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Salinisation des rivières : un fléau écologique qui nous concerne tous

La salinisation des rivières est en train de devenir un problème écologique qui affecte presque toutes les régions du monde. Des eaux de rivières plus salées dérèglent l’équilibre biologique de l’écosystème et menace la santé humaine.

Le salar de Uyuni est le plus grand désert de sel du monde. Situé en Bolivie, il recouvre une vaste réserve de lithium. Sa formation remonte à 10.000 ans, quand l'étendue d'eau salée était une partie du lac Minchin, un lac préhistorique géant. Ainsi, comme pour les marnes du Jura, c'est une source de sel gemme. © Luca Galuzzi, cc by sa 2.5 Le salar de Uyuni est le plus grand désert de sel du monde. Situé en Bolivie, il recouvre une vaste réserve de lithium. Sa formation remonte à 10.000 ans, quand l'étendue d'eau salée était une partie du lac Minchin, un lac préhistorique géant. Ainsi, comme pour les marnes du Jura, c'est une source de sel gemme. © Luca Galuzzi, cc by sa 2.5

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Les activités humaines et le réchauffement climatique perturbent l’écosystème de différentes façons : par la pollution atmosphérique (liée aux émissions de gaz à effet de serre), par la pollution environnementale (due au rejet de déchets) et par la pollution des sols (conséquence de l’utilisation de pesticides et d’engrais). Ces altérations de l’environnement font l’objet de nombreuses études. Il existe toutefois une perturbation de l’écosystème dont on parle beaucoup moins : la salinisation des rivières.

Le phénomène est relativement récent et largement méconnu du grand public. Des rivières plus salées sont une menace pour la survie de nombreux organismes. Les échanges biologiques du milieu sont largement modifiés et les organismes y vivant ne sont plus aussi efficaces pour nettoyer l’eau. À long terme, l’eau pourrait donc devenir inutilisable : impossible alors d’irriguer les plantes ou de la boire. L’impact économique d’un tel problème environnemental est important, puisqu’il faudra mettre en place des moyens de désalinisation de l’eau.

L'Èbre est l'un des fleuves les plus puissants d'Espagne. Il parcourt 928 km, et son bassin versant est de 85.550 km2. C'est aussi le fleuve le plus salé d'Espagne à cause d'une activité humaine intensive. © Benutzer Gisbertn, GNU
L'Èbre est l'un des fleuves les plus puissants d'Espagne. Il parcourt 928 km, et son bassin versant est de 85.550 km2. C'est aussi le fleuve le plus salé d'Espagne à cause d'une activité humaine intensive. © Benutzer Gisbertn, GNU

L’activité humaine augmente la salinité de l’écosystème des rivières 

Si la salinisation des rivières peut être naturelle, l’activité humaine est largement mise en cause. Dans un article paru dans la revue Environmental Pollution, les scientifiques du département d’écologie de l’université de Barcelone font un bilan de la gravité de la situation. Ce problème affecterait en effet tous les pays du monde, aggravant un peu plus l’état des cours d’eau douce, déjà altéré par le changement climatique et l’augmentation de la consommation d’eau.

La salinité des rivières peut être naturelle, liée à la géologie du milieu environnant. Des couches de sel peuvent ainsi être les témoins d’une mer présente à un endroit donné des milliers d’années plus tôt. L’érosion des sols libère alors le sel dans les rivières. Dans le Jura, par exemple, le village de Salins-les-Bains se situe sur un affleurement de marnes (calcaire et argile) à sel gemme qui date du Keuper inférieur, soit vieux de 230 millions d’années. Ce dépôt de sel gemme est la conséquence de l’évaporation d’une ancienne mer. Ce phénomène n’est pas nouveau ; ce qui l’est en revanche, c’est la salinisation due à l’activité humaine.

L’implication de l’Homme se traduit par le rejet de déchets industriels, par l’activité minière (l’extraction de la potasse dans les mines libère notamment des sels de potassium que l’on retrouve ensuite dans les rivières) ou encore par les déchets agricoles et fermiers. En fonction de la nature du sol, l’irrigation intensive peut également être un véritable fléau. Si l’Australie est le pays dont la qualité de l’eau souffre le plus de ces activités, la situation s’aggrave aussi en Europe.

Une politique de gestion des rivières qui devient urgente 

Dans la plaine de l’Èbre, le plus puissant fleuve d’Espagne, les rivières sont encore plus salées qu’en Australie à cause des caractéristiques du sol et de l’activité agricole. La région de Murcia est une zone semi-aride, où l’irrigation est intense. Le phénomène est identique avec le fleuve Llobergat, en Catalogne, où le problème est plus complexe : il est en plus extrêmement pollué. Il est d’ailleurs difficile de savoir quel composé endommage le plus l’environnement.

Malgré certaines réductions des rejets, la salinisation des rivières en Espagne est un sérieux problème. Par endroits, l’eau ne peut plus être utilisée pour l’agriculture et la consommation humaine. Le bilan est moins alarmant qu’en Australie, mais demeure inquiétant car la situation pourrait rapidement devenir dramatique. Si le problème n’est pas pris en compte assez vite, de nouvelles usines de traitement de l’eau devront être installées. Une alternative loin d’être magique, car ces usines utilisent des composés chlorés pour réduire le taux de sel, un composant pouvant être toxique pour la santé humaine. En Australie, le problème est bien géré : les agriculteurs et les mineurs ont modifié leurs habitudes de consommation d’eau, et les mines rejettent par exemple leurs déchets dans l’océan plutôt que dans les rivières.

Il n’existe pas encore de politique environnementale européenne ou nationale sur le sujet. Récent et méconnu, ce dérèglement écologique n’est pas souvent traité. Pourtant, la demande en eau douce augmente, alors que les ressources disponibles diminuent, notamment à cause de la pollution, du réchauffement climatique et d’une évaporation plus importante. En France, on s’attend à ce que la région méditerranéenne soit touchée par cette problématique et qu’il y ait de plus en plus de rivières salées. Faudra-t-il donc bientôt dessaler l’eau douce comme on le fait déjà pour l’eau de mer ?


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