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Manipuler le Mississipi pour sauver son delta

Dévier les eaux limoneuses du Mississipi permettrait de compenser la moitié des terres que perd le Delta du Mississipi. C’est du moins ce qu’affirment les modélisations des chercheurs de l’Université du Texas-Austin et du Centre National de Dynamique des sols de l’Université du Minnesota.

Delta du fleuve Mississipi à son entrée dans le Golfe du Mexique. © Nasa Delta du fleuve Mississipi à son entrée dans le Golfe du Mexique. © Nasa

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Le déficit en sédiments, la subsidence des terres et l’élévation du niveau de la mer emportent de vastes portions du Delta depuis des décennies. Selon les modélisations, l’accélération de la formation de terres émergées dans le delta compenserait une grande partie de ces pertes, protégerait les terres intérieures des inondations causées par les tempêtes et recréerait des zones humides.

« Ce que montre ce modèle, c’est que nous pouvons, dans une large mesure, compenser les pertes futures en terres émergées en faisant ces déviations » explique le géologue David Mohrig qui a, avec le géologue Wonsuck Kim, mené l’étude parue dans Eos, l’hebdomadaire du American Geophysical Union (AGU).

Depuis la création des levées qui encadrent le Mississipi pour protéger La Nouvelle-Orléans des inondations, l’équilibre local entre l’érosion et la sédimentation des sols a été perturbé. Chaque année, le Delta du Mississipi perd en moyenne 44 km2 de terres émergées depuis 1940. En effet, ces levées canalisent le fleuve dont les eaux sont propulsées avec vigueur au-delà du plateau continental. Au lieu d’être déposés à l’embouchure, dans des eaux peu profondes, les sédiments sont emportés dans les profondeurs du Golfe du Mexique.

Déviation pour cause de travaux

En créant deux déviations du fleuve à 150 km en aval de La Nouvelle-Orléans, 45% des eaux iraient déposer leurs sédiments de part et d’autre du lit chenal du fleuve. Sans empêcher la navigation dans le Mississipi, cela permettrait de recréer de 25 à 45% (soit 700 à 1.200 km2) des terres perdues au cours du siècle à venir.

Cliquer pour agrandir. Vue du Delta du Mississipi en aval de La Nouvelle-Orléans, avec les projections des terres gagnées en 2110. © Eos/AGU

Les zones humides : une gestion à long terme serait très utile

Le modèle proposé a été appliqué à un cas concret : la rivière Atchafalaya. Les simulations restituent avec fidélité les surfaces de terres créées par cette rivière, qui profitent d’une déviation des eaux du Mississipi depuis 1980.

Mais certains chercheurs contestent la faisabilité d’un tel projet de restauration écologique, arguant du manque de sédiments dans le fleuve, retenus par les nombreux barrages en amont, et des forts taux de subsidences et d’élévation du niveau de la mer, supérieurs à ceux utilisés dans le modèle.

« Jusqu’à ce que nous élaborions ce modèle, il y avait beaucoup de débats qui reposaient sur pas grand-chose, à part de l’intuition. Ce modèle permet de passer d’impressions vagues à de réelles hypothèses testables » conclut Mohrig.

Les zones humides sont perçues désormais comme des outils d’aménagement du territoire, que ce soit pour lutter contre les inondations, pour améliorer la qualité et la quantité des réserves en eau ou pour préserver la biodiversité. Après avoir recréé des méandres en laboratoire, c’est la modélisation de la dynamique géomorphologique qui progresse, ouvrant la voie à des techniques douces et efficaces économiquement de restauration des milieux humides.


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