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Copenhague : négocier sur les forêts sans oublier leurs populations

Ne créez pas des réfugiés du carbone ! Tel est l’avertissement des travaux de Simon Lewis adressé aux négociateurs de Copenhague. Selon lui, la lutte contre la déforestation doit inclure le destin des centaines de millions de vies humaines qui en dépendent, aussi bien pour plus d’efficacité que pour éviter une crise humanitaire.

350 millions de personnes vivent de l’exploitation des forêts qui font l’objet de négociations au Sommet de Copenhague. © G. Keith Douce / Université de Géorgie CC by 350 millions de personnes vivent de l’exploitation des forêts qui font l’objet de négociations au Sommet de Copenhague. © G. Keith Douce / Université de Géorgie CC by

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Les négociations climatiques de Copenhague portent sur la lutte contre l'effet de serre et l’adaptation au changement climatique. Cette lutte contre l’effet de serre est basée sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), notamment le CO2, mais aussi sur les mécanismes pour extraire ces GES de l’atmosphère.

Le programme de Réduction des Emissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des forêts (REDD) exploite un de ces mécanismes : les puits de carbone terrestres. En effet, les forêts stockent le CO2 atmosphérique sous forme de matière organique grâce à la photosynthèse. La préservation des forêts et l’accroissement de leur surface ont donc toute leur place au sommet de Copenhague. Les pays qui souffrent de déforestation ou qui ont de grandes forêts, comme le Brésil, le Congo ou la Russie, font donc pression pour que celles-ci soient prises en compte dans les bilans des émissions de carbone, sous la forme de crédits carbone.

Concrètement, un pays qui stocke dans ses forêts de manière durable X gigatonnes de CO2 demande à recevoir l’équivalent en droit d’émissions. Sans cette contrepartie, ce pays pourrait être moins enclin à empêcher la déforestation pour vendre du bois ou étendre les surfaces agricoles. Le principe est logique et déjà en pratique localement dans le cadre des Mécanismes de Développement Propre (MDP) du Protocole de Kyoto.

La question de l’efficacité de ces crédits carbone, qui ont une valeur économique, se pose tout de même. De récentes études montrent que l’attribution de ces crédits carbone aux populations locales qui exploitent et vivent des forêts seraient plus efficaces que de les attribuer à des organismes comme les Etats, les ONG ou les programmes internationaux.

Les populations qui vivent des forêts ont leur rôle à jouer dans la préservation de celles-ci. La création de forêts « réserve de carbone » pourrait en faire des réfugiés. © James Denny Ward / USDA Forest Service CC by
Les populations qui vivent des forêts ont leur rôle à jouer dans la préservation de celles-ci. La création de forêts « réserve de carbone » pourrait en faire des réfugiés. © James Denny Ward / USDA Forest Service CC by

Protéger les forêts sans oublier les hommes : touchons du bois !

En outre, il peut y avoir un effet pernicieux à préserver les forêts pour leur carbone en empêchant les populations locales de les exploiter. Selon Simon Lewis, de l’Earth & Biosphere Institute de l’Université de Leeds, « il y a ici le potentiel pour une crise humanitaire si le REDD n’est pas correctement mis en place ». Les négociations de Copenhague devraient donc accorder au moins 50% des crédits carbone à ces peuples et s’assurer que leurs droits soient reconnus et respectés. Sinon, ces 350 millions de personnes pourraient devenir des réfugiés du carbone.

D’autant plus, ajoute-t-il, que la surveillance nécessaire du maintien des forêts doit conjuguer observations satellite, comme il le démontre avec son collègue Edward T. A. Mitchard dans une étude publiée le 2 décembre 2009 dans Geophysical Research Letters, avec des mesures de terrain qui impliquent les communautés locales. C’est particulièrement vrai pour les forêts tropicales sèches qui couvrent 300 millions d’hectares rien qu’en Afrique.

C’est l’essence même du développement durable : penser local, avec les populations des forêts, et agir global contre le changement climatique en se basant sur les trois piliers que sont l’économie, le social et l’environnement. Il ne faudrait pas que les négociations de Copenhague, plus focalisées sur les aspects techniques et méthodologiques, passent à côté de cela et provoquent des centaines de millions de réfugiés climatiques, non pas à cause du réchauffement climatique, mais de la lutte contre celui-ci.


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