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Un drone militaire reconverti dans l’océanographie

Les Scan Eagle, drones de Boeing, survolent l’Irak depuis plusieurs années pour observer les champs de bataille. Ils peuvent aussi servir la science : aujourd’hui, l'un d'eux observe les phoques.

Le drone Scan Eagle, de Boeing, ici présenté par l'armée de l'air des États-Unis, a trouvé un usage pacifique. © USAF Le drone Scan Eagle, de Boeing, ici présenté par l'armée de l'air des États-Unis, a trouvé un usage pacifique. © USAF

Un drone militaire reconverti dans l’océanographie - 3 Photos

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Comment compter les phoques ? Et les ours ? Plus généralement, comment mener des travaux scientifiques en milieu polaire ? Les zoologistes, océanographes, glaciologues et autres climatologues se posent depuis longtemps la question. Les satellites fournissent une partie de la réponse bien sûr et les robots sont quelquefois mobilisés, certains volent même, comme le M2AV ou le Global Hawk.

Aux États-Unis, une équipe du CIRES (Cooperative Institute for Research on Environmental Sciences, Université du Colorado à Boulder), menée par Betsy Weatherhead et en collaboration avec la NOAA, a adapté aux besoins scientifiques un drone volant militaire, le Scan Eagle. Conçu par Boeing pour des missions de reconnaissance, cet appareil de trois mètres d’envergure (pour 1,2 mètre de longueur), pesant seulement 18 kilos, vole plutôt lentement (une centaine de kilomètres à l’heure) mais longtemps (une vingtaine d’heures). Il n’a pas été prévu pour être armé mais pour porter une caméra.

Devinette : trouver le phoque sur cette image prise en vol par le drone Eagle Scan. Réponse dans l'image suivante. © CIRES
Devinette : trouver le phoque sur cette image prise en vol par le drone Eagle Scan. Réponse dans l'image suivante. © CIRES

C’est ainsi que l’ont utilisé les scientifiques de l’Université d’Alaska, Fairbanks, avec un logiciel d’analyse d’images capable de repérer les phoques, du moins ceux qui se reposent sur la banquise. Au-dessus de la mer de Béring, l’engin a également permis de mesurer la proportion d’eau libre et de glace.

En deux ans, comme vient de l’expliquer Betsy Weatherhead lors d’une conférence de l’Union américaine de géophysique (American Geophysical Union), le Scan Eagle, baptisé MacArthur II, a enregistré 27.000 images au cours de ses vols, qui duraient entre deux et huit heures. L’appareil, qui peut voler à l’altitude du mont Blanc, se contentait de navigations à basse hauteur, entre 90 et 300 mètres.

Un environnement complexe et dangereux

Ce travail nous rappelle que le suivi des environnements polaires est une entreprise complexe. Comme le souligne le New Scientist, qui rapporte cette présentation à la conférence, il a fallu, dans cette même mer de Béring, s’aider des narvals pour comprendre que les températures étaient plus élevées que ce que l’on pensait jusque-là. Des chercheurs ont équipé 14 de ces grands Cétacés, dont les mâles portent une surprenante épée torsadée (en fait une incisive), d’instruments de mesure qui envoyaient leurs données à des satellites.

Le travail du logiciel d'analyse d'images est de repérer automatiquement cette forme discrètement alanguie. © CIRES
Le travail du logiciel d'analyse d'images est de repérer automatiquement cette forme discrètement alanguie. © CIRES

Envoyer des drones réduit aussi les risques car l’étude du milieu polaire est une activité dangereuse. N’oublions pas la mort de quatre hommes travaillant pour les TAAF (Terres australes et antarctiques françaises), le 28 octobre dernier, dans le crash d’un hélicoptère qui effectuait une rotation entre le navire l’Astrolabe, arrêté par la banquise (comme c’est toujours le cas à cette époque de l’année) et la base Dumont-d’Urville, alors à 370 kilomètres.

Le pilote, le mécanicien et deux chercheurs ont péri dans l’accident, manifestement dû aux conditions météorologiques, qui se sont brutalement dégradées au milieu du vol.


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