Mots-clés |
  • développement durable,
  • poisson,
  • Pollution

Les perturbateurs endocriniens mauvais pour le coeur... des poissons

De nombreux perturbateurs endocriniens, à l'action féminisante, aboutissent au sein des écosystèmes aquatiques. Leurs effets sur les organes sexuels sont connus, mais qu’en est-il des autres régions du corps ? Une étude vient de montrer, grâce à des poissons fluorescents, qu'ils se fixent également sur les valves cardiaques. Il reste maintenant à en déterminer les conséquences…

Ces deux poissons-zèbre transgéniques ont été créés pour détecter la présence de polluants se fixant aux récepteurs spécifiques des œstrogènes. L'image du bas montre un individu ayant été exposé à 100 ng par litre d'éthynyl-œstradiol, une substance active entrant dans la composition des pilules contraceptives. Les zones colorées en vert correspondent aux muscles crâniens (cm), au cœur (h), à l'œil (le), au foie (li), aux neuromastes (n) et aux muscles squelettiques des myomères (sm). © Adapté de Lee et al. 2012, Environmental Health Perspectives Ces deux poissons-zèbre transgéniques ont été créés pour détecter la présence de polluants se fixant aux récepteurs spécifiques des œstrogènes. L'image du bas montre un individu ayant été exposé à 100 ng par litre d'éthynyl-œstradiol, une substance active entrant dans la composition des pilules contraceptives. Les zones colorées en vert correspondent aux muscles crâniens (cm), au cœur (h), à l'œil (le), au foie (li), aux neuromastes (n) et aux muscles squelettiques des myomères (sm). © Adapté de Lee et al. 2012, Environmental Health Perspectives

Les perturbateurs endocriniens mauvais pour le coeur... des poissons - 2 Photos

PDF

De nombreux écosystèmes aquatiques sont pollués par des composés chimiques dont l'action sur les organismes mime celle des œstrogènes, un groupe d’hormones féminines. Certains phyto-œstrogènes sont libérés naturellement par des végétaux mais la plupart proviennent de l'industrie : bisphénol A (constituant de nombreux plastiques), nonylphénols (composant de peintures ou détergents) ou encore résidus de pilules contraceptives.

La présence de ces perturbateurs endocriniens n’est pas sans conséquence sur la santé des animaux aquatiques et sur l’Homme. Elle serait responsable de nombreux cas de féminisation des poissons ou d’une baisse de la fertilité masculine. Mais les organes sexuels ne sont pas les seuls touchés.

Des chercheurs ont produit récemment un poisson transgénique (TG) dont les cellules peuvent s’illuminer par fluorescence lorsque des œstrogènes se fixent sur des récepteurs internes, quelle que soit la région du corps concernée. Lors des tests préliminaires, le foie et le cerveau ont bien brillé, comme prévu. Contre toute attente, le cœur a également pris une coloration verte !

Selon une étude américaine, le bisphénol A, perturbateur endocrinien, serait également présent dans les aliments conditionnés en boîtes de conserve et dans les boissons en canettes. Il sera officiellement interdit en France dans les contenants alimentaires en janvier 2014. © bloggyboulga, Flickr CC by nc-sa 2.0
Selon une étude américaine, le bisphénol A, perturbateur endocrinien, serait également présent dans les aliments conditionnés en boîtes de conserve et dans les boissons en canettes. Il sera officiellement interdit en France dans les contenants alimentaires en janvier 2014. © bloggyboulga, Flickr CC by nc-sa 2.0

Les valves cardiaques sensibles au bisphénol A

Daniel Gorelick, de la Carnegie Institution for Science (aux États-Unis), a voulu en savoir plus à ce sujet. Il a donc exposé des embryons de poissons-zèbre TG Danio rerio à divers polluants et observé les conséquences sur le muscle cardiaque. Les œstrogènes se sont bien fixés sur le cœur, mais plus précisément sur les valves cardiaques, des structures précédemment connues pour leur insensibilité à ces substances. Les valvules seraient même plus réactives à la pollution au bisphénol A et à la génistéine, un polyphénol d’origine végétale, que d’autres organes précédemment considérés comme sensibles.

Les embryons ont ensuite été exposés à de l’eau prélevée dans la baie de Chesapeake (aux États-Unis). L’objectif étant de déterminer si des eaux sauvages, et non de laboratoire, peuvent provoquer des réactions identiques au niveau du cœur. Malheureusement, la réponse a été positive puisque les valves cardiaques ont émis de la fluorescence. Tous ces résultats prouvant concrètement l’impact de la pollution aux œstrogènes sur le cœur d’un animal en cours de développement ont été présentés à la 2012 International Zebrafish Development and Genetics Conference (IZDGC) qui se tient actuellement à Madison aux États-Unis.

Il reste maintenant aux chercheurs à définir avec précision les rôles joués par ces substances durant l’ontogénie des poissons. Vont-elles fragiliser le muscle cardiaque ou favoriser l’apparition de certaines pathologies ? Ces résultats permettront alors de mieux comprendre les conséquences à long terme d’une telle pollution sur des animaux et donc sur l’Homme. 


Sur le même sujet

Vos réactions

Chargement des commentaires