Un an après son survol historique de Pluton, le 14 juillet 2015, la sonde New Horizons méritait ce bilan, en forme de tour d'horizon de ses plus belles découvertes. Aujourd'hui, le petit vaisseau poursuit sa route à vive allure en direction d’un autre objet de la ceinture de Kuiper, bien au-delà de Neptune.

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    Le 14 juillet 2015 restera comme un très grand moment dans l'histoire de l'exploration du Système solaire : pour la première fois, Pluton, considérée jusqu'en 2006 comme la neuvième planète, fut approchée. Grâce à la sonde New Horizons qui effectuait des mesures et photographiait la planète naine et ses satellites « à une vitesse qui permettrait de relier New York à Los Angeles en 4 minutes » (un Français eût pu dire Paris et Saint-Pierre-et-Miquelon), les Terriens découvraient enfin son vrai visage. Et aussi son Cœur (officieusement appelée la région Tombaugh).

    « New HorizonsNew Horizons n'a pas fait qu'achever l'ère de la première reconnaissance des planètes, a déclaré Jim Green, directeur des sciences planétaires à la Nasa, au sujet de ce premier anniversaire de cette visite historique. La mission a aussi intrigué et inspiré. Qui savait que PlutonPluton avait un cœur ? Même aujourd'hui, New Horizons capte notre imagination, ranime notre curiosité, et nous rappelle ce qui est possible. »


    L’équipe scientifique de New Horizons a assemblé plus de cent images prises durant les six semaines qui ont précédé le survol de Pluton au plus près (12.500 km), le 14 juillet 2015. Résultat : l’impression d'aller se poser sur le brouillis de montagnes de glace d’eau bordant la plaine Spoutnik. « Il y a un peu plus d’un an, Pluton était juste un point, commente Alan Stern. Cette vidéo montre ce que ce serait de monter à bord d’un vaisseau spatial en approche et de voir Pluton grandir et devenir un monde, et ensuite de descendre en piqué sur ses terrains spectaculaires comme si nous allions atterrir. » © Nasa, SwRI, JHUAPL

    Il reste 20 % des données à transmettre... et donc d'autres surprises à attendre

    Un an plus tard, l'émotion est toujours là pour tous ceux qui ont vécu l'aventure de l'intérieur. Ce monde, situé à près de cinq milliards de kilomètres de la Terre, est apparu par petites touches dès les jours précédents. Puis, lorsque parvinrent les premières images en haute résolutionrésolution, l'émerveillement le disputait à la stupéfaction... Et cela dure encore puisque le transfert au goutte-à-goutte des données collectées ce jour-là devrait prendre fin en octobre (80 % ont déjà été transmises).

    À présent, New Horizons vogue, pour ne pas dire fonce, vers un... nouvel horizon : 2014 MU69, un autre objet de Kuiper, qu'il devrait atteindre le 1er janvier 2019. Depuis sa visite à Pluton, la sonde a parcouru près de 300 millions de kilomètres (2,92 unités astronomiques, ou UA, soit 2,92 fois la distance ente la Terre et le SoleilSoleil). Elle est actuellement à 35 UA de la Terre.

    Retour sur les plus belles images et découvertes scientifiques.

    Après le survol de la planète naine, jusqu’à 12.500 km de sa surface, l’instrument Ralph/MVIC (<em>Multispectral Visible Imaging Camera</em>) l’a imagée en contre-jour. Surprise, le ciel est bleu ! On distingue également sur le cliché les reliefs de Pluton et les empilements de couches de brume. © Nasa, SwRI, JHUAPL

    Après le survol de la planète naine, jusqu’à 12.500 km de sa surface, l’instrument Ralph/MVIC (Multispectral Visible Imaging Camera) l’a imagée en contre-jour. Surprise, le ciel est bleu ! On distingue également sur le cliché les reliefs de Pluton et les empilements de couches de brume. © Nasa, SwRI, JHUAPL

    « Pluton est simplement incroyable »

    « Il ne nous a pas fallu longtemps pour réaliser que Pluton était quelque chose de spécial, ne ressemblant à rien de ce nous ayons pu nous attendre » se souvient Hal Weaver, du JHUAPL. En premier lieu, toute l'équipe fut frappée et « surprise par la beauté et la complexité de Pluton et de ses luneslunes ». C'est la première caractéristique étonnante qu'a citée le directeur scientifique de la mission, Alan Stern, du SwRI. Voici les neuf autres découvertes les plus marquantes qu'il a listées à l'invitation de la Nasa :

    • L'activité à la surface de Pluton et la jeunesse de certains de ses terrains (en témoignent les superbes images de la moitié gauche du Coeur, la plaine baptisée SpoutnikSpoutnik et de ses bords...). « Pluton est simplement incroyable. »
    • Les brumesbrumes atmosphériques et aussi la vitesse d'échappement de son atmosphèreatmosphère, plus faible que celle prévue par les modèles.
    • La solidificationsolidification de l'océan interne de Charon trahie par la trace visible sur équateuréquateur ; par ailleurs, Pluton pourrait avoir aussi un océan interne de glace d'eau.
    • La datation des petits satellites corroborant l'hypothèse qu'ils soient tous des débris résiduels d'une collision de Pluton avec un gros objet de la ceinture de Kuiperceinture de Kuiper.
    • Du jamais vu ailleurs, la sombre calotte polairecalotte polaire de Charon, vraisemblablement saupoudrée par des matériaux échappés de Pluton.
    • Le plus grand glacierglacier du Système solaire, la plaine Spoutnik.
    • Des indices d'une pression atmosphériquepression atmosphérique différente dans le passé, impliquant des écoulements ou des réservoirs statiques de liquidesliquides (voir : « De l'azote liquide coulait sur Pluton ») ; un phénomène observé uniquement sur la Terre, Mars et TitanTitan.
    • Inattendue aussi, l'absence d'autres satellites.
    • Et enfin, l’atmosphère de Pluton est bleue.

    Bien d'autres surprises attendent encore les chercheurs. En ce qui concerne le système Pluton-CharonCharon et au-delà...

    L’instrument Ralph/Leisa (<em>Linear Etalon Imaging Spectral Array</em>) a permis de dresser des cartes de la composition de la surface de Pluton : méthane (CH<sub>4</sub>), azote (N<sub>2</sub>), monoxyde de carbone (CO) et eau (H<sub>2</sub>O). © Nasa, SwRI, JHUAPL

    L’instrument Ralph/Leisa (Linear Etalon Imaging Spectral Array) a permis de dresser des cartes de la composition de la surface de Pluton : méthane (CH4), azote (N2), monoxyde de carbone (CO) et eau (H2O). © Nasa, SwRI, JHUAPL