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L’agriculture intensive annule les puits de carbone en Europe

Prairies et forêts absorbent efficacement le CO2 mais une étude internationale, associant le CNRS, le CEA et l’Université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, montre que cet effet est en grande partie compensé par les émissions d’oxyde nitreux et de méthane générées par la gestion intensive des sols.

Les prairies, comme les forêts, stockent une partie du CO2 dans les sols. © T. Lindenbaum CC by-nd Les prairies, comme les forêts, stockent une partie du CO2 dans les sols. © T. Lindenbaum CC by-nd

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La moitié des émissions anthropiques de dioxyde de carbone sont stockés hors de l’atmosphère, dans les océans et la biosphère continentale. Ces puits de carbone luttent donc contre le réchauffement climatique en retirant une partie des gaz à effet de serre (GES) de l’atmosphère. Au sein des écosystèmes terrestres, l’absorption du CO2 atmosphérique par la photosynthèse permet, via la décomposition et la minéralisation de la matière organique produite, de séquestrer dans le sol une partie des émissions humaines.

Cependant, l’étude détaillée à laquelle a participé le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement sur les sources et les puits des trois principaux GES – le gaz carbonique, l'oxyde nitreux et le méthane – montre que les puits continentaux européens sont concurrencés par les émissions de ces deux derniers gaz.

Elle révèle que le bilan des écosystèmes terrestres européens est proche de la neutralité. En effet, la séquestration du CO2 dans les sols, en particulier au niveau des prairies et des forêts, est presque entièrement compensée par les émissions d’oxydes nitreux et de méthane. Les premières proviennent de la fertilisation azotée des prairies tandis que le méthane est produit par les émanations du bétail.

En haut, flux total de CO2 en Europe ; en bas, somme de toutes les sources et puits de gaz à effet de serre en Europe (CO2, N2O et CH4) rapportée en équivalent CO2. © LSCE
En haut, flux total de CO2 en Europe ; en bas, somme de toutes les sources et puits de gaz à effet de serre en Europe (CO2, N2O et CH4) rapportée en équivalent CO2. © LSCE

Les chercheurs ont obtenu ces résultats en croisant deux méthodes, l’une top-down et l’autre bottom-up. La première, « du haut vers le bas », a consisté à déduire l’emplacement des puits et sources à partir des concentrations en GES mesurées dans l’atmosphère, la seconde, « du bas vers le haut », a croisé des mesures de flux de GES au niveau de parcelles avec des modèles de fonctionnement de la biosphère.

Des quotas de carbone après les quotas laitiers ?

Si en Europe, les prairies et forêts absorbent 15% des émissions de CO2 issues des activités humaines, les émissions dues à la gestion des sols (agriculture, exploitation forestière), qui s’intensifie, sont en passe d’annuler cet effet. Le bilan global n’est déjà plus que de 2%.

Alors que les négociations climatiques tentent d’intégrer les puits de carbone dans l’allocation des quotas de carbone par pays, la réduction des émissions d’oxydes nitreux et de méthane dues à l’exploitation des sols devraient être une priorité. Sans cela, les efforts européens pour réduire leurs émissions feraient l’impasse sur la contribution des écosystèmes terrestres.

Enfin, une gestion plus durables des sols européens s’accompagnerait de nombreux autres avantages, touchant à la qualité des eaux, à la biodiversité et, pourquoi pas, au bien-être animal.


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