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La banquise sonne la retraite !

Une fois de plus, les nouvelles de l’Arctique sont inquiétantes. La fonte de la banquise est rapide cet été et la surface glacée est d’ores et déjà la plus faible observée pour un mois de juillet. Si la tendance se poursuit, le minimum record de 2007 pourrait bien être battu en septembre.

La surface glacée au mois de juillet 2011 (en blanc) est inférieure de plus de 2 millions de kilomètres carrés à la moyenne pour le même mois, calculée entre 1979 et 2000 (limite orange). © National Snow and Ice Data Center La surface glacée au mois de juillet 2011 (en blanc) est inférieure de plus de 2 millions de kilomètres carrés à la moyenne pour le même mois, calculée entre 1979 et 2000 (limite orange). © National Snow and Ice Data Center

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La banquise est la glace qui se forme par congélation de la surface de l’océan. Contrairement aux glaciers ou aux inlandsis, il ne s’agit pas d’eau douce et comme elle flotte, sa fonte n’affecte pas le niveau des océans. En revanche, son étendue, en particulier en été, est un des indicateurs les plus sensibles et les plus impressionnants du réchauffement global de notre planète. Dans l’Arctique, les changements sont plus rapides qu’ailleurs. Des expéditions comme Tara l'ont montré. C’est donc un paramètre très surveillé par les climatologues qui constatent chaque été un retrait des glaces de plus en plus marqué.

Le rapport du National Snow and Ice Data Center (NSIDC) sur l’état de la banquise arctique qui vient de sortir est des plus alarmants. Il confirme que le pôle fond plus vite que prévu. Jusqu’ici, le record de la plus petite surface couverte par la banquise était détenu par l’année 2007 mais 2011 s’annonce prometteuse : au 17 juillet, la glace de mer ne s’étendait que sur 7,56 millions de kilomètres carrés, soit 2,24 millions de kilomètres carrés de moins que la moyenne, calculée de 1979 à 2000. La faute à un printemps particulièrement doux, qui vient même de faire dépasser à juillet 2011 la valeur de son homologue exceptionnel d’il y a quatre ans.

Quelques records

Avec 120.000 kilomètres carrés perdus par jour, le rythme de fonte particulièrement rapide s’explique par des températures supérieures à la moyenne de 6 à 8 degrés pour le pôle et 3 à 5 degrés pour les côtes de l’est sibérien (mais une autre zone, la mer de Kara, présente en revanche des températures inférieures à la moyenne de 2 à 5 degrés).

En réponse à ces températures élevées, le couvert neigeux ce printemps est lui aussi inférieur à la moyenne (à part pour quelques régions montagneuses canadiennes et américaines). Sur l’ensemble de l’hémisphère nord pour les mois de mai et juin derniers, c’est même le plus faible mesuré depuis le début des observations en 1966. Pour David Robinson, responsable du Rutgers Snow Cover Lab, un nouvel équilibre se met en place avec plus de neige en automne mais une fonte rapide et peu de neige au printemps.

La chaleur printanière de cette année (en bleu) a fait rapidement diminuer l'étendue de la banquise arctique au-dessous des valeurs record de 2007 (en vert) et bien loin de la moyenne sur l'intervalle 1979 - 2000 (en noir). En abscisses les mois et en ordonnées la surface d'océan englacée (en millions de kilomètres carrés). © National-Snow-and-Ice-Data-Center
La chaleur printanière de cette année (en bleu) a fait rapidement diminuer l'étendue de la banquise arctique au-dessous des valeurs record de 2007 (en vert) et bien loin de la moyenne sur l'intervalle 1979 - 2000 (en noir). En abscisses les mois et en ordonnées la surface d'océan englacée (en millions de kilomètres carrés). © National-Snow-and-Ice-Data-Center

L’étude pointe enfin l’effet des petites mares d’eau qui se forment sur la banquise lorsqu’elle fond. Comme un vêtement noir, l’eau plus sombre que la glace absorbe beaucoup mieux la lumière. On dit que son albédo (sa capacité à renvoyer la lumière) est moindre. Plus la banquise commence tôt à fondre plus ces flaques auront du temps, tout au long de l’été, pour capter la chaleur du soleil, diminuant alors l'épaisseur de la glace et amplifiant sa fonte. C’est une rétroaction positive.

C’est d’ailleurs ce qui se passe à grande échelle. Un emballement est possible, conduisant à la disparition de la banquise en été : alors que la glace, comme un miroir, reflète 90 % de l’énergie qu’elle reçoit du soleil, l’eau de mer (plus sombre), au contraire, en absorbe 90 %. Plus la surface d’eau libre est importante, plus l’océan se réchauffe et accélère la fonte. 

Une fois totalement dégelé, l’océan arctique captera massivement de la chaleur en été, accentuant à son tour le réchauffement global. L’état de la banquise, fusible climatique, est donc à surveiller. Rendez-vous en septembre pour voir si le record de 2007, sera battu sur l’année. Un record qui renforcerait alors les scénarios prévoyant le dégel total en été pour dans quelques années...


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