurs de l'université de Berkeley aux Etats-Unis et quelques personnes éparpillées un peu partout dans le monde. Je ne pense pas qu'il y en ait en France.  Il m'arrive cependant de consacrer des journées entières à SETI, comme le 3 mai dernier.

9h00 : J'arrive à mon laboratoire, le LIMSI, situé sur le plateau du campus d'Orsay. « Je croyais que tu étais en congés aujourd'hui ! » me dit un collègue à la cafétéria. « Oui, je pars à 10h à la station de radioastronomie de Nançay ».  Je consulte ma messagerie et répond à quelques demandes qui peuvent se traiter rapidement.

10h00 : Un collègue passe me chercher en voiture. Devant un champ d'éoliennes, nous discutons de BOINC. Faire calculer des PC en permanence, ce n'est pas très écolo !  Nous parlons des nombreuses vidéos du SETI Institute et des multiples échos sur le net suite à un communiqué envisageant l'utilisation de LOFAR pour SETI.

12h00 : Nous arrivons à Nançay, « le lieu du monde que je préfère » comme écrit Alain Fournier dans « Le Grand Meaulnes ». Pour la première fois depuis 15 ans, je retourne dans le bâtiment dans lequel j'avais effectué mon stage de fin d'étude d'école d'ingénieur. D'autres stagiaires sont là, juste à côté de la salle où l'on contrôle le grand radiotélescope.  Quelle vue imprenable !

12h30 : La cuisine du restaurant est toujours aussi bonne. En dégustant l'entrée, nous discutons de pulsars, puis de plongée sous-marine et de requins. Cela me rappelle nos conversations interminables sur les sursauts de Jupiter, le nombre d'étoiles dans la galaxie ou la jonglerie lorsque j'étais en stage. Je prends le café avec l'ingénieur qui m'avait encadrée en 1995. Il travaille en ce moment sur des développements pour le prototype EMBRACE. Nous rencontrons le responsable de la communication et discutons du tournage pour France 2 cette après-midi. Des lycéens en visite dans la station envahissent la cantine au moment où nous sortons.

13h30 : Avant l'arrivée des journalistes, j'ai l'opportunité de visiter la station. Je suis impressionnée par les nouveaux instruments, qu'il s'agisse du bunker en polystyrène protégeant le prototype  EMBRACE ou des antennes de LOFAR. C'est un peu dommage que les journalistes viennent  surtout à Nançay pour parler de SETI, alors qu'aucune observation n'y a été faite depuis 1992 et qu'il y a tant de développements à la pointe de la technologie qui sont mis en place. 

14h00 : Nous croisons l'équipe de tournage en train de filmer une antenne du radio-héliographe. Le radiotélescope est en maintenance en ce début d'après-midi. L'opérateur de service  nous offre des moments uniques, que l'on ne peut pas connaître en visitant la station un week-end avec « Ciel Ouvert ». Tout d'abord, les dix miroirs mobiles entrent en mouvement. Nous sommes au pied de la gigantesque structure lorsque les moteurs se mettent en marche. Un peu plus tard, c'est le chariot focal qui se déplace devant nous.

15h00 : Nous retournons dans la salle de contrôle pour le tournage. Cela fera une ou deux minutes dans une émission intitulée «  les nouveaux mondes ». Expliquer quelque chose dans un laps de temps si court est toujours extrêmement frustrant, presque une mission impossible.  Comme la plupart des scientifiques, je n'ai aucune formation pour ce genre d'exercice. Mais si on ne le fait pas, personne ne parlera de science à la télévision.

16h30 : Fin du tournage. Nous quittons la station vers 17h et rentrons en région parisienne.

19h00 : Arrivée aux Ulis, j'offre un dépliant de l'observatoire de Paris à ma fille, âgée de 8 ans et à sa copine qui a 5 ans. Au dos, il y a un poster de la galaxie M101. Je leur dit que chaque petit  point est une étoile comme le Soleil. « Je ne veux pas que tu parles aux extraterrestres, ils sont peut-être méchants ! ».

Nous faisons le tour des personnages de dessin animé. Mais oui, certains sont gentils ! De toute façon, ils sont sans doute très loin et même si nous recevons leur message, ils ne viendront sans doute pas avant longtemps !

 

Sa dédicace

J'ai découvert Futura-Sciences grâce aux liens communiqués par des amis par email ou sur les forums de discussions scientifiques. Quand je lis des publications de chercheurs en anglais, je me dis que ce serait bien de les résumer en les traduisant afin des les mettre à disposition du plus grand nombre. En général, je ne fais pas cet effort et me contente de signaler l'existence du papier avec une ou deux lignes expliquant pourquoi sa lecture vaut le coup. Les avancées actuelles sont telles qu'il est parfois difficile de les suivre. Combien de planètes avons-nous découvert à ce jour autour d'autres étoiles ? Une ou deux de plus que le mois dernier ?  Il est vital que des informations circulent en français pour permettre au plus grand nombre de personnes de partager ces progrès extraordinaires.
 
En surfant sur Futura-Sciences, j'ai été impressionnée par la qualité des photographies. Il m'arrive d'y rechercher le nom d'un oiseau ou d'une fleur observé à l'occasion d'une ballade. Depuis que ma fille sait parler, je me suis imposée de répondre à toutes ses questions, sans jamais botter en touche en disant « tu comprendras plus tard », « tu es trop petite ». Même si nous avons beaucoup de livres à la maison, internet est une source inépuisable. Lorsque l'on demande à un moteur de recherche pourquoi les dinosaures ont disparu, il faut filtrer les réponses avant de les montrer aux enfants. J'utilise souvent Futura-Sciences pour trouver les bons mots aux questions scientifiques de ma fille et montrer les images appropriées.  Je me suis rendu compte récemment que d'autres parents faisaient de même.

Ses dossiers

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