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L'aquaculture norvégienne sera verte... grâce à ses déchets !

L’aquaculture intensive fertiliserait actuellement les eaux côtières, causant par endroit de véritables pollutions. Cependant, selon des chercheurs norvégiens, ce problème pourrait devenir un avantage économique. Les moules et les algues apprécient en effet les nutriments libérés…

Près de 75 % des saumons disponibles sur le marché proviendraient de Norvège et du Chili. La Norvège produirait à elle seule 90 % du saumon de l'Atlantique. © Yodod, Flickr, cc by nc nd 2.0 Près de 75 % des saumons disponibles sur le marché proviendraient de Norvège et du Chili. La Norvège produirait à elle seule 90 % du saumon de l'Atlantique. © Yodod, Flickr, cc by nc nd 2.0

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Face à l’épuisement des stocks de poissons observés dans nos océans, l’aquaculture semble promise à un bel avenir. Le développement de cette filière doit cependant faire face à une critique sans cesse croissante : les fermes aquacoles pollueraient leur environnement direct, donc les eaux côtières. Un simple exemple permet aisément d’illustrer ce fait. 

La Norvège a produit environ 1 million de tonnes de saumons et de truites saumonées en 2009. Pour ce faire, plus de 1,2 million de tonnes d’aliments riches ont été distribués aux poissons. Or, ces denrées se retrouvent en grande majorité dans l’environnement à la suite de leur non-assimilation ou de leur excrétion par les organismes. Ainsi, les fermes aquacoles fertiliseraient les océans en libérant d’importantes quantités de matières organiques et inorganiques. Les écosystèmes s’en trouveraient par endroit profondément affectés, et les économistes se désolent de voir ces ressources partir à la dérive. 

Selon certains experts norvégiens, les nutriments rejetés pourraient en effet être exploités pour développer ou renforcer plusieurs filières industrielles, tout en diminuant la pollution des eaux côtières. Leur valeur économique a même été estimée à plus de 800.000 euros. La solution consisterait à mettre en place une aquaculture dite multitrophique intégrée. De quoi s'agit-il ?

La laminaire sucrée, une algue particulièrement riche en saccharose, est comestible lorsqu'elle est jeune. Elle se récolte préférentiellement de mars à juin. © Baralloco, Wikimedia commons, CC by sa 3.0
La laminaire sucrée, une algue particulièrement riche en saccharose, est comestible lorsqu'elle est jeune. Elle se récolte préférentiellement de mars à juin. © Baralloco, Wikimedia commons, CC by sa 3.0

Une meilleure exploitation des déchets piscicoles

Dans le cadre du projet Integrate (pour Integrated open seawater aquaculture, technology for sustainable culture of high productive areas), des chercheurs menés par Kjell Inge Reitan de l’université norvégienne des Sciences et de la technologie (NTNU) ont observé une importante croissance du nombre de moules et d’algues cultivées à proximité des fermes aquacoles. Or, ces organismes possèdent une grande valeur économique. Des algues telles que Laminaria saccharina pourraient en effet bientôt être utilisées à grande échelle pour la production de biocarburants, ou pour fournir diverses substances chimiques entrant notamment dans la composition d'additifs alimentaires.

La démarche préconisée par les chercheurs vise donc à développer l’implantation massive de cultures d’algues et de moules à proximité des fermes aquacoles. Les aliments distribués profiteraient ainsi aux poissons, puis aux autres organismes produits dans le voisinage. Par conséquent, la pollution de l’eau ne pourra que diminuer, ce qui permettra à la filière du saumon norvégien d’afficher un avenir plus vert et durable. 

L’aquaculture multitrophique intégrée pourrait à terme autoriser une production supplémentaire de 0,6 à 1,7 million de tonnes d’algues et de 7.200 à 21.500 tonnes de moules (soit 4 fois plus que la production actuelle). Pour ce faire, des zones littorales devront être mises en culture (entre 82 et 250 km²). La suite du programme de recherche vient d’être lancée sous le nom d’Exploit (pour Exploitation of nutrients from Salmon aquaculture). Les scientifiques vont déterminer précisément la forme et la localisation des zones d’exploitation pour optimiser l’utilisation des déchets


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