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La pollution au soufre contre le réchauffement climatique ?

L'industrie du charbon contribue-t-elle à rafraîchir le climat ? C'est ce que semble indiquer une récente étude fino-américaine. Les sulfures dégagés par cette industrie participeraient aux refroidissement de l'atmosphère.

Mine de charbon en Chine. Ce sont les usines de charbon chinoises qui seraient à l'origine des émissions de sulfures responsables d'un réduction du réchauffement climatique. © Lhoon, Flickr, CC by-sa 2.0 Mine de charbon en Chine. Ce sont les usines de charbon chinoises qui seraient à l'origine des émissions de sulfures responsables d'un réduction du réchauffement climatique. © Lhoon, Flickr, CC by-sa 2.0

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Dans une étude publiée dans les PNAS (Proceeding of the National Academy of Sciences), Robert Kaufman et ses collègues ont proposé une explication au ralentissement du réchauffement climatique entre 1998 et 2008. « Diagnostiquer une diminution du réchauffement climatique sur une période aussi courte est problématique, note cependant Hervé Le Treut, directeur de l’institut Pierre-Simon Laplace, contacté par Futura-Sciences. D’ailleurs à des latitudes qui ne subissent pas les effets de El Niño et La Niña, on n’a pas observé de ralentissement. » Quelle qu’en soit l’interprétation, cette anomalie apporte néanmoins de l’eau au moulin des climatosceptiques et autres incrédules concernant l’origine anthropique du réchauffement climatique.

Mais la pollution peut aussi expliquer ce ralentissement ! Aussi étonnant que cela puisse paraître, les chercheurs (une équipe fino-américaine) ont montré que le dégagement de soufre dans l’atmosphère, qui provoque son refroidissement, ont beaucoup augmenté. En cause : l'industrie chinoise, qui utilise massivement la combustion du charbon dans les usines du pays (voir le graphe ci-dessous).

Consommation de charbon en Chine de 1965 à 2010 (source BP). © Bruno Scala / Futura-Sciences
Consommation de charbon en Chine de 1965 à 2010 (source BP). © Bruno Scala / Futura-Sciences

Un phénomène connu

Quand le soufre libéré arrive dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de soufre, il se mélange avec la vapeur d’eau afin de former de l’acide sulfurique liquide, sous forme d’aérosols (petites gouttelettes). Ces aérosols réfléchissent le rayonnement solaire causant une baisse de température de la partie inférieure de l’atmosphère (la troposphère).

Ce mécanisme est en fait bien connu et on l’a en outre déjà observé après des éruptions volcaniques. En 1991, celle du Pinatubo, aux Philippines, avait provoqué l’année suivante une baisse globale de la température de la Terre d’environ 0,5 °C.

Cycle du soufre. Si le dioxyde de soufre peut être produit de façon naturelle, via les volcans notamment, il l'est aussi par l'industrie. © Université de Laval, http://ulaval.ca, DR 
Cycle du soufre. Si le dioxyde de soufre peut être produit de façon naturelle, via les volcans notamment, il l'est aussi par l'industrie. © Université de Laval, http://ulaval.ca, DR 

La Niña et l’ensoleillement en cause

Les découvertes de l’équipe scientifique emmenée par Robert Kaufmann permettent ainsi de mettre les points sur les i. Pour ceux qui doutaient, elle montre que l’évolution récente des températures est bien compatible avec une augmentation des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique, ce qui provoque un accroissement de la température. Ce dernier est juste éclipsé par d’autres activités anthropiques.

Selon l’étude, deux autres phénomènes sont également à l’origine de ce ralentissement du réchauffement et ils sont naturels : la baisse de l’ensoleillement et La Niña. La baisse de l’ensoleillement est un phénomène tout à fait normal qui suit un cycle de onze ans (cycle de Schwabe). La Niña, la petite sœur de El Niño, est un phénomène climatique apportant des températures plus froides et pouvant durer plusieurs années. On a notamment enregistré le phénomène en 1995, de 1999 à 2001, puis en 2008 et en 2010.

Controverses en perspective

Mais l'étude a également (surtout ?) montré qu'il était possible de contrer le réchauffement climatique et qui plus est, en polluant. De quoi donner de mauvaises idées aux industriels. En 2006, Paul Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995, avait d'ailleurs proposé qu'on envoie des nuages de soufre dans l'atmosphère afin de pallier le phénomène du réchauffement.

En fait, une telle intervention ne pallierait rien du tout et les risques seraient grands. « D’abord, il n’est pas certain que ça serait efficace, explique Hervé Le Treut. Les aérosols restent très peu de temps dans l’atmosphère tandis que les gaz à effets de serre y ont une durée de vie très longue. L’effet ne serait sans doute que local. Ensuite, l'opération engendrerait des problèmes sanitaires. ». Le soufre  est en effet nocif pour les voies respiratoires et il contribue aux  pluies acides.


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