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Gaz de schiste : la fracturation hydraulique fait trembler la terre

Des experts indépendants estiment que la fracturation hydraulique, méthode de forage permettant l'extraction des gaz de schiste, pourrait être à l'origine de deux petits séismes survenus en Angleterre.

La facturation hydraulique serait à l'origine de séismes. © ruhrfisch, Wikipédia, cc by sa 3.0

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Selon un rapport britannique, qui vient d'être rendu public, il est « hautement probable que des tests de forages de gaz de schiste aient déclenché des secousses sismiques dans le Lancashire », en Angleterre. Voilà un nouvel écueil pour une filière qui ne fait déjà pas vraiment l’unanimité.

Signé par plusieurs experts indépendants, ce rapport a été commandité par la société Cuadrilla, qui exploite le site de Bowland, dans le nord-ouest de l’Angleterre. L’étude cherchait à comprendre pourquoi il avait été observé une activité sismique anormale à proximité de certains des puits de forage. Les experts ont ainsi tenté de déterminer les causes de deux petits séismes : l’un d’une magnitude de 2,3, qui s’est produit le 1er avril 2011 et l’autre, datant du 27 mai 2011, d’une magnitude de 1,5.

La fracturation hydraulique : interdite en France, pas en Angleterre

Pour l’instant, les compagnies pétrolières ne connaissent qu’une seule méthode pour extraire le gaz de schiste emprisonné dans la roche mère : c’est la fracturation hydraulique. Mais cette technique, qui consiste à injecter à forte pression une énorme quantité d’eau agrémentée de quelques produits chimiques dans la roche mère afin de la faire éclater, est suspectée d’être nocive pour l’environnement, l’eau en particulier.

En France, cette pratique est d’ailleurs interdite depuis le 13 juillet 2011, et certaines compagnies pétrolières qui comptaient s’en servir dans un futur proche ont récemment été priées de renoncer à cette méthode. Mais d’autres pays l'ont acceptée, comme le Canada, les États-Unis ou encore le Royaume-Uni où la réglementation environnementale est réputée laxiste et où la dépendance énergétique est vue d’un mauvais œil.


La fracturation hydraulique est la seule technique connue pour extraire les gaz non conventionnels comme les gaz de schiste. Elle a été interdite en France en juillet 2011, soit quelques mois seulement après l'attribution des permis. © ide.fr

Voilà donc que la fracturation hydraulique, en plus d'être polluante, serait probablement à l’origine de petits séismes. Un tel effet n'est pas si surprenant puisque que la technique consiste justement à faire bouger les roches. Mais le rapport n'en fait pas l'unique responsable. Les événements sismiques seraient le résultat de l’association de plusieurs facteurs : d’une part « la pression exercée par l’injection d’eau » et d’autre part la « combinaison inhabituelle de structures géologiques spécifiques ». En effet, le puits étudié se situe au-dessus d’une faille préexistante qui n’avait apparemment pas été décelée avant le forage !

Les compagnies pétrolières pas alarmées

Les conclusions des experts ne mettent pas en cause la technique de fracturation en elle-même. Du coup, les compagnies pétrolières ne se démontent pas. Dans un communiqué de presse, Mark Miller, le directeur général de Cuadrilla, déclarait d’ailleurs : « Nous acceptons les conclusions de ce rapport indépendant et nous sommes heureux que le rapport conclut qu'il n'existe aucune menace pour les personnes ou les biens dans la zone locale de nos activités ». Tout va bien, donc.

Des militants de l'association Frack Off montent sur la plateforme de forage du puits Preese Hall-1 (Angleterre) en guise de protestation. © Frack Off
Des militants de l'association Frack Off montent sur la plateforme de forage du puits Preese Hall-1 (Angleterre) en guise de protestation. © Frack Off

Il faut dire que, s’il désigne le forage comme la cause des séismes, le rapport considère qu’il est improbable qu’une éventuelle secousse ne dépasse un jour une magnitude de 3. Dans l’ensemble, si les experts indépendants ont en effet reconnu la culpabilité du forage, le reste du rapport n’est pas vraiment alarmant.

Du côté des associations écologistes, comme Greenpeace ou Frack Off (jeu de mot entre la traduction du mot « fracturer » et un juron anglophone populaire), le discours est tout autre. Une manifestation a d’ailleurs été organisée suite à l’annonce de la publication du rapport et de ses conclusions. Le WWF demande quant à lui un moratoire sur la fracturation. Au regard des besoins énergétiques du Royaume-Uni, il y a peu de chance qu’il soit entendu.


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