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Le dernier trappeur

Norman Winther est l'un des derniers trappeurs à entretenir avec les majestueuses Montagnes Rocheuses une relation d'échange fondée sur une profonde connaissance du milieu et un grand respect des équilibres naturels.

Page 3 / 10 - La place de l'homme dans la nature Sommaire
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Pour un grand nombre de citadins, totalement coupés de ce qu'est la réalité de la nature, le trappeur est un homme qui tue des animaux. Il y aurait donc une densité plus forte d'animaux sur un territoire non exploité par un trappeur. Ce qui est bien entendu totalement faux.

© Eric Travers / Gamma
© Eric Travers / Gamma

Une forêt, à la condition bien sûr qu'elle soit exploitée avec intelligence, produira plus d'arbres qu'une forêt où l'homme n'interviendra pas, avec une qualité de bois bien supérieure. Le bûcheron (on ne parle pas ici des grosses compagnies forestières qui dénaturent les forêts et effectuent des coupes à blanc) élimine les vieux arbres ou les arbres en surnombre afin que d'autres puissent profiter pleinement de la place qui leur est ainsi faite pour se développer. Avant qu'ils ne dégénèrent, il coupera aussi les arbres arrivés à maturité en prenant soin de laisser assez d'adultes pour assurer une bonne régénération.

© Eric Travers / Gamma
© Eric Travers / Gamma

L'homme ici occupe parfaitement sa place. Il profite d'une quantité de bois qui va lui servir pour une quantité de choses, et la forêt profite de son intervention raisonnée et réfléchie. C'est un échange de bons procédés.

Le trappeur agit sur un territoire de la même façon. Par son intervention de prédateur intelligent, il va dynamiser les populations d'animaux. Ceux-ci vont se mettre à produire plus, car la nature a horreur du vide, et les animaux seront plus sains et en meilleure santé. Cette part est celle qui revient à l'homme qui, quoi qu'on en dise et quoi qu'on fasse, appartient à la nature et y a sa place. Certes la nature peut se débrouiller sans l'homme, mais ils y perdent tous les deux. Dès lors, pourquoi ne pas vivre ensemble ?

© Eric Travers / Gamma
© Eric Travers / Gamma

Pourquoi créer un monde artificiel avec la nature d'un côté, l'homme de l'autre alors qu'ils pourraient si bien vivre ensemble ? C'est ce que les trappeurs peuvent nous montrer, c'est ce qu'ils ont à nous réapprendre.

Cette philosophie de l'adaptation de l'homme à la nature est ce qu'il y a de plus beau dans cette façon qu'avaient de vivre ces hommes de la nature (Indiens, Inuits et trappeurs) que nous avons voulu absorber en leur inculquant une soit disant façon moderne de vivre. Une façon dont on sait aujourd'hui qu'elle ne fait que détruire cette terre maintenant malade, sur laquelle, il nous faut pourtant bien vivre à moins d'aller à la recherche d'une autre planète que nous détruirons à nouveau avant d'aller en "user" une autre.

L'homme deviendra alors le parasite de l'univers, le tique humanitaire qui sucera tout le sang de chacune des planètes sur laquelle il se posera en les condamnant du même coup. Alors que l'homme pourrait être si formidable.

  • Le trappeur, modèle d'avenir

L'homme est un animal parmi tant d'autres, doté de quelque chose d'unique et de formidable : l'intelligence, qu'il utilise si mal puisqu'il ne cesse de détruire la terre sur laquelle il vit.

© Eric Travers / Gamma
© Eric Travers / Gamma

Tous les scientifiques s'accordent à dire que l'espèce humaine ne survivra pas aux blessures que nous infligeons irrémédiablement à celle qui nous fait vivre : cette si belle terre que nous partageons avec d'autres animaux que nous entraînons dans notre chute. Pourtant si par notre faute beaucoup d'espèces disparaissent de façon irréversible, tout le monde est d'accord aussi pour dire que se sont eux qui habiteront bientôt la terre sans nous.

Pourtant l'homme avait tout pour vivre heureux ici. C'était l'animal le plus haut placé sur l'échelle, celui qui était censé contrôler celle-ci en intervenant de façon intelligente et raisonnée. Aujourd'hui deux voies s'offrent à l'homme : Continuer à détruire en condamnant l'humanité du même coup. C'est ce qu'il continue à faire malgré les mises en garde de plus en plus nombreuses de ceux qui savent, ou changer sa façon de faire et de vivre avec la nature.

© Eric Travers / Gamma
© Eric Travers / Gamma

Le trappeur ou le bûcheron est un modèle d'avenir, il montre ce que l'homme peut faire de mieux et comment y arriver. Certains disent : la nature se porte mieux sans nous. Certes, les mauvais bûcherons que sont ces entreprises forestières lucratives et aveugles qui saccagent nos forêts, sont aussi destructrices que ces chasseurs modernes du dimanche qui n'ont d'autres buts que de s'amuser, de jouer avec des oiseaux qu'ils achètent souvent dans le seul but d'en avoir plus à tuer et qu'il ne mangent même pas.

  • Sauver la nature

De grâce, ne faisons pas la dramatique erreur (qui est pourtant faite) de jeter tout le monde dans le même panier. C'est aller contre ce qui sauvera l'homme et la nature. La meilleure preuve en sont ces parcs créés un peu partout dans le monde au milieu de ce siècle. Il s'agissait, à un moment où l'on a commencé à s'apercevoir que l'homme ne pouvait pas impunément et indéfiniment prélever tout et n'importe comment, d'imaginer et de créer des espaces protégés. Il s'agissait de protéger la nature de l'homme : une aberration sous forme de constat.

Puisque nous sommes définitivement incapables de vivre avec la nature, créons des endroits où elle survivra sans nous !

Ces parcs ont permis de sauver des espèces animales, quelques fleurs et surtout d'empêcher que de fabuleux paysages ne soient à jamais dénaturés par l'expansion de l'humanité qui aime à "coloniser" et à "urbaniser" les endroits les plus féeriques de notre monde.

Mais ces parcs ont aussi permis de mettre en lumière les limites de la non intervention de l'homme qui s'est soldée par la prolifération de certaines espèces animales au détriment d'autres. Il a fallut revoir le principe même du fonctionnement de base de ces parcs, à savoir la non intervention de l'homme qui s'est interdit lui-même
d'y cueillir une fleur, abattre un arbre ou un lièvre.

Pour protéger certaines espèces, rétablir un équilibre que l'on voulait naturel, il a bien fallu intervenir en introduisant des loups ici, des lynx là-bas, embaucher des chasseurs professionnels pour réduire les populations malades d'animaux en surnombre détruisant toute la flore des alpages, les forêts… L'homme a soudain compris qu'il avait un rôle à jouer, qu'il était capable de faire du bien à la nature.

Norman habite sur un territoire vaste de plusieurs dizaines de kilomètres carrés, des milliers d'hectares qu'il sillonne de long en large. Il y vit avec des animaux et il sait quelle part revient à chacun : les loups mangent quelques élans et caribous, les lynx des lièvres, les castors coupent des arbres et les perdrix se nourrissent tout l'hiver de bourgeons de saule, ce qui empêche leur prolifération. Les renards mangent les perdrix et les corbeaux se contentent des restes. L'ensemble des interactions entre les animaux, la flore et les paysages est une vaste toile d'araignée aussi complexe que fabuleusement organisée. Chacun y a sa place, son rôle. Aucune espèce n'est nuisible.

Le trappeur regarde, analyse, intervient. Il est un prédateur intelligent qui peut réguler de façon formidable les populations puisqu'il est capable d'agir en fonction des événements et de réduire ainsi les conséquences de la prolifération d'un animal par rapport à un autre.

Le dernier trappeur - 9 Photos

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