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Nucléaire : les centrales françaises sont sûres… mais pas assez

Suite à la catastrophe de Fukushima et à la demande du Premier ministre, les acteurs du nucléaire ont testé la sûreté des centrales françaises, comme l'explique Martial Jorel de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), lequel vient de rendre public un rapport de synthèse, plutôt rassurant, qui affirme que toutes les centrales françaises sont sûres mais qui conseille tout de même de relever les niveaux de sécurité.

La centrale nucléaire de Tricastin pourrait-elle faire face à une catastrophe naturelle exceptionnelle ? © Sancio83, domaine public La centrale nucléaire de Tricastin pourrait-elle faire face à une catastrophe naturelle exceptionnelle ? © Sancio83, domaine public

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Le 23 mars 2011, le Premier ministre demande aux acteurs du nucléaire français de procéder à des stress tests sur les installations nucléaires du territoire. Le spectre de Fukushima est en effet dans les esprits du grand public et la filière du nucléaire n’a pas très bonne réputation. Il s’agit de s’assurer que les constructions françaises sont capables de tenir le choc en cas de catastrophe naturelle exceptionnelle. « On veut éviter ce qu’il s’est passé à Fukushima », résume Martial Jorel, directeur de la sureté des réacteurs à l’IRSN.

Les différents acteurs ont ainsi rendu leur rapport à l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), qui en a fait une synthèse grâce à une approche transversale, c'est-à-dire qu’elle est construite autour « des thèmes d’analyses plutôt qu’autour de chaque exploitant », rappelle l'expert de l'IRSN. Et ses conclusions sont plutôt rassurantes : l’activité d’aucune des installations observées lors de ce test ne mérite d’être arrêtée.

Un rapport rassurant... mais contradictoire

Rassurantes mais contradictoires. Car « un faible nombre d’installations nucléaires présente des écarts de conformité aux exigences requises », comme l’indique l’IRSN dans son communiqué de presse, mais selon Martial Jorel, il ne s’agit pas là des fonctions vitales. « Il faudrait une défaillance au niveau d’un composant vital pour justifier un arrêt d’activité » note-t-il.

L’IRSN précise tout de même que « le retour de l’expérience de Fukushima ainsi que les évaluations complémentaires de sureté ont mis en évidence certaines limites des référentiels de sûreté actuels [NDLR, les scénarios sur lesquels se fonde la sécurité des constructions] ».

Les différentes centrales nucléaires en France (NB : le réacteur de l'Institut Laue-Langevin n'apparaît pas sur cette carte car il ne s'agit pas d'une centrale nucléaire). © Idé
Les différentes centrales nucléaires en France (NB : le réacteur de l'Institut Laue-Langevin n'apparaît pas sur cette carte car il ne s'agit pas d'une centrale nucléaire). © Idé

Pour parvenir à ces conclusions, les scénarios les plus graves ont été envisagés. Pires encore que les plus catastrophiques du référentiel habituel. « Par exemple pour le réacteur de l’Institut Laue-Langevin situé au confluent du Drac et de l’Isère, on a imaginé la rupture de 4 barrages en amont, ce qui aurait pour conséquence de faire monter l’eau de 5 mètres », explique Martial Jorel tout en insistant sur le fait que les scénarios envisagés sont extrêmement improbables.

Inondations, séismes et noyau dur

Les experts ont ainsi testé des inondations record, mais ils se sont aussi intéressés aux séismes. À ce sujet, l’IRSN considère que l’appréciation de l’aléa sismique doit être améliorée. Plus d’importance doit être accordée à la diversité des avis des experts et la collecte des données doit être améliorée.

Si l’IRSN tenait à s’assurer que les équipements nucléaires résisteraient en cas de scénario catastrophe, il fallait aussi vérifier que le matériel permettant de limiter les dégâts – refroidissement notamment – reste opérationnel. C’est ce que l’IRSN appelle le noyau dur et qui « garantirait la pérennité des principales fonctions vitales des installations nucléaires durant plusieurs jours, le temps que des moyens externes au site puissent intervenir ».

Le réacteur de l'Institut Laue-Langevin, à gauche du cyclotron, au confluent du Drac et de l'Isère. © Christian Hendrich, Wikipédia, cc by sa 3.0
Le réacteur de l'Institut Laue-Langevin, à gauche du cyclotron, au confluent du Drac et de l'Isère. © Christian Hendrich, Wikipédia, cc by sa 3.0

Les antinucléaires contestent

Enfin, l’environnement des centrales a été passé au crible : « on a également pris en compte les installations industrielles à côté des centrales nucléaires, comme c’est le cas pour la centrale de Graveline ou celle de Tricastin », détaille Martial Jorel. La dégradation de ces installations suite à une inondation ou un séisme ne doit pas avoir d’impact sur les centrales.

Si du côté des acteurs du nucléaire, ce rapport est relativement élogieux, il est vivement critiqué par les écologistes qui accusent l’IRSN de « coupable indulgence ». Ainsi, l’ONG l’Observatoire du nucléaire s’indigne que « l'IRSN […] se prononce pour la continuation de l'exploitation de tous les réacteurs nucléaires français... tout en reconnaissant que leur sûreté est gravement défaillante ».

L’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), à qui le rapport a été remis, devra donner ses conclusions au gouvernement début 2012.


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