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Climatologie : les icebergs géants capturent le CO2 efficacement

L’activité du phytoplancton et les processus chimiques autour des très grands icebergs séquestrent efficacement le CO2 de l’atmosphère. L’effet était connu mais largement sous-estimé selon une équipe britannique. Ces blocs de glace géants stockeraient 20 % du carbone absorbé par l’océan Antarctique et joueraient donc un rôle de régulateur pour le réchauffement du climat.

En stimulant la production de phytoplancton autour d'eux grâce aux sels minéraux et autres nutriments relâchés dans leurs eaux de fonte, les plus grands icebergs se comportent comme des puits de carbone ambulants. © Juancat, Shutterstock En stimulant la production de phytoplancton autour d'eux grâce aux sels minéraux et autres nutriments relâchés dans leurs eaux de fonte, les plus grands icebergs se comportent comme des puits de carbone ambulants. © Juancat, Shutterstock

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L’absorption du dioxyde de carbone (le CO2) par l’océan se fait aussi par l’intermédiaire des organismes vivants. Le phytoplancton, des végétaux donc, le mobilise, comme le font toutes les plantes, pour construire leurs molécules organiques. Quand les eaux de surface de l’océan verdissent, c’est autant de carbone retiré à l’atmosphère, et ce pour une durée plus ou moins longue. Les célèbres cocolithophoridés, de minuscules algues planctoniques, s’entourent d’une coquille appelée cocosphère, laquelle coule vers le fond à la mort de l’organisme, si celui-ci n’est pas avalé par les grands mangeurs de plancton. Cette pluie de matière carbonée sédimente et son effet n’est pas mince puisqu’au Crétacé, ces modestes organismes ont, de cette manière, fabriqué les falaises d’Étretat, y emprisonnant du carbone pour des dizaines ou centaines de millions d’années.

En Antarctique, le vêlage des grands glaciers entraîne de la matière organique et des minéraux continentaux, notamment du fer, qui constituent un bon engrais pour les végétaux planctoniques. L’effet est connu et des proliférations d’algues sont observées autour des langues glaciaires qui viennent fondre dans l’océan. Mais que se passe-t-il ensuite, et au-delà, quand cette masse de glace se brise en icebergs qui dérivent loin des terres ? En 2007, nous avions relaté le travail d’océanographes qui, depuis un navire, avaient étudié de près des icebergs et constaté que ces radeaux de glace embarquent des oiseaux en surface mais aussi, autour d’eux, un petit peuple aquatique, animaux et végétaux, qui ne quittent pas ce rivage dérivant. « L’océan austral manque de fleuves pour apporter en mer du matériel organique d’origine terrestre, expliquait alors Timothy Shaw, de l’université de Caroline du Sud, aux États-Unis. Les icebergs constituent une sorte d’estuaire mouvant distribuant des nutriments qui, dans d’autres océans du globe, sont apportés par les cours d’eau » (voir notre article Les icebergs nourrissent l’océan et enfouissent le carbone). La question était de quantifier cet effet. Une équipe du département de Géographie de l’université de Sheffield (Royaume-Uni) a pu le faire en étudiant 175 images saisies par des satellites entre 2003 et 2013 et montrant 17 grands icebergs de plus de 18 km de longueur détachés du continent antarctique.

Un iceberg géant célèbre : B-31. Le 13 novembre 2013, ce bloc d'environ 700 km2, s'est détaché du glacier de Pine Island, en Antarctique, comme le montre cette image du satellite Landsat 8. Il commençait alors une dérive qui dure toujours. Avec lui voyage un écosystème riche absorbant énergiquement le dioxyde de carbone atmosphérique. © Nasa, Earth Observatory
Un iceberg géant célèbre : B-31. Le 13 novembre 2013, ce bloc d'environ 700 km2, s'est détaché du glacier de Pine Island, en Antarctique, comme le montre cette image du satellite Landsat 8. Il commençait alors une dérive qui dure toujours. Avec lui voyage un écosystème riche absorbant énergiquement le dioxyde de carbone atmosphérique. © Nasa, Earth Observatory

Les icebergs géants sont des puits de carbone

La couleur de l’eau autour de ces blocs de glace permet de déterminer la production de chlorophylle et finalement d’estimer la production primaire de matière organique. Son ampleur semble avoir étonné les chercheurs, qui expliquent leurs résultats dans un communiqué de l’université de Sheffield, et les ont présentés dans un article scientifique publié dans la revue Nature Geoscience.

Autour de l’iceberg, la production de chlorophylle est augmentée jusqu’à une distance variant entre quatre et dix fois sa taille. C’est donc une tache verte d’au moins 80 km de rayon qui progresse ainsi vers les latitudes plus basses, alors que les plus vastes s’étalent sur des centaines de kilomètres. Dans une telle zone, l’absorption de carbone, selon les auteurs, est entre cinq et dix fois plus importante qu’alentour. Bilan global : ces icebergs géants seraient responsables d’un cinquième (20 %) de la séquestration totale de carbone de l’océan Antarctique, lequel représente 10 % de l’absorption de l’océan mondial.

S’il était connu, ce prélèvement supplémentaire de CO2 atmosphérique par l’eau de fonte des icebergs était tenu pour négligeable. Il faudra en tenir compte, expliquent les auteurs, qui précisent que cet effet n’existe que pour les plus grands d’entre eux. Si la fonte de l’inlandsis antarctique s’accélère, ce phénomène compensateur devrait donc être injecté dans les modèles climatiques. Ce forçage venu du phytoplancton par ensemencement des océans avec des nutriments pour augmenter la production du phytoplancton est aussi une idée des adeptes de la géoingénierie qui veulent augmenter de cette manière la séquestration du carbone atmosphérique. La nature semble le faire déjà.

À découvrir en vidéo autour de ce sujet :


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