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Ground Control to Philae : ultime espoir de te contacter ?

Malgré les multiples tentatives de ces derniers mois pour reprendre le contact avec l’atterrisseur Philae, les chances qu’il fonctionne toujours et puisse communiquer avec la sonde Rosetta sont très réduites mais elles existent.


L’atterrissage en novembre 2014 de Philae sur la Tchoury ne s’est pas déroulé sans encombre puisque la sonde a rebondi plusieurs fois à la surface de la comète. Voici son périple reconstitué en vidéo par le Centre allemand pour l’aéronautique et l’astronautique. © DLR

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Les chances que le contact soit rétabli un jour avec Philae sont infimes, estiment les responsables du petit robot qui a atterri, non sans rebondissements, le 14 novembre 2014, sur le noyau bilobé de Tchouri. Après un réveil en avril 2015, suivi de quelques appels irréguliers au vaisseau-mère Rosetta, l’atterrisseur n’a pas pu reprendre l’exploration in situ comme espéré. Néanmoins, ses performances n’ont cessé d’étonner ses concepteurs et il a fourni de précieuses données sur la comète collectées durant 64 heures.

« Nous serions très surpris de l’entendre de nouveau après un si long silence, confie le directeur de la mission à l’Agence spatiale européenne (Esa), Patrick Martin, mais nous allons garder le canal d’écoute de Rosetta ouvert jusqu'à ce que cela ne soit plus possible en raison des contraintes d’énergie à mesure que l'on s’éloigne du Soleil et que l'on approche de la fin de la mission [prévue en septembre 2016 avec un atterrissage de Rosetta, NDLR] ».

La comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, plus connue sous le surnom de Tchouri, escortée par Rosetta à des altitudes variables depuis le 6 août 2014 et qui a accueilli à sa surface Philae, poursuit sa cavale vers le Système solaire externe d’où elle est originaire. Le noyau cométaire a d’ores et déjà franchi l’orbite de Mars et se situe actuellement à 354 millions de kilomètres du Soleil, soit presque le double de sa distance minimum avec notre étoile sur son orbite elliptique de six ans et demi, le périhélie. Celui-ci a eu lieu le 13 août 2015 à quelque 186 millions de kilomètres de l’astre solaire. C’est au cours des semaines qui précédèrent et suivirent cette période d’activité intense (l’« été » s’installait sur la comète) que les scientifiques et ingénieurs ont le plus espéré reprendre les opérations in situ avec l’atterrisseur. Cependant, les péripéties de son débarquement, le 12 novembre 2014, ont donné à la suite un tour inattendu.

Paroi fissurée à laquelle Philae fait face, sur le site d’Abydos, depuis le 12 novembre 2014, après un atterrissage plein de rebondissements sur la comète Tchouri. On distingue l’un des trois pieds du robot au premier plan. © Esa, Rosetta, Phila, Civa
Paroi fissurée à laquelle Philae fait face, sur le site d’Abydos, depuis le 12 novembre 2014, après un atterrissage plein de rebondissements sur la comète Tchouri. On distingue l’un des trois pieds du robot au premier plan. © Esa, Rosetta, Phila, Civa

L'atterrissage rocambolesque de Philae

Devenu très populaire depuis le jour où il fut largué par le vaisseau-mère Rosetta pour descendre en chute libre jusqu’au site d’atterrissage sélectionné sur le noyau bilobé – tous ceux qui suivaient l’évènement en direct ont retenu leur souffle –, Philae a rebondi plusieurs fois sur le dos de la comète suite à un mauvais fonctionnement de ses harpons. Il a ensuite touché le sol à quatre reprises pour finalement se retrouver à environ un kilomètre du site initial Agilkia. (À noter au passage que celui-ci, relativement lisse et bien exposé au Soleil, serait devenu un enfer pour le robot à partir du mois de mars). La position exacte n’est toujours pas connue mais les reconstitutions de l’atterrissage périlleux et les images fournies par Philae ont permis de cerner la région où il se cache. Le site a été baptisé Abydos.

En dépit de son arrivée rocambolesque, le petit robot (il a la taille d’une machine à laver) a eu beaucoup de chances. En effet, avec la gravité très faible de la comète, il aurait pu ne pas retomber et errer pour toujours dans l’espace. Ensuite, bien qu’il s’est échoué après s’être heurté à des rochers, il n’a pas été gravement endommagé et a pu travailler durant 64 heures (les opérateurs ont tenu compte de son environnement et de son attitude), alimenté par sa batterie primaire. De cette façon, Philae a touché, tâté, quatre sols différents et donc reniflé à chaque fois les molécules… Loin d’être perdu, il a fourni un nombre impressionnant d’informations inédites sur l’environnement d’une comète et la matière organique présente.


François Rocard, membre de l’équipe scientifique de la mission Rosetta, évoque les problèmes rencontrés par Philae. Première partie sur quatre. © Cnes

Comment retrouver Philae ?

Le principal problème a donc été de charger la batterie secondaire qui prenait le relais via ses panneaux solaires. Au cours des jours sur Tchouri, d'une durée de 12 heures 30, l’atterrisseur était, dans un premier temps, très peu exposé au Soleil. Heureusement, les choses s'étaient arrangées entre novembre 2014 et août 2015 car la région allait être de plus en plus ensoleillée. Après des mois d’attente, d’espoir et presque parfois de découragement, Philae donna enfin quelques signes de vie. D’abord le 13 juin 2015, puis à sept reprises jusqu’au 9 juillet 2015. Puis plus rien. Certes, ces signes étaient instables et insuffisants pour les investigations. Les analyses des données internes ont indiqué qu’en réalité Philae s’était réveillé le 26 avril 2015, mais était alors encore incapable de transmettre des signaux.

Ce fut une joie immense pour les équipes. Encore une fois, malgré toutes ses péripéties, le robot n’allait pas si mal et avait bravé les conditions défavorables. L’ennui, c’est que les opérateurs ont dû éloigner Rosetta de plusieurs dizaines de kilomètres du noyau pour la protéger de la débâcle de poussière au cours de cette période plus chaude et faste. Ce qui a restreint les possibilités d’intercepter un signal. En outre, les défaillances des émetteurs et des récepteurs de Philae ont sans doute contribué à l’instabilité des contacts. L’atterrisseur a pu aussi se retrouver couvert de poussière au cours des dégazages importants de ces derniers mois, voire être déplacé par ces flux, ce qui a encore pu modifier son orientation et donc celle de ses antennes, compliquant plus les échanges possibles avec Rosetta.

Avec le retour au calme (la comète s’éloigne du Soleil) de ces derniers mois, la sonde européenne a pu se rapprocher de nouveau de la surface. Des survols très rapprochés – à moins de 10 ou 20 km – sont programmés, ce qui donnera de belles occasions de survoler Abydos et, peut-être enfin, de localiser précisément Philae. « […] Cela nous permettra de mieux comprendre le contexte des mesures in situ déjà collectées, et d’extraire aussi des données scientifiques encore plus précieuses », commente Matt Taylor, directeur scientifique de Rosetta. « Philae est la cerise sur le gâteau de la mission Rosetta et nous sommes impatients de voir où est vraiment la cerise ! »

De son côté, Rosetta va très bien et continue de suivre la comète avec l’agilité qu’on lui connaît. Pour savoir sa position, cliquez ici. Vous pouvez également consulter les archives de sa caméra de navigation (Navcam) et les images d’Osiris.

Illustration de l’atterrissage inédit de l'atterrisseur Philae sur le noyau de la comète Tchouri, le 14 novembre 2014. © Esa, ATG medialab Illustration de l’atterrissage inédit de l'atterrisseur Philae sur le noyau de la comète Tchouri, le 14 novembre 2014. © Esa, ATG medialab

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