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Utiliser Internet réchauffe l’atmosphère, explique l’Ademe

Mettre un destinataire en copie d’un mail, c’est comme envoyer 6 grammes de CO2 dans l’atmosphère. Pour une entreprise française moyenne, le courriel représente 13,6 tonnes. Et les recherches sur le Web seraient l’équivalent de près de 300.000 tonnes. Ce sont les résultats étonnants de l’Ademe, qui ajoute un conseil : éviter d’imprimer les mails…

L’an dernier, Greenpeace avait pointé du doigt la consommation des data centers dédiés au cloud computing. © Greenpeace L’an dernier, Greenpeace avait pointé du doigt la consommation des data centers dédiés au cloud computing. © Greenpeace

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On sait que les serveurs et les routeurs d’Internet consomment beaucoup. Ce n’est pas nouveau et on en a une preuve avec les recherches de Google pour trouver des sources d’électricité alternatives, comme l'éolien, pour ses serveurs, par exemple en les installant en pleine mer et en les alimentant par l'énergie de la houle. Au total, cette consommation d’énergie est élevée (les estimations fluctuent, situant la part d’Internet à quelques pourcents) et se traduit par une émission de gaz à effet de serre, représentant environ 2 % des émissions d’origine humaine en 2005 selon l’Ademe . Vers 2020, cette part, selon BIOIS (Bio Intelligence Service) spécialiste des études et du conseil dans le domaine de l’information environnement et santé sur les produits), s’élèvera entre 3 et 4 %.

L’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) a voulu rendre cette influence plus concrète aux yeux des utilisateurs d’Internet en la mesurant pour plusieurs actes quotidiens de l’utilisateur d’informatique : chercher une information sur le Web, envoyer des mails et emporter un document sur une clé USB. L’étude (Analyses de cycles de vies des technologies - Courriers électroniques, requête Web, clé USB : quels impacts environnementaux ?), réalisée par BIOIS, est disponible sous forme synthétique dans un communiqué de presse (lien précédent) ou sous forme complète dans des documents au format PDF (voir les liens au bas de cet article). Les valeurs sont indiquées, classiquement, en « équivalent CO2 », c’est-à-dire en émissions de dioxyde de carbone qui produiraient le même effet de serre. Les calculs sont précis puisque les unités indiquées dans le rapport descendent au gramme. L’étude a aussi pris en compte d’autres paramètres, comme la consommation de matières premières.

Envoyer un courriel de 1 Mo consomme 25 watts-heures. © DR
Envoyer un courriel de 1 Mo consomme 25 watts-heures. © DR

Six grammes le destinataire supplémentaire

Conclusion : quoi que l’on fasse, on réchauffe… Heureusement, le constat ne s’arrête pas là et l’ampleur du phénomène permet justement de réduire fortement son impact avec quelques habitudes. Il faudrait dépenser 3,4 Wh pour rechercher une adresse sur le Web, ce qui représenterait 0,8 gramme d’équivalent CO2. Mais le total atteint 10 grammes après une recherche avec un moteur et aboutissant à cinq résultats. Le résultat n'est pas si différent de celui annoncé en 2009 par le New York Times, et alors contesté.

Partant de l’estimation qu’un internaute français effectue en moyenne 2,6 recherches sur Internet par jour, l’étude conclut que chacun émet 9,9 kilos d’équivalent CO2 par an. Pour les quelque 29 millions d’internautes de notre pays, le total annuel atteint 287.600 tonnes. L’Ademe conseille donc de réduire le nombre de pages affichées en choisissant judicieusement les mots clés et en tapant directement l’adresse dans le champ du navigateur prévu à cet effet plutôt que de taper seulement le nom raccourci et laisser Google ou un autre dénicher l’adresse complète. D’après l’étude, un internaute peut ainsi réduire son impact annuel de 5 kilos d’équivalent CO2, soit « 40 kilomètres en voiture ». Un autre moyen est de conserver son ordinateur plus longtemps, « sept ans au lieu de quatre » dit l’étude (qui a pris en compte les évolutions techniques des matériels que l’on peut attendre sur de telles périodes).

Les chiffres sont plus impressionnants pour le courriel. Envoyer un mail de 1 Mo à une personne consomme 25 Wh et équivaut à l’émission d’environ 20 grammes d’équivalent CO2. L’étude s’est intéressée à l’entreprise en prenant comme base une société de cent personnes, où chacun envoie trente-trois mails par jour et en reçoit cinquante-huit. Résultat : en une année, cette entreprise aura expédié dans l’atmosphère 13,6 tonnes d’équivalent CO2. Le rapport, qui à plusieurs reprises utilise comme unité un vol aller et retour Paris-New York en avion de ligne, souligne qu’un tel voyage émet environ 1 tonne d’équivalent CO2. On peut réduire facilement ces valeurs, affirme l’Ademe. Par exemple en limitant cette habitude de mettre en copie une longue liste de personnes (qui bien souvent n’ont que faire de l’information) : « environ 6 grammes équivalent CO2 supplémentaires sont émis pour chaque destinataire supplémentaire, ce qui représente environ 44 kilos équivalent CO2 par an et par employé ». Retenons cela : un destinataire supplémentaire égale 6 grammes de CO2 (pour un mail de 1 Mo). Il suffirait de réduire de 10 % le nombre de destinataires en copie pour que l’économie à l’échelle d’une entreprise de cent personnes atteigne l’équivalent d’un Paris-New York aller et retour. Sans surprise, il faut aussi éviter de les imprimer : 10 % de passages au papier en moins dans une entreprise et c’est cinq allers et retours Paris-New York en moins dans l’atmosphère… Il faut aussi les effacer car le stockage dans les serveurs consomme également de l’électricité.

Changer d’habitude

L’étude s’est penchée aussi sur les supports amovibles, en l’occurrence les clés USB, prenant en compte la fabrication de la clé, sa durée de vie, le temps de lecture sur un ordinateur (qui lui aussi a une durée de vie) ou après impression. Pour un gros document, il vaut mieux imprimer – mais en noir et blanc et à raison de deux pages par feuille ! – car la lecture est plus rapide que sur un écran. La limite, c’est « 2 à 3 minutes de lecture ». 

Bien sûr, ces chiffres ne sont pas à considérer en valeur absolue puisqu’il faut bien utiliser les ordinateurs et Internet et que, si l’on s’en abstient, les solutions alternatives sont aussi émettrices de gaz à effet de serre. Il est difficilement envisageable d’expédier tous ses messages en les portant soi-même en vélo… Mais l’étude montre, ce qui n’était pas évident au premier abord, que chaque internaute et chaque entreprise peuvent prendre quelques bonnes habitudes.


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