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Réchauffement : la suie, un aérosol plus puissant qu’il y paraît

La suie aurait un impact deux fois plus important que prévu sur le changement climatique. Son pouvoir de réchauffement serait même supérieur à celui du méthane. Pourquoi alors ne pas lutter contre ses émissions pour limiter l'augmentation des températures à l'avenir ?

Il est possible de limiter les émissions de suies cancérigènes des véhicules Diesel en installant des filtres à particules. © zigazou76, Flickr, cc by 2.0 Il est possible de limiter les émissions de suies cancérigènes des véhicules Diesel en installant des filtres à particules. © zigazou76, Flickr, cc by 2.0

Réchauffement : la suie, un aérosol plus puissant qu’il y paraît - 2 Photos

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Les moteurs Diesel, les centrales à charbon et les feux de brousse ont tous un point commun : ils émettent de la suie dans l’atmosphère. Ces particules carbonées ne mesurent que quelques dizaines de nanomètres de diamètre, mais leurs effets sur la santé humaine sont indéniables. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé la suie dans le groupe des cancérigènes certains pour l'Homme. Au-delà de cet aspect sanitaire, les composés issus de la combustion incomplète de carburants fossiles ou de biomasse jouent également un rôle considérable sur notre climat, notamment car ils absorbent l’énergie solaire. 

Environ 7.500 gigagrammes (Gg) de carbone noir auraient été libérés dans l’atmosphère en 2000, mais il faut préciser que l’intervalle d’erreur s’étend de 2.000 à 29.000 Gg. L’implication de ces particules dans le réchauffement climatique a déjà été étudiée par de nombreux modèles... mais elle aurait été sous-estimée de moitié. Cette information vient d’être dévoilée dans un rapport de 232 pages publié dans le Journal of Geophysical Research: Atmospheres (JGR).

Aujourd’hui, la consommation de charbon représente 28 % de l’énergie consommée dans le monde. © arbyreed, Flickr, cc by nc sa 2.0
Aujourd’hui, la consommation de charbon représente 28 % de l’énergie consommée dans le monde. © arbyreed, Flickr, cc by nc sa 2.0

La suie, nouvelle cible pour attaquer le réchauffement climatique

Au sein de l’International Global Atmospheric Chemistry Project (Igac), 31 scientifiques ont participé à la rédaction de ce document qui conclut quatre années de recherche. Le rôle de la suie a été étudié par le biais de modèles et d’observations de terrain sous toutes ses facettes. Les chercheurs ont tenu compte de l’accumulation de ces aérosols dans l’atmosphère et de leur pouvoir absorbant, mais aussi par exemple de l’impact de leurs dépôts sur la neige ou la glace. Au final, le forçage radiatif total du carbone noir durant l’ère industrielle a été estimé à 1,1 W/m2, avec une incertitude à 90 % s’étendant de 0,17 à 2,10 W/m2. Cette valeur est, selon les auteurs, deux fois plus importante que celles fournies par la plupart des modèles développés jusqu’à maintenant. 

Conséquence directe, les émissions de suie deviendraient le second facteur anthropique agissant le plus sur le réchauffement climatique, juste derrière l’indétrônable CO2. Le méthane a donc été relégué à la troisième place de ce podium. L’impact du carbone noir sur notre climat serait comparable, selon les nouveaux chiffres, à 66 % de celui du gaz carbonique. À noter toutefois que les chercheurs ont tenu compte des effets de toutes les substances émises dans l’atmosphère par un mode de combustion précis (l’utilisation de charbon libère par exemple des sulfures, qui participent quant à eux au refroidissement de notre planète). 

Il existe une différence notable entre le CO2 et la suie. Le premier persiste plusieurs décennies dans l’atmosphère, tandis que la seconde n’y subsiste pas plus de 7 à 10 jours. Par conséquent, de nouvelles politiques visant à réduire la libération atmosphérique massive de particules carbonées pourraient avoir des résultats conséquents et surtout rapides sur notre climat. Selon Piers Forster de l’université de Leeds, nous pourrions gagner une vingtaine d’années de répit dans la lutte contre les changements climatiques en cours. Ce rapport confirme également les résultats des travaux de David Shindell, qui ont été publiés en janvier 2012 dans la revue Science : lutter contre le méthane et la suie serait plus efficace pour limiter le réchauffement climatique que de réduire les émissions de CO2. En outre, tous les efforts faits pour restreindre les émissions de carbone noir ne peuvent qu’améliorer la santé de millions de personnes de par le monde.


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