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Recycler les eaux usées, une solution d'avenir ?

En Australie, confrontée à de sévères épisodes de sécheresse, la gestion de l’eau potable devient un problème majeur du gouvernement. Dans son nouveau rapport, l’Australian Academy of Technological Sciences and Engineering met en exergue l’importance de considérer la réutilisation directe des eaux usées dans le circuit d’eau potable du pays.

L'eau de recyclage de Newater, une fois reminéralisée, est tout à fait potable. Pourtant, les habitants de Singapour ne sont pas tous prêts à la boire... En revanche, elle convient aux besoins d'industriels qui recherchent une eau d'une bonne pureté. Les Australiens franchiront-ils le pas ? © Reinhard_Schuldt (Brigitte Schuldt), Flickr, cc by nc nd 2.0 L'eau de recyclage de Newater, une fois reminéralisée, est tout à fait potable. Pourtant, les habitants de Singapour ne sont pas tous prêts à la boire... En revanche, elle convient aux besoins d'industriels qui recherchent une eau d'une bonne pureté. Les Australiens franchiront-ils le pas ? © Reinhard_Schuldt (Brigitte Schuldt), Flickr, cc by nc nd 2.0

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Peut-on envisager de boire l’eau des toilettes ? En France, bien que les nappes phréatiques ne parviennent pas toujours à se remplir comme il le faudrait, les pénuries sont rares. En revanche, pour d’autres pays, les événements de sécheresse sont fréquents et la demande en eau ne cesse de croître. Les ressources en Australie dépendent, par exemple, fortement de la variabilité naturelle du climat. En période El Niño, le pays est soumis à des conditions de sécheresse intenses. En raison du changement climatique actuel et de l’augmentation des besoins en eau, l’île-continent fait face depuis une décennie à une grande période de sécheresse, dite décennie « big dry ».

Pour l’Australie, il est donc presque inévitable de devoir repenser l’utilisation des eaux usées dans les prochaines décennies. Actuellement, les eaux usées sont exploitées de façon indirecte. Après utilisation, l’eau subit différents traitements, qui consistent principalement à retirer les particules en suspension (réduisant la quantité de substances dissoutes) et à la désinfecter. Elle retourne ensuite dans le cycle naturel de l’eau, rejoignant lacs, rivières, etc., où les processus naturels de filtration agissent. Les technologies de traitement les plus avancées injectent directement l’eau dans les aquifères, avec l’espoir de pouvoir la réutiliser d’ici 20 à 30 ans.

Le gaspillage de l'eau potable est énorme. En France, les villes les plus mal notées en la matière sont Nîmes, avec 41 % de l’eau perdue dans les réseaux de distribution, Avignon (35,5 %), Rouen (31,7 %), Amiens (28,7 %) et Toulon (26,7 %).
Le gaspillage de l'eau potable est énorme. En France, les villes les plus mal notées en la matière sont Nîmes, avec 41 % de l’eau perdue dans les réseaux de distribution, Avignon (35,5 %), Rouen (31,7 %), Amiens (28,7 %) et Toulon (26,7 %). © Whispertome, DP

Le gouvernement australien espère que ce type de recyclage pourrait un jour fournir 20 % de l’eau utile pour Perth, dans l’ouest du pays. Toutefois, un temps de latence de 20 ans, c’est long. Dans un rapport publié cette semaine, l’Australian Academy of Technological Sciences and Engineering (ATSE) recommande la mise en place de la réutilisation directe des eaux usées (Direct Potable Reuse, DPR). « La DPR est techniquement faisable et peut fournir de l'eau potable en toute sécurité directement dans le système de distribution d'eau, conclut le rapport. Les principaux obstacles ou inconvénients potentiels pour la DPR sont principalement liés à la perception du public et leur acceptation ».

Le recyclage des eaux usées, une idée pas si nouvelle

La DPR diffère de la méthode indirecte de traitement de l’eau par le fait qu’elle évince la phase tampon du filtrage naturel. Il faut y ajouter une étape supplémentaire de traitement des effluents, mais le coût énergétique serait nettement réduit par rapport à la méthode indirecte ou à la désalinisation par exemple. C’est en particulier vrai pour les systèmes de circulation d’eau des grandes villes comme Sydney ou Brisbane. Bien sûr, l’absence de tampons écologiques ne signifie pas que l’eau n’est pas stockée pour être contrôlée et assainie. L’idée de la DPR est simplement d’inclure ces réservoirs de contrôle directement dans le système de circulation d’eau.

En 2006, après un épisode sévère de sécheresse, la maire de Toowoomba, dans l’est du pays, avait proposé en référendum à ses citoyens de mettre en place des DPR pour subvenir à leurs besoins en cas de sécheresse. La population a voté contre à 62 %, un résultat qui reflète bien que la réticence domine les esprits. Pourtant, en Namibie, le projet est en place depuis 1968 et est tout à fait satisfaisant. Les États-Unis et l’Afrique du Sud envisagent cette solution. À Singapour, la société Newater recycle déjà les eaux usées. L’eau est vitale, et risque de manquer de plus en plus dans certaines régions du monde. Les Australiens finiront probablement par accepter l’idée du recyclage des eaux usées.


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