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Récif de corail : des réserves marines contre le changement climatique

Face aux atteintes portées par le réchauffement climatique, les coraux n’arriveront peut-être pas à se remettre et risquent de disparaître. Telle est la funeste prédiction des scientifiques. Une étude de l’Université d’Exeter apporte un peu d’espoir à ces organismes.

Un poisson perroquet qui prolifère dans les réserves marines et broute les algues des récifs coralliens. © University of Exeter

Un poisson perroquet qui prolifère dans les réserves marines et broute les algues des récifs coralliens. © University of Exeter

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Il ne fait pas bon d’être un corail. Elévation de la température des mers, montée du niveau des eaux, acidification des océans…, la liste des méfaits du changement climatique s’ajoute à celle des autres activités humaines : urbanisation, pollution, espèces invasives, etc.

L'efficacité des réserves marines en tant qu’outil de conservation est sujette à la reconnaissance de leurs bénéfices par les populations locales et, hélas, cette efficacité est bien souvent partiellement incomprise et controversée. C’est encore plus vrai dans le cas des récifs coralliens car il n’y avait pas, jusqu’à présent, d’exemple documenté de l’impact de ces réserves sur leur capacité à résister au changement climatique.

Ainsi, seuls 2% environ des récifs coralliens sont inclus dans des réserves qui les préservent des activités humaines comme la pêche ou le dragage. Peter Mumby, chercheur de l'Université d’Exeter, s’en désole.

« Les récifs coralliens sont les plus grandes structures vivantes sur Terre et ils abritent la plus grande biodiversité de la planète, rappelle-t-il. Résultat du changement climatique, l’environnement qui a rendu les coraux capables de prospérer pendant des centaines de milliers d’années est en train de changer trop rapidement pour que les récifs puissent s’adapter. »

Pour tenter de démontrer que les bénéfices écologiques des réserves marines pouvaient permettre aux coraux de mieux résister aux conséquences du réchauffement, une étude a été lancée dans la région des Caraïbes.

Cette étude a porté sur 10 sites, tant dans des réserves qu’en dehors, et a duré deux ans et demi. Dans l’aire d’étude, les coraux avaient été sévèrement touchés par le blanchiment et par l’ouragan Frances en 2004. Au début de l’étude, ils ne représentaient que 7% de la superficie du récif. A la fin du projet, ceux en réserves marines avaient atteint 19% de la surface récifale tandis que ceux en zone non protégée n’avaient pas récupéré.

Une guerre des gangs en faveur du corail

D’où vient cette différence ? Peter Mumby explique que « la réserve a permis d’accroître le nombre de poissons perroquets et comme les poissons perroquets broutent les algues, le corail peut croître librement sans être submergé par les algues. Résultat, les récifs à l’intérieur de la réserve montraient des signes de récupération alors que ceux avec plus d’algues n’en montraient pas ».

Les macroalgues (algues de grandes dimensions visibles à l’œil, par opposition aux microalgues, microscopiques) sont effet en compétition avec les coraux. Ces deux types d’organismes se développent sur les mêmes lieux favorables à la fixation sur le substrat rocheux et au captage des rayons lumineux pour la photosynthèse. Le développement de l’un se fait alors au détriment de l’autre.

Les coraux (à droite) et les macroalgues (à gauche) se livrent à une guerre de territoire dans les récifs. © nashworld CC by-nc
Les coraux (à droite) et les macroalgues (à gauche) se livrent à une guerre de territoire dans les récifs. © nashworld CC by-nc

Peter Mumby ajoute que « ce type de preuve pourrait aider à persuader les gouvernements de réduire la pêche d’herbivores clefs comme le poisson perroquet et aider les récifs à faire face aux menaces inévitables du changement climatique ».

Il est à noter que le degré de dégradation des coraux était très élevé et qu’une telle récupération n’avait pas encore été décrite à ce jour. Des résultats similaires, voire plus importants, devraient donc être visibles dans d’autres parties de la région où les récifs sont en meilleur état si des mesures sont prises en ce sens.

« Pour protéger les récifs sur le long terme nous avons besoin d’une action radicale de réduction des émissions de CO2. Cependant, nos recherches montrent qu’une action locale de réduction de la pêche peut contribuer au destin des récifs de manière significative » conclut le professeur Mumby.


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