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Faire l'amour est-il possible dans l'espace ?

Peut-on faire l'amour dans l'espace ? Posée depuis longtemps, la question n'a jamais obtenu de réponse circonstanciée. Entre rumeurs, allusions et canulars, le problème reste à peu près entier. En revanche, il est clair que la procréation ne serait pas une bonne idée, à cause des radiations et de l'absence de pesanteur...

L'ISS vue depuis la navette Discovery. Une image du septième ciel ? © STS 114/Nasa L'ISS vue depuis la navette Discovery. Une image du septième ciel ? © STS 114/Nasa

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La question des relations amoureuses pendant les missions spatiales est cruciale. Elle l'est même de plus en plus alors que des missions de longue durée sont envisagées à destination de Mars et au-delà, et que la Nasa elle-même annonce son intention d'envoyer des couples mariés à bord de ses vaisseaux. Est-ce par hypocrisie ou puritanisme que le sujet est systématiquement évité ? Nous ne trancherons pas et examinerons d'abord l'aspect scientifique du problème.

Car aspect scientifique il y a. Quel sera l'impact des rayonnements cosmiques sur les cellules liées à la reproduction ? On sait, d'une part, à quel point spermatozoïdes et ovules peuvent se montrer sensibles à certains stimuli externes, au mieux en refusant de fusionner, au pire en produisant des embryons atteints de malformations. Et on sait d'autre part que le rayonnement omniprésent dans l'espace peut influencer l'organisme humain, de façon parfois surprenante.

Ainsi, les particules émises lors des éruptions solaires peuvent traverser sans le moindre problème aussi bien les parois des vaisseaux spatiaux que les corps des astronautes. Ces voyageurs ne s'en ressentent nullement, sauf lorsque les particules frappent la rétine. Elles provoquent alors l'apparition d'éclairs, comme un flash traversant le champ de vision, ou une petite tache si la particule frappe de face. Ce phénomène a été décrit pour la première fois lors des vols Apollo vers la Lune, le vaisseau se trouvant alors au-delà de la protection des ceintures de Van Allen, mais est aussi remarqué lors du survol de l'anomalie de l'Atlantique sud, où le bouclier magnétique est affaibli. Il peut donc bien y avoir interaction entre les rayons cosmiques et les cellules humaines.

C'est pourquoi une attention toute particulière a toujours été consacrée par les agences spatiales à la reproduction dans l'espace, et à la survie des embryons obtenus ainsi qu'à leur condition physique. Plusieurs programmes ont ainsi vu le jour et ont été conduits, aussi bien à bord de satellites scientifiques automatiques que des stations Saliout et Mir, et que de la Station spatiale internationale. Nous ne les passerons pas en revue, mais citerons certains faits.

Les expériences d'accouplement animal dans l'espace

Les Russes semblent avoir effectué les premières expériences de reproduction dans l'espace, et ce depuis 1979. Ainsi, 5 rats femelles et 2 mâles sont restés 19 jours en orbite, sans engendrer de naissances après leur retour sur Terre. Mais il n'est pas certain qu'ils aient copulé. Diverses expériences menées sur des œufs de grenouille montrent des anomalies de développement et semblent indiquer qu'une période de trois heures après la fécondation requiert l'intervention de la pesanteur pour déplacer certains éléments à l'intérieur de l'œuf et amorcer la symétrie bilatérale.

D'autres tentatives, effectuées dans une centrifugeuse à bord de la navette en septembre 1992, ont abouti à la naissance de 440 têtards parfaitement formés. Les conséquences de l'irradiation ont aussi fait l'objet d'examens au cours de ce vol, qui embarquait 2 carpes japonaises, 180 frelons israéliens, 400 mouches et 7.200 asticots.

 

Cinq cents millions d'années après l'apparition des Poissons sur la Terre, le médaka s'accouple au-delà de l'atmosphère de sa planète. © DR
Cinq cents millions d'années après l'apparition des Poissons sur la Terre, le médaka s'accouple au-delà de l'atmosphère de sa planète. © DR

Mais toutes les expériences ne se sont pas aussi bien déroulées. En 1989, un essai de fécondation d'œufs de poule en apesanteur s'était conclu par la mort toujours inexpliquée de la totalité des embryons après leur retour sur Terre. Autrement dit, les scientifiques, dans ce domaine, marchent toujours sur des œufs…

C'est en juillet 1994 que fut réalisé le premier accouplement officiel en apesanteur. Il s'agissait de quatre petits poissons, des médakas (Oryzias latipes), une espèce abondante dans les rizières et couramment élevée en aquarium. Après avoir baptisé les mâles A et B, et les femelles C et D, les chercheurs ont décidé de leur donner un vrai nom. Ils devinrent donc Genki (actif), Cosmo (persévérant), Miki (futur) et Yume (rêve). De la persévérance, il leur en fallut. La 21e tentative d'accouplement fut la bonne, les poissons n'arrivant pas, jusque-là, à garder la position suffisamment longtemps pour copuler. Quarante-trois œufs fécondés furent pondus mais seulement 8 alevins en sortirent.

Citons aussi l'expérience Fertile (Fécondation et embryogenèse réalisées chez le triton in vivo dans l'espace), réalisée en août 1996 par Claudie André-Deshays (Haigneré aujourd'hui), puis en février 1998 par Léopold Eyaerts à bord de la Station orbitale Mir, au cours de deux missions spatiales franco-russes, les missions Cassiopée et Pégase. Le but de l'expérience était de savoir si la fécondation naturelle et le développement embryonnaire normal d'un Vertébré, ici un Amphibien Pleurodèle, pouvaient se réaliser en micropesanteur.

Ces expériences ont permis de révéler certaines anomalies à certains stades du développement embryonnaire, mais aussi au niveau de la fécondation elle-même, de la segmentation des cellules et de la fermeture du tube nerveux, qui se produit avec retard. Le rôle de l'absence de pesanteur ne paraît donc pas négligeable sur la reproduction.

Et l'Homme ?

À la question de savoir si l'acte d'amour a déjà été produit dans l'espace, la réponse est oui. Et même oui officiellement, puisqu'en 1982, les responsables de l'agence spatiale d'URSS ont reconnu qu'une tentative d'accouplement humain avait eu lieu à bord de Saliout 7, entre la cosmonaute Svetlana Yevgenyevna Savitskaya et un des deux autres occupants de la station, Leonid Popov ou Alexander Serebrov. Laconiques, leurs patrons se sont contentés de déclarer que l'« expérience » n'avait eu lieu que dans la perspective de concevoir le premier enfant de l'espace...

Svetlana Savitskaya, qui se met de fort mauvaise humeur lorsqu'on évoque le sujet comme si cet acte lui avait été imposé (elle était déjà mariée à l'époque avec un pilote d'essai non astronaute), est aujourd'hui mère de deux filles, nées bien après son vol.

Yevgenyevna Savitskaya, entourée de Leonid Popov (à gauche) et Alexander Serebrov (à droite). Qui fut l'élu ? © RKK
Yevgenyevna Savitskaya, entourée de Leonid Popov (à gauche) et Alexander Serebrov (à droite). Qui fut l'élu ? © RKK

Du côté de la Nasa, on a parlé d'un document intitulé Cosmic Love, rédigé par Ken Jenks, censément ingénieur du Space Biomedical Research Institute. Dans ce document, dont la Nasa a toujours affirmé qu'il s'agissait d'un canular, l'auteur décrit comment, en 1996, l'agence américaine aurait conduit une série d'expériences destinées à déterminer les meilleures positions à adopter pour un rapport sexuel en apesanteur.

On pourrait également citer l'exemple de Mark Lee et Jan Davis, un couple d'astronautes passagers de la mission STS-47 en septembre 1992, mariés seulement depuis un an et demi. Est-il raisonnable de penser qu'ils n'aient pas été tentés par l'expérience dans des circonstances aussi exceptionnelles ? Là aussi, la Nasa fait la sourde oreille. Quant aux intéressés, ils affirment que leurs horaires de travail ne leur permettaient pas de se rencontrer, l'un travaillant tandis que l'autre dormait.

La physiologie, un obstacle ?

Sur un plan strictement physiologique, rien n'empêche un couple de se livrer à des ébats amoureux dans l'espace. Il faut cependant remarquer qu'au début d'un séjour en apesanteur, les fluides sanguins ont tendance à migrer du bas vers le haut du corps, provoquant l'apparition de symptômes tels que les « pattes de poulet » et l'apparition d'un visage bouffi.

Au bout de quelques jours, ou plus suivant les organismes, la situation a tendance à rentrer dans l'ordre. Mais durant cette période, il n'y a plus d'érection possible puisque les corps caverneux de la verge ne sont plus irrigués.

 

Valentina Terechkova et Adrian Nicolaïev, les premiers divorcés de l'espace. © RKK
Valentina Terechkova et Adrian Nicolaïev, les premiers divorcés de l'espace. © RKK

Ensuite, comme nous le mentionnons plus haut, l'effet des radiations reste inconnu. Plusieurs astronautes ont procréé après une mission et leurs enfants sont bien en vie. La doyenne de ces enfants est Elena Nicolaïev, fille de Valentina Terechkova, la première femme cosmonaute, et Adrian Nicolaïev, qu'elle a épousé peu après son unique vol de juin 1963 à l'occasion d'un mariage arrangé par le parti (ils ont divorcé peu de temps après). Conçue un mois après le retour sur Terre de la maman, Elena était une prématurée de 7 mois mais en parfaite santé. Elle exerce aujourd'hui la profession de médecin à Moscou.

Chose curieuse, il semble que les enfants d'astronautes soient plus souvent des filles. Une situation similaire semble exister chez les pilotes de chasse, sans que l'effet ait été clairement établi, et encore moins expliqué.

Si aucun problème sérieux n'a été détecté jusqu'à présent sur les enfants d'astronautes, il reste néanmoins intéressant de suivre les effets des rayonnements cosmiques sur le long terme. En attendant, la contraception est obligatoire pour les femmes avant et pendant les vols...

Quant à l'aspect purement sentimental, quelle sera l'influence d'une mixité dans les missions longues ? Un chercheur californien, Joseph Rhawn, s'est penché sur la question et a analysé froidement un certain nombre de comportements chez les astronautes, les exilés de stations antarctiques... et les chimpanzés, y découvrant des similitudes troublantes. Son mémoire (Sex On Mars: Pregnancy, Fetal Development, and Sex In Outer Space) milite pour une anticipation de ce versant obscur d'une mission de très longue durée. Les équipes isolées sur le continent Antarctique, confinées au sein d'un milieu hostile, établissent à l'évidence des relations charnelles. En témoignent par exemple les sept grossesses qui ont suivi les missions dans la station australienne entre 1989 et 2006. La mixité peut avoir un effet positif sur le moral des troupes, mais peut aussi générer de graves conflits. L'auteur note que les relations sexuelles concernent le plus souvent les hommes haut placés dans la hiérarchie, comme chez les chimpanzés, souligne-t-il.

Joseph Rhawn se penche également sur les études portant sur les effets des menstruations mais aussi sur la gestation dans l'espace et l'éventualité d'une grossesse surprise au milieu d'une mission martienne. Conclusion : si la sexualité n'est pas prise en compte dans de futurs voyages au long cours, l'auteur prédit des violences et des catastrophes. En revanche, il préfère terminer sur l'image du premier bébé né sur Mars, qui ferait d'Homo sapiens une espèce à deux planètes...


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