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Mercure : l'Homme contamine l'océan qui contamine l'Homme...

Un travail titanesque d’évaluation de la contamination au mercure d’origine humaine a récemment été réalisé. Le dépôt océanique de ce métal aurait plus que doublé au cours du siècle dernier ! Les thons, les espadons et les fruits de mer sont largement contaminés et affectent l'Homme. Retour sur le cheminement du polluant, des sources à la contamination chez l’Homme.

Sur Terre, le mercure est le seul métal à exister sous forme liquide à pression et température ambiantes. Son dépôt océanique a plus que doublé au siècle dernier. © Stuck in Customs, Flickr, cc by nc sa 2.0 Sur Terre, le mercure est le seul métal à exister sous forme liquide à pression et température ambiantes. Son dépôt océanique a plus que doublé au siècle dernier. © Stuck in Customs, Flickr, cc by nc sa 2.0

Mercure : l'Homme contamine l'océan qui contamine l'Homme... - 2 Photos

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Le mercure est un métal particulièrement dangereux pour les animaux. Toxique pour le système nerveux, il atteint surtout les organismes en développement. Chez la femme enceinte, il peut aisément provoquer d’irréversibles malformations du fœtus. Chez l’adulte, si le mercure est connu pour être un neurotoxique puissant, il peut également provoquer des perturbations rénales ou des problèmes de fertilité.

Très volatil, ce composé se retrouve partout. En dépit de son impact sur la santé, les émissions de mercure dans l’air ont considérablement augmenté au cours du siècle dernier. C’est une conséquence directe de l’activité humaine : la combustion du charbon, les activités minières ou l’industrie métallurgique en émettent allégrement. Le mercure est un métal lourd qui, oxydé en haute troposphère, finit par être lessivé et par revenir à la terre. À tel point qu’au cours du siècle dernier, dans les océans, le taux de mercure a plus que doublé. 

Suivre le cycle du mercure dans l'environnement

Dans une nouvelle étude publiée dans un numéro spécial du journal Environmental Research et associée au rapport du C-Merc (Coastal and Marine Mercury Ecosystem Research Collaborative), les scientifiques font un bilan de la contamination des fruits de mer et des poissons communément consommés par l’Homme. Cette étude est pionnière, puisqu’elle est la seule à réunir 2 ans d’études réalisées par plus de 70 scientifiques de différents domaines (biologie, écotoxicologie, ingénierie, géochimie environnementale, épidémiologie).

Le cycle du mercure (Hg) : les activités humaines en sont les principales sources d'émissions. Ce composé volatil atteint la haute troposphère où il se transforme. Il est ensuite lessivé et se dépose sur les surfaces continentales et océaniques. Plus les poissons sont gros, plus ils sont contaminés. © Isige ENSMP
Le cycle du mercure (Hg) : les activités humaines en sont les principales sources d'émissions. Ce composé volatil atteint la haute troposphère où il se transforme. Il est ensuite lessivé et se dépose sur les surfaces continentales et océaniques. Plus les poissons sont gros, plus ils sont contaminés. © Isige ENSMP

Les scientifiques du C-Merc ont dressé un bilan des sources et du devenir du mercure dans les systèmes marins, ainsi que de leur lien avec la contamination de l’Homme. Ils ont pour cela tracé les chemins de la transformation du mercure au méthyle de mercure : des sources aux fruits de mer jusqu’à l’Homme. « C'est la première fois que les scientifiques synthétisent les connaissances sur la façon dont le mercure circule à partir de ses différentes sources, de différentes zones de l'océan et de la chaîne alimentaire », explique Celia Y. Chen, enseignante-chercheuse en biologie à Dartmouth.

Réduire les émissions de mercure pour décontaminer l'océan

L’étude montre que le dépôt de mercure océanique provient de l’atmosphère à 56 % pour les golfes et à 90 % pour l’océan large. Les estimations des modèles utilisés pour le rapport indiquent que les concentrations de méthyle de mercure dans les poissons marins diminuent proportionnellement à la baisse des apports de mercure. En effet, les simulations suggèrent qu’une réduction de 20 % du dépôt de mercure diminuerait de 16 % le niveau de mercure des poissons. Toutefois, une réduction de 20 % des dépôts de mercure exige des diminutions importantes des émissions anthropiques actuelles, compte tenu de l'importante accumulation de mercure dans les environnements terrestres et les eaux océaniques.

L'équipe du C-Merc estime que les apports fluviaux peuvent générer 80 % des entrées totales de mercure dans certains estuaires« L'impact du mercure rejeté dans les eaux des rivières a été quelque peu sous-estimé. Pourtant, les baies et les estuaires peuvent être des sources importantes de poissons pour les pêcheurs locaux, et le contrôle de ces sources peut avoir d'importantes retombées locales », explique Charles T. Driscoll, le deuxième auteur de la publication. Il y a malgré tout une bonne nouvelle : le processus de contamination est réversible. En réduisant les émissions anthropiques, les animaux marins seront moins contaminés.


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