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L’ATV, simple cargo spatial, dévoile des charmes insoupçonnés

Amarré depuis le 3 avril 2008 à la Station Spatiale Internationale, l’ATV séduit. Il devient le chouchou des astronautes qui en font un lieu de villégiature, tour à tour salle de bain et chambre à coucher. Même la Nasa salue cette réalisation européenne. Et l'on pense à lui pour en faire un vaisseau habité, voire une petite station spatiale !

L'ATV en phase de reboost, c'est-à-dire rehaussant l'orbite de la Station (vue d'artiste). © Esa L'ATV en phase de reboost, c'est-à-dire rehaussant l'orbite de la Station (vue d'artiste). © Esa

L’ATV, simple cargo spatial, dévoile des charmes insoupçonnés - 4 Photos

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A l'origine, la réalisation de l'ATV (Automated Transport Vehicle) n’avait rien de bien révolutionnaire. Destiné à s’intégrer dans la famille des vaisseaux ravitailleurs, dont le Progress fut l’instigateur avec un premier lancement le 20 janvier 1978 aux temps héroïques des stations Saliout, il ne fait apparemment qu’en améliorer les performances, sans capacité de retour ni possibilité d'accueillir d’équipage. Apparemment seulement car, à y regarder de plus près, ce cargo est bien plus que cela.

L'ATV à l'échelle humaine. Crédit Esa
L'ATV à l'échelle humaine. Crédit Esa

Par rapport au Progress actuel (version M), l’ATV accuse une masse de 20,7 tonnes avec une capacité d’emport de 7,6 tonnes, contre respectivement 7,4 et 2,3 tonnes pour son homologue russe. Cette différence se paie par un prix de lancement plus élevé, la tonne en orbite basse revenant à 43 millions d’euros pour l’ATV contre 11,3 pour Progress. Mais cette différence est compensée par une utilisation plus versatile de l'ATV, qu’il faut considérer comme un véritable vaisseau spatial.

Depuis maintenant quatre mois que le premier ATV, baptisé Jules Verne, est amarré à l’ISS, les astronautes de la Station le considèrent de plus en plus indispensable, au point que sa mission vient d’être prolongée de plusieurs semaines. Sa présence n’est nullement handicapante, même lorsqu’il aura épuisé la totalité de son carburant. Jusque-là, la mission première de l'ATV est de rehausser de temps à autre l’orbite du grand complexe spatial. Le cargo possède ses propres panneaux solaires qui suffisent à son approvisionnement énergétique.

L'ATV : énormément de place disponible ! Crédit : Esa
L'ATV : énormément de place disponible ! Crédit : Esa

Les astronautes de l’ISS ont très vite été séduits par les 48 mètres cubes de ce module, dont l’isolement en fait l’endroit le plus calme, et surtout le plus silencieux de la station. Au point qu’ils s’en servent volontiers comme chambre à coucher, délaissant les couchettes aménagées ailleurs. Utilisé comme unité de condensation d’humidité ambiante, un des réservoirs vides de l’ATV a aussi permis de récupérer 110 litres d’eau ! Les astronautes l’utilisent du coup comme salle de bain, l’endroit présentant aussi l’avantage de ne pas laisser échapper l’humidité.

Enfin, cette annexe provisoire à la station spatiale a été largement utilisée par l’astronaute sud-coréenne Yi So-yeon pour y réaliser des expériences de nanotechnologie en avril 2008.

L’utilité de l’ATV en dehors de sa mission originale de ravitaillement ne fait plus aucun doute, et ce petit pied-à-terre spatial est désormais squatté par les astronautes qui regrettent son abandon maintenant prévu en septembre prochain. A cette date, il sera rempli des déchets produits par les équipages successifs et précipité dans l’atmosphère, où il se consumera entièrement.

Ce cargo automatique engendrera-t-il une lignée de vaisseaux spatiaux ?

Jean-Jacques Dordain, directeur de l’agence spatiale européenne (Esa), estime qu’avec ses capacités d’amarrage automatique, l’ATV constitue un excellent banc d’essai pour de futurs vols habités. Si on combine cette expérience avec celle de l’ARD (Atmospheric Reentry Demonstrator, programme d'essai – ancien – d'une capsule récupérable non habitée), on constate que les capacités technologiques existent réellement. Reste à faire de Ariane 5 un engin man-rated, c'est-à-dire qualifié pour le vol humain.

L'ATV Jules Verne en phase d'approche finale de l'ISS. Crédit Esa
L'ATV Jules Verne en phase d'approche finale de l'ISS. Crédit Esa

Si l’Europe veut réellement accomplir ce pas important, qui devra bien être réalisé un jour et dont le prix dépendra essentiellement du retard accumulé alors, il ne manque que la volonté de s’y mettre. Peut-être les bases d’un tel programme seront-elles jetées lors du Conseil de l’Esa qui se tiendra à la fin de l’année, au cours duquel les ministres en charge de l’Espace seront amenés à se prononcer sur ce point.

En attendant plusieurs projets de développement existent. L’ATV pourrait être équipé d’un module de rentrée atmosphérique permettant de récupérer du matériel ou des échantillons. Une version capable d’effectuer un vol autonome pourrait être conçue, et servir de module de secours à l’équipage en cas de danger. La jonction de plusieurs ATV est aussi envisagée, afin de constituer une mini-station spatiale.


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