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Réchauffement : les espèces fuient vers le nord et en altitude

Le réchauffement climatique provoque le déplacement des espèces, de nombreuses études l’ont déjà montré. Mais une nouvelle étude est autrement précise : avec en moyenne 17 km d’avancée par décennie, cette migration vers les hautes latitudes serait trois fois plus rapide que prévue !

Le papillon comma (Hesperia comma) est une des espèces dont l'aire de répartition s'est déplacée le plus rapidement : 220 km vers le nord au cours de ces vingt dernières années. © Dr Strange Ones, Flickr, CC by-nc-nd 2.0 Le papillon comma (Hesperia comma) est une des espèces dont l'aire de répartition s'est déplacée le plus rapidement : 220 km vers le nord au cours de ces vingt dernières années. © Dr Strange Ones, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

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Des travaux publiés mi-août dans le journal Science par des chercheurs de l’université d’York, en Grande-Bretagne, montrent avec une précision nouvelle certains des premiers effets chiffrés du réchauffement climatique. La tendance qui en ressort est une remontée impressionnante et générale des espèces vivantes depuis l’équateur vers les pôles et des plaines vers les sommets. Attention, il ne s’agit pas d’un déplacement des individus, comme pourrait le laisser penser le terme de « migration », mais bien d’une modification des aires de répartition. Ce sont les zones d’habitat favorables, liées aux conditions climatiques (comme la pluviométrie ou la gamme de températures) qui se déplacent, entraînant avec elles les espèces adaptées à ces conditions.

Le déplacement des zones de vie des espèces peut être causé par de nombreux facteurs, parmi lesquels la destruction par l’Homme de leurs habitats ou l’arrivée d’espèces invasives. Ce genre de données ne peut donc être corrélé à un changement climatique que lorsque sont établies des moyennes sur plusieurs décennies. Ainsi, les variations rapides ou locales liées à d’autres facteurs sont lissées et seules les grandes tendances imposées par le réchauffement global ressortent.

Les cartes ci-dessus n'ont rien à voir avec de la météorologie. Elles sont établies par des modèles climatiques comme Arpège ou LMDZ. Ils donnent des scénarios d'évolution des températures annuelles moyennes pour le siècle à venir. Si les valeurs sont différentes, la tendance est la même : le réchauffement. Animaux et plantes suivent le mouvement. © Onerc/Ministère de l'Écologie
Les cartes ci-dessus n'ont rien à voir avec de la météorologie. Elles sont établies par des modèles climatiques comme Arpège ou LMDZ. Ils donnent des scénarios d'évolution des températures annuelles moyennes pour le siècle à venir. Si les valeurs sont différentes, la tendance est la même : le réchauffement. Animaux et plantes suivent le mouvement. © Onerc/Ministère de l'Écologie

Conscients de ces limites, les chercheurs britanniques ont réalisé une « méta-analyse ». Prisonniers des données existantes, ils n’ont évidemment pu être exhaustifs car il est impossible de prendre en compte toutes les espèces vivantes. Mais leur synthèse compile tout de même 54 publications portant sur le déplacement des aires de répartition de plus 2.000 espèces au cours des quarante dernières années.

Vingt centimètres par heure !

Ce phénomène était connu, mais les résultats obtenus ici sont impressionnants : le déplacement moyen serait de 17 km par décennie vers les hautes latitudes (soit plus de 20 cm par heure vers le nord dans l’hémisphère nord), et une remontée en altitude de 11 m par décennie ! Parmi les plus rapides, le papillon comma (Hesperia comma) a fait un voyage de 220 km en vingt ans jusqu’à atteindre récemment Édimbourg, en Écosse.

S’il y a encore suffisamment de place aux hautes latitudes pour accueillir ces « réfugiés climatiques », le problème est autrement grave pour le déplacement en altitude. Les montagnes ont en effet la fâcheuse propension à être coniques. Et plus on est haut sur le cône, plus la surface est petite. Ce sont ainsi de vrais goulets d’étranglement qui se forment et menacent de disparition de nombreuses espèces, dont les populations ne peuvent que diminuer avec la restriction d’espace qu’impose une altitude plus haute. Au niveau des pôles et des sommets, en bout de chaîne, la migration vers un habitat plus froid est impossible. Seule solution pour ne pas disparaître : s’acclimater à des conditions moins favorables et affronter la concurrence des espèces des étages inférieurs nouvellement débarquées.

Un coupable, le réchauffement climatique

En simplifiant, on peut dire que des paramètres de température sont associés à une latitude ou une altitude. Avec le réchauffement, l’isotherme, cette ligne de même température, se déplace vers le nord (dans l’hémisphère nord) ou vers les hauteurs à un certain rythme. Pour trouver 0,5 °C de moyenne en moins, il faut un déplacement de 50 à 60 km vers le nord ou d’un peu moins de 100 m en altitude. L’équipe de I-Ching Chen montre dans son étude que les espèces bougent au même rythme que l’isotherme. Les régions dont la température a augmenté le plus voient les mouvements les plus forts. Pour les biologistes, cela confirme que ce déplacement est causé par le réchauffement climatique.

En quittant les moyennes et en regardant en détail les données, les chercheurs ont été surpris de constater que tous les groupes (oiseaux, végétaux, insectes ou mammifères) ont un déplacement similaire. Les écosystèmes migrent. En revanche, à l’échelle de l’espèce, les mouvements peuvent être contradictoires. En vingt ans, un petit passereau, la bouscarle de cetti (Cettia cetti) s’est par exemple déplacé de 150 km vers le nord, pendant que le bruant zizi (Emberiza cirlus) descendait de 120 km. La réaction de chaque taxon dépend de ses exigences et capacités d’acclimatation à un nouvel environnement.

Pour les spécialistes de la protection de la biodiversité, comme Wendy Foden de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), deux éléments ressortent de ce travail. Il est d’abord clair que les premiers effets du réchauffement climatique, causé par les émissions anthropiques de gaz à effet de serre, impactent en profondeur et de façon quantifiable les écosystèmes. Mais en se déplaçant, la biodiversité résisterait mieux que prévu au changement. L’inquiétude est pourtant bien là, car avec des émissions de CO2 encore en hausse, le réchauffement global risque de continuer en s’accélérant…


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