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Une algue très ancienne a-t-elle le secret des futurs agrocarburants ?

À partir d’une algue qui a contribué à la formation des gisements d’hydrocarbures fossiles, des chercheurs réinventent le pétrole. C’est une piste vers une nouvelle voie de production d’hydrocarbures à partir d’organismes vivants, que les chercheurs imaginent génétiquement modifiés.

L’algue Botryococcus braunii est remarquable par sa capacité à produire et à stocker une huile de très bonne qualité pour des reutilisations futures dans l’industrie pétrochimique. © Photograph courtesy of Weiss, Holzenburg, Vitha and Devarenne at Texas A&M University L’algue Botryococcus braunii est remarquable par sa capacité à produire et à stocker une huile de très bonne qualité pour des reutilisations futures dans l’industrie pétrochimique. © Photograph courtesy of Weiss, Holzenburg, Vitha and Devarenne at Texas A&M University

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Avec la diminution des ressources pétrolières et l’augmentation du prix du baril, les recherches concernant la production de carburant à partir du vivant sont particulièrement dynamiques. Il y a bien sûr les agrocarburants, issus soit des organes de stockage des plantes pour la première génération (huile des graines de colza par exemple), soit de la plante entière pour les agrocarburants de seconde génération. Mais ils posent de nombreux problèmes, dont notamment l’occupation de sols fertiles aux dépens des cultures destinées à l’alimentation des populations. Alors certains se sont tournés vers des bactéries, ou vers l’océan et la production de biofuel par les algues.

Dernière en date à avoir été convoquée pour alimenter nos moteurs : Botryococcus braunii. Et le moins que l’on puisse dire est que cette algue verte s’y connaît en pétrole ! Il y a 500 millions d’années, c’est déjà elle qui participait – avec d’autres organismes – à la constitution des gisements actuels de pétrole et de schistes bitumineux. Les chercheurs en ont la preuve par la signature chimique de l’huile qu’elle produit. D’où le grand intérêt qu’elle suscite dans l’industrie pétrolière.


Comparaison entre les extraits de deux algues différentes : celui issu de Botryococcus braunii contient près de 20 % d’huile. Il brûle s’enflamme facilement, alors que celui issu de Chlamydomonas, avec 5 % d’huile, s’éteint. © scottk9395-youtube

Une technologie à double tranchant

Dans son laboratoire du College of Agriculture de l’université du Kentucky, le professeur Joseph Chappel est heureux. Son équipe, qui a reçu au printemps un financement d’un million de dollars de la part du ministère de l’agriculture américain, touche au but. Il fallait d’abord comprendre le mécanisme de production d’huile particulier à cette algue puis identifier les gènes codant pour ce processus. C’est chose faite. Les chercheurs viennent de réussir à les introduire dans des levures dont la croissance, beaucoup plus rapide que celles des algues, permet une production plus importante de la précieuse substance.

Si le passage au stade industriel demandera encore beaucoup de travail, c’est une remarquable avancée sur deux plans : la compréhension de la formation des gisements pétrolifères d’une part, et d’autre part la production par des êtres vivants d’hydrocarbures de qualité, facilement transformables en carburants et matières premières. 

Un bémol tout de même : tant qu’il s’agit d’algues ou de levures dans des réacteurs clos et contrôlés tout va bien, mais l’étape suivante peut être plus contestée. L’idée serait de modifier génétiquement des graminées comme le sorgho ou le miscanthus pour augmenter la quantité et la qualité de l’huile qu’ils produisent. On retombe alors dans les défauts des agrocarburants, cumulés à ceux des OGM, mais c’est une autre histoire…


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