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Océans : les poissons des profondeurs sont plus riches en mercure

Dans le centre du Pacifique nord, la concentration en mercure dans les poissons augmente aussi avec la profondeur. Les causes viennent d’être identifiées. La lumière solaire se charge de détruire le méthylmercure présent dans les premiers mètres d’eau, tandis que des bactéries en produisent en profondeur. 

Les « opah », des prédateurs marins du genre Lampris, vivent en profondeur dans les océans. Ces poissons sont appréciés par les amateurs de sushis et de sashimis, mais savent-ils qu’ils accumulent plus de mercure que les espèces se nourrissant à proximité de la surface ? © C. Anela Choy Les « opah », des prédateurs marins du genre Lampris, vivent en profondeur dans les océans. Ces poissons sont appréciés par les amateurs de sushis et de sashimis, mais savent-ils qu’ils accumulent plus de mercure que les espèces se nourrissant à proximité de la surface ? © C. Anela Choy

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La contamination des poissons marins par le mercure pose de plus en plus question, notamment dans les pays qui consomment ces organismes en quantité. En cause : le monométhylmercure (MM-Hg), une molécule organique, se fixe dans les tissus des êtres vivants et s’accumule le long des chaînes alimentaires. C’est pourquoi les grands prédateurs océaniques, comme les thons et les espadons, sont particulièrement contaminés. Or, nous les consommons également, tout comme certaines de leurs proies. 

Au-delà d’un certain seuil, le mercure ingéré peut avoir des conséquences sur notre santé, par exemple en altérant le développement et le fonctionnement du système nerveux central (effet neurotoxique), ou en causant des soucis rénaux ou de fertilité. Rien qu’en Europe, près de 200.000 enfants seraient concernés par ce problème sanitaire, selon l’OMS. Dans ce contexte, toutes les améliorations des connaissances sur les différentes étapes de son cycle ont leur importance. De nombreuses données sont déjà connues, mais il reste des zones d’ombre, notamment sur la conversion du métal en MM-Hg au sein des océans et sur son entrée dans les réseaux trophiques marins. 

Dans la revue Nature Geoscience, Joel Blum de l’université du Michigan (États-Unis) vient d’apporter un nouvel éclairage sur ces deux problématiques, en liant distinctement le niveau de contamination des poissons à la profondeur à laquelle ils se nourrissent (en plus de leur position dans le réseau trophique). Avec ses collaborateurs, le chercheur est également parvenu à expliquer ce résultat, soulignant au passage le rôle joué par des bactéries marines et par la lumière solaire. 

La bioaccumulation dans la chaîne alimentaire. Le mercure est émis en majorité par les centrales électriques au charbon, l'industrie, les mines... Il finit dans les mers, où il se transforme en méthylmercure, très dangereux pour l'Homme. Les grands prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire, comme les orques ou les requins, ont le taux de méthylmercure le plus important.
La bioaccumulation dans la chaîne alimentaire. Le mercure est émis en majorité par les centrales électriques au charbon, l'industrie, les mines... Il finit dans les mers, où il se transforme en méthylmercure, très dangereux pour l'Homme. Les grands prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire, comme les orques ou les requins, ont le taux de méthylmercure le plus important. © Lamiot, Wikipédia, cc by sa 3.0

La lumière solaire détruit le méthylmercure

Pour mener leurs travaux à bien, les scientifiques ont mesuré, à l’aide d’un spectromètre de masse, la composition en isotopes stables du mercure (202Hg, 199Hg et 201Hg) chez 9 espèces de poissons : 6 prédateurs (comme le thon jaune) et 3 proies (par exemple le poisson volant). Ils se nourrissent à différentes profondeurs au sein de la gyre du Pacifique nord, à proximité d’Hawaï. Seuls 20 à 40 % du MM-Hg mesuré en profondeur, entre 50 et 400 m, proviendraient de la surface. 

Ainsi, la source de contamination se trouve plutôt en profondeur, là où l’oxygène se raréfie, et où prospèrent des bactéries à même d’intégrer le mercure dans la molécule bioassimilable. Ces êtres unicellulaires joueraient donc un rôle tout aussi important que celui de leurs homologues, déjà incriminés par le passé, qui peuplent les sédiments côtiers anoxiques. Un autre résultat explique également pourquoi les niveaux de contamination sont moindres chez les poissons qui se nourrissent près de la surface : des réactions photochimiques rompent 80 % des molécules de MM-Hg présentes dans les eaux superficielles de la zone étudiée.

En connaissant mieux la voie d’entrée du mercure dans les réseaux trophiques marins, les taux de contamination des poissons deviennent plus prévisibles, à l’heure où la pollution poursuit son développement. En effet, les industries de pays comme l’Inde ou la Chine voient leurs émissions de mercure atmosphérique sans cesse augmenter, tandis que les émissions naturelles restent stables. Sur le plan sanitaire, mieux connaître les taux de contamination permet également de mieux choisir ses poissons de manière à limiter les risques pour la santé. Les espèces se nourrissant près de la surface, comme le thon jaune ou la dorade coryphène, sont donc à privilégier.


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