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Le sauvetage des vignobles français fera des victimes collatérales

L’Europe méridionale, sous l’effet des changements climatiques, pourrait perdre plus de la moitié de ses vignes d’ici 2050. Des efforts pourront être entrepris pour limiter la casse, mais à quel prix pour la biodiversité ? La question vient d’être posée dans une nouvelle étude. Selon elle, il faudra implanter de nouveaux vignobles dans des régions où elles sont absentes et, donc, y modifier leurs écosystèmes.

En 2006, 2,1 % des zones cultivées françaises étaient consacrées à la culture de la vigne. La France est le premier producteur mondial de vin devant l'Italie et l'Espagne. © Claude Robillard, Flickr, cc by 2.0 En 2006, 2,1 % des zones cultivées françaises étaient consacrées à la culture de la vigne. La France est le premier producteur mondial de vin devant l'Italie et l'Espagne. © Claude Robillard, Flickr, cc by 2.0

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Le réchauffement climatique tracasse, au point que de nombreuses recherches sont actuellement menées pour déterminer son impact direct sur diverses espèces animales et végétales. On l’oublie peut-être un peu, mais des conséquences indirectes vont également toucher les écosystèmes, notamment lorsque certains agriculteurs vont devoir adapter leurs pratiques. Lee Hannah, de la Bren School of Environmental Science and Management, vient de nous le rappeler dans la revue Pnas. Les Français se sentiront particulièrement concernés par l’exemple choisi, puisqu’il traite de la filière viticole.

Pour bien comprendre le problème, il faut d’abord déterminer comment les principales régions viticoles mondiales vont être affectées par les changements climatiques d’ici à 2050. Pour le savoir, le chercheur a eu recours à quatre modèles spécifiques. Ils tiennent compte de l’évolution des températures et des précipitations prédites par 17 modèles climatiques globaux, le tout selon 2 scénarios d’émissions de gaz à effet de serre (RCP 4.5 et RCP 8.5). Les résultats donnent le tournis. Selon la meilleure hypothèse (RCP 4.5), la surface des terres propices à la culture de la vigne pourrait en moyenne diminuer de 62 % en Europe méridionale, et de 19 % au Chili, d’ici le milieu du siècle.

En 2010, la France comptait 788.000 hectares de vignes exploités par 87.400 agriculteurs. © Laures73, Flickr, cc by nc sa 2.0
En 2010, la France comptait 788.000 hectares de vignes exploités par 87.400 agriculteurs. © Laures73, Flickr, cc by nc sa 2.0

Plus de la moitié des cépages français sur la sellette ?

La situation est bien sûr plus grave lorsque le pire des scénarios est pris en considération (RCP 8.5). Les pertes de terroirs sont, dans ce cas, estimées à respectivement 73 % et 25 %. La région bordelaise, la vallée du Rhône et la Toscane ne seront pas épargnées, tout comme la Californie et l’Australie. En revanche, le réchauffement pourrait favoriser le développement de la filière viticole dans des contrées du nord de l’Europe ou de l’Amérique, ou encore en Nouvelle-Zélande. Passons maintenant aux effets indirects que ces changements occasionneront sur la faune et la flore locale.

Le réchauffement se traduira très certainement par une diminution de la pluviométrie et la survenue d’épisodes de sécheresse marqués sur les régions viticoles actuelles. Pour maintenir leur productivité, les agriculteurs auront alors trois solutions possibles : implanter des vignes à de plus hautes altitudes (là où il fait plus frais), sélectionner des cépages plus résistants, ou mettre en place un système d’arrosage adapté. Ce dernier point est examiné à l’heure actuelle, puisque certaines ressources hydriques sont déjà surexploitées.

Défricher de nouvelles terres n’est pas sans conséquence

L’installation de vignes en altitude, ou dans des régions situées à de plus hautes latitudes, est aussi problématique. Elle risque de nécessiter le défrichage de terrains vierges de toute culture, ou la reconversion de terres agricoles exploitées à d’autres fins. Or, ces opérations ne peuvent être menées sans impacter la faune et la flore propres aux milieux concernés. Encore faut-il que cela suffise ! Selon les auteurs de l’étude, certaines régions doivent se faire une raison : leurs filières viticoles ne pourront pas résister durablement au réchauffement et ne seront pas viables bien longtemps.

Les effets indirects des changements climatiques en cours ne seront donc pas négligeables, selon les modèles prévisionnels. Les auteurs suggèrent d’en tenir compte, pour adapter les pratiques agricoles et les efforts de conservation dès maintenant.


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