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Le risque de cancer augmente près des usines de déchets électroniques

Les appareils électroniques agrémentent notre quotidien puis s’en vont dans les pays en développement pour y être incinérés. Leur combustion libère des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) cancérigènes. En Chine, le risque de cancer du poumon est 1,6 fois plus important pour les habitants proches des usines de traitement que pour les habitants des villes, pourtant plus polluées, mais par d’autres industries.

La pollution liée aux déchets électroniques ne concerne pas uniquement les émissions d’HAP. La récupération des matériaux peut aussi se faire sur les tubes cathodiques, comme sur cette photo, à New-Delhi. Ces derniers sont riches en plomb et peuvent être un facteur aggravant de saturnisme. © Thousandway, cc by sa 2.5, Wikipédia La pollution liée aux déchets électroniques ne concerne pas uniquement les émissions d’HAP. La récupération des matériaux peut aussi se faire sur les tubes cathodiques, comme sur cette photo, à New-Delhi. Ces derniers sont riches en plomb et peuvent être un facteur aggravant de saturnisme. © Thousandway, cc by sa 2.5, Wikipédia

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Pour l’année 2013, on s’attend à ce que 567 millions de smartphones soient vendus dans le monde. Selon le cabinet DisplaySearch, les ventes devraient atteindre le milliard d’unités en 2016. Le monde de l’électronique fait largement partie de notre quotidien. Ordinateurs, téléphones portables, tablettes et lecteurs MP3 rythment l’existence de beaucoup d’entre nous. Toutefois, leur vie est éphémère : les ordinateurs portables et téléphones mobiles sont renouvelés régulièrement. Que deviennent-ils ensuite ?

La majorité des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE) est envoyée dans les pays en développement, où les structures de traitement ne sont pas adéquates. Les principaux concernés sont la Chine, l'Inde, le Pakistan, le Ghana et le Nigeria. En Inde, 95 % des appareils sont traités en dehors de structures adaptées, et même souvent par les habitants, à leur domicile. Ces déchets ne sont, il est vrai, pas comme les autres : ils contiennent des métaux précieux comme l’argent, l’or, ou le platine. Les détritus sont donc grossièrement brûlés afin de récupérer ces matières.

Une décharge de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), au Ghana. C'est ici que sont brûlés, à même le sol, les appareils électroniques. La fumée libère entre autres des HAP, ces molécules aromatiques hautement toxiques pour l'Homme et son environnement. © Marlenenapoli, DP
Une décharge de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), au Ghana. C'est ici que sont brûlés, à même le sol, les appareils électroniques. La fumée libère entre autres des HAP, ces molécules aromatiques hautement toxiques pour l'Homme et son environnement. © Marlenenapoli, DP

La combustion des DEEE est extrêmement toxique. Elle libère une fumée chargée en hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dont la plupart sont reconnus comme cancérigènes lorsqu’ils sont inhalés. Une équipe américano-chinoise de chimistes a donc cherché à quantifier l’impact des émissions de ces usines sur la santé des populations environnantes. Leurs résultats, publiés dans la revue Environmental Science and Technologyse révèlent être particulièrement alarmants.

Risque élevé de cancer du poumon près des décharges de DEEE

Durant près d’un an, de mai 2010 à avril 2011, les chercheurs ont analysé la qualité de l’air depuis deux toits d’immeubles, dans deux endroits précis, en Chine. Ils se sont focalisés sur un village rural du sud de la province du Guangdong, à moins de deux kilomètres d’une grande décharge de DEEE. Cette zone n’est entourée d’aucune autre industrie. En parallèle, les chercheurs se sont placés à Guangzhou (Canton), une ville très polluée en raison d’une intense activité industrielle, d’une forte concentration de voitures et de centrales (électriques, à charbon, etc.). Dans cette ville, néanmoins, aucune décharge de DEEE n’est installée.

D’après l’étude, les personnes vivant dans le village uniquement pollué par l’incinération des DEEE sont 1,6 fois plus exposées aux risques de cancer du poumon que leurs homologues de Guangzhou. « Dans le village, les gens recyclaient des déchets dans leurs jardins et leurs maisons, en utilisant des ustensiles et des casseroles pour faire fondre les circuits et récupérer les métaux », commente Staci Simonich, coauteure de l’article.

L’agriculture et l’élevage en danger

L’exposition aux HAP se fait par la respiration, la peau et la nourriture. En outre, il existe un lien étroit entre les DEEE et la culture des légumes, l'élevage de poulets et la capture des poissons. Les chercheurs ont estimé que dans la zone proche des décharges de DEEE, il pourrait y avoir entre 15 et 1.200 personnes par million d’habitants qui développeraient un cancer du poumon dû à l’inhalation des HAP. Pour Guangzhou, il s’agirait plutôt d’une fourchette entre 9 et 737 personnes par million d’habitants.

L’étude montre en outre que, dans 93 % du temps, la ville de Guangzhou dépasse les normes d’HAP dans l’air, contre 98 % du temps pour la province du Guangdong. Sachant que dans le monde près de 410 millions d’ordinateurs se vendront cette année et qu’on atteindra un milliard de smartphones écoulés pour la seule année 2016, il est urgent de réagir sur le recyclage des DEEE !


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