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Mali, un oasis pour la biodiversité !

La paysage végétal du Mali est le résultat d'une histoire conjuguée entre l'évolution des espèces et celle des conditions environnementales. En étudiant son histoire, on comprend qu'il est une mosaïque d'écosystèmes d'origine et d'avenir différents.

Page 8 / 10 - L'organisation spatiale des paysages Sommaire
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Aujourd'hui, les activités et l'urbanisation n'ont forcément jamais été autant intenses. Les villages sont fréquents et de plus en plus gros. La pression sur la végétation est graduelle depuis le centre des villages jusqu'en périphérie. Dans certains villages, il est d'ailleurs frappant de constater que la végétation d'origine africaine a presque disparu généralement au profit d'une végétation d'origine asiatique : Manguier (Mangifera indica), Neem (Azadiratcha indica), Gmelina (Gmelina arborea), Eucalyptus (Eucalyptus camaldulensis, E. citriodora...) Autour de cette zone d'exclusion 'asiatique' on retrouve les champs, les parcs et les jachères qui mêlent les espèces cultivées, aux espèces autochtones adventives, aux espèces introduites ou aux espèces ligneuses utiles protégées des coupes (Vitellaria paradoxa, Parkia biglobosa, Adansonia digitata… ). Encore plus en périphérie on trouve les forêts exploitées composées d'espèces autochtones sélectionnées par les activités humaines. Ces forêts exploitées forment une sorte de matrice floristique composée d'espèces très adaptées et plastiques capables de supporter à la fois les conditions climatiques et anthropiques. Il s'agit au sens étymologique du terme d'une agro-forêt. Comme toujours, seules survivront dans ces agro-forêts, les espèces dont le développement s'harmonise avec les conditions locales du milieu.

Il s'agit d'une sélection de l'homme sur le végétal : les espèces résistantes au feu, à la coupe, à l'émondage ou au broutage seront favorisées et auront une relative aptitude à coloniser les espaces (Sterculia setigera, Combretum adenogonium, Strychnos spinosa,…). D'ailleurs leur dominance est un excellent moyen pour analyser l'impact anthropique subi par un massif de végétation. Cette sélection est comparable à celle de l'agriculteur ou du jardinier qui élimine les 'mauvaises herbes' pour ne garder que les plantes 'utiles' à leurs yeux, c'est-à-dire alimentaires ou ornementales selon les cas. On se situe dans le domaine de l'agriculture, des cultures pérennes, qui tend à harmoniser la relation homme/végétation au seul profit de l'homme



Les activités anthropiques exercent une sélection sur la composition floristique en favorisant les espèces 'anthropophiles' (Sokouna, Mali - 2005)
© Photo Philippe Birnbaum - Tous droits de reproduction réservés

De l'autre coté les espèces intolérantes aux conditions anthropiques vont se fractionner et se cantonner dans des environnements protégés. Il s'agit des galeries forestières des falaises gréseuses marquées par des sources résurgentes qui forment des isolats dans les zones de savanes. Il s'agit également des secteurs protégés des feux comme la falaise de Kita, les secteurs 'relativement inaccessibles' dans les savanes exploitées, les Kreb du désert (Kreb in karoua proche de Tessalit), relief de l'Adrar de Iforas, le parc du Bafing.

Cette pression de sélection par l'homme ne s'appuie pas sur l'origine des flores. Les espèces tolérantes ou intolérantes participent à ce fond floristique d'origine anthropique ou au contraire se réfugient dans les secteurs fragmentés et protégés de la pression de l'homme. Il résulte une organisation spatiale indépendante de l'origine des espèces qui se fractionne sous la forme d'une matrice constituée par les espèces favorisées par la sélection d'origine anthropique dans laquelle on localise des inclusions de micro-milieux fragmentés parfois composés d'espèces reliques. Avec son accroissement, son extension et sa connexité cette matrice constitue progressivement une barrière écologique. Les résidus du territoire exclus de cette pression constante et homogène seront occupés par des espèces de 'l'anti-matrice'.



Les forêts naturelles originelles sont fragmentées et confinées aux seuls espaces inaccessibles ou inadéquates aux activités humaines (Mts Mandingues, Mali - 2002)
© Photo Philippe Birnbaum - Tous droits de reproduction réservés

Enfin, la disparition de la faune sauvage participe intensément à l'isolation et à la fragmentation des peuplements végétaux. La disparition de la faune sauvage est souvent négligée alors que lorsqu'elle persiste dans certains pays tout le monde reconnaît qu'elle constitue le principal mode de dispersion des graines. Exemple en Guyane française, 85% des fruits des arbres sont dispersés par les animaux sauvages, notamment les oiseaux, les chauves-souris et les singes. Par ailleurs, il a été montré en Afrique de l'Ouest que 23 espèces de plantes sont directement dépendantes du transit intestinal des éléphants pour leur permettre de germer. On comprend d'après les schémas illustrés plus haut que supprimer la faune sauvage c'est supprimer les voies de communication, d'échanges et de transfert dans le milieu végétal. Cela a des conséquences sur les capacités de colonisation de nouveaux espaces et sur les possibles spéciations. La faune sauvage intervient directement parce que les animaux étaient des vecteurs de la dispersion ou parce que leur présence était fondamentale pour la survie d'un animal vecteur. Nous l'avons vu, les plantes qui choisissent les animaux comme les vecteurs de transfert de leur information génétique ont une plus grande aptitude à gérer leur dispersion notamment car elles s'appuient sur les habitudes et le comportement des animaux pour se focaliser sur un type spécifique d'habitat. En revanche nous voyons que cette dépendance s'accompagne d'une fragilité importante dès lors que ces vecteurs sont devenus indispensables, spécialisés et parallèlement rares dans le milieu.

Les pratiques humaines multiples exercent un gradient sur la végétation naturelle et créent une polarisation dans la flore en distinguant d'un coté les espèces tolérantes et de l'autre coté les espèces sensibles aux nouvelles conditions de sélection génétique. De plus la disparition de la faune sauvage est responsable de l'isolation des peuplements.

4 - Conclusions

La flore actuelle du Mali résulte des évolutions climatiques passées. A chaque mouvement de la végétation (migration et fragmentation) une certaine partie de la flore gagne du terrain pendant que l'autre partie de la végétation se rétracte et se fragmente en constituant des zones refuges. Ces multiples oscillations laissent des traces décelables dans la distribution actuelle de la végétation au Mali. Cette végétation résulte du brassage d'au moins 6 flores d'origines et d'histoires très différentes qui se trouvent mélangées et distribuées sur le territoire en fonction d'un gradient climatique, d'un gradient de sélection anthropique et d'un gradient locale de disponibilité hydrique.

Par ailleurs la création de nombreuses barrières écologiques et notamment la disparition de la faune sauvage tendent à isoler ces fragments de forêt les uns des autres. Le transfert génétique a du mal à s'organiser et les populations fonctionnent localement centrées sur elles-mêmes. Ainsi les espèces se retrouvent confinées à quelques secteurs. Les stratégies de type "r" centrées sur la reproduction et la colonisation à courtes distances sont favorisées ce qui aboutit à délimiter des ensembles homogènes, denses mais pauvres en espèces. Cette organisation se trouve à toutes les latitudes du territoire.



© Philippe Birnbaum - Tous droits de reproduction réservés

On trouve des formations monospécifiques à Euphorbia balsamifera dans le sahel (origine anthropique + multiplication végétative?), des formations monospécifiques à Acacia mellifera sur les éboulis rocheux du Nord de la Gandamia.



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Cette dominance s'exprime également pour des espèces très dispersées sur le territoire comme dans le cas de Synsepalum pobeguinianum.



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Cette Sapotaceae est relativement rare; quelques pieds sont dispersés dans la plupart des falaises gréseuses du Mali et pourtant elle constitue une grande formation monospécifique très dense dans la falaise de Bandiagara à proximité du village de Tiélou. Cette répartition est poussée à l'extrême chez quelques espèces endémiques du Mali.



© Philippe Birnbaum - Tous droits de reproduction réservés

Acridocarpus monodii est une espèce endémique de la partie Sud du pays Dogon et dans le village de Yabatalu, elle est tellement dominante qu'elle paraît envahissante. Dans ces forêts, il est autant étonnant de trouver une espèce endémique en si grande quantité que de trouver une telle exclusivité dans l'occupation de l'espace.



© Philippe Birnbaum - Tous droits de reproduction réservés

Si il est possible, dans certains cas, de rapprocher la dominance de ces espèces avec les conditions locales du milieu (pentes, rochers, disponibilité hydrique..., ex: Fagonia indica en rupture de pente d'un wadis à proximité de Tessalit, Pericopsis laxiflora dans les monts Mandingues ou le cas connu des brousses tigrées) il est en revanche plus difficile d'expliquer les raisons de l'exclusion des autres espèces.



© Philippe Birnbaum - Tous droits de reproduction réservés

Cette exclusion persiste également dans certaines associations entre espèces de type biologique différents comme dans le cas de l'association entre un arbre :

Acacia laeta et un buisson, Boscia senegalensis dans la région de Nampala


Acacia laeta
© Philippe Birnbaum - Tous droits de reproduction réservés

ou dans le cas d'une espèce endémique des Monts Mandingues, Gilletiodendron glandulosum qui constitue des formations monospécifiques notamment dans la partie Nord de la falaise de Kita en association avec une liane, Hippocratea africana.



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Comment une espèce ou un groupe d'espèces sont ils capables de former des peuplements exclusifs ? Quels sont les mécanismes qui participent aux phénomènes de dominance et d'exclusion?

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