Haute comme trois pommes, je voulais déjà être éthologue ou plutôt primatologue. Mes rêves étaient amazoniens, riches en couleurs, en sons, en odeurs. Finalement, mes pas (et études) m’ont menée à Bornéo. Si la découverte des orangs-outans fut magique, je réalisais alors à quel point la déforestation était en train de dévorer leur environnement, la forêt. Partout, à perte de vue, il n’y avait plus que des squelettes d’arbres carbonisés et d’immenses plantations de palmiers à huile.
En voyant ce désastre, j’ai compris qu’il fallait informer, ouvrir les yeux du plus grand nombre sur ce crime contre la biodiversité en marche, avant qu’il ne soit trop tard. Protéger la forêt, les forêts, mais aussi les océans, les déserts et tant d’autres écosystèmes, c’est prendre une assurance vie pour notre futur et celui de nos enfants et petits enfants.
Merci à Futura-Sciences de permettre cela, à travers ses nombreux articles et dossiers très fouillés.
Ma journée type commence avec un réveil qui sonne ... très tôt, entre 4h30 et 5h du matin lorsque je suis sur le terrain, en reportage. Je pars souvent avec mon conjoint, reporter-photographe et il s’agit de ne pas rater les plus belles lumières. Si je m’extirpe souvent avec difficultés de mon sac de couchage, je ne le regrette jamais. Ce sont partout les plus beaux moments. Quelques rais de soleil et toute la faune s’éveille : colibris, écureuils, abeilles, siamangs, cigales, guillemots…Quel que soit le lieu, quel que soit le pays.
Selon le reportage sur lequel je travaille, soit je suis et observe durant toute la journée une troupe de singes, une colonie d’oiseaux ou bien je pars interviewer des scientifiques, des gardes d’un parc national, ou des membres d’une patrouille anti-braconnage. Chaque jour, chaque reportage est différent. Mais toujours, j’ai avec moi un petit carnet dans lequel je note absolument tout, mes impressions, mes observations, mes interviews… C’est ma mémoire.
C’est probablement dans les rencontres que se trouve la plus belle récompense de ce travail. Multiples, elles se succèdent mais ne se ressemblent jamais. A chaque fois, c’est une nouvelle découverte, de nouveaux liens qui se tissent. Avec les hommes, comme avec les animaux.
Si je passe la majeure partie de mon temps à travailler sur des reportages, je m’implique également bénévolement au niveau associatif et j’essaye d’aider autant que possible des petites associations et des amis qui luttent pour préserver un petit coin de forêt, un petit paradis de biodiversité.
Il est très difficile de raconter le quotidien d’un reportage. Nous passons souvent un à deux mois au même endroit, pour nous imprégner le plus possible des lieux, des gens. Dans le monde actuel, c’est un véritable luxe de pouvoir prendre le temps.
Nos journée durent alors 12 parfois 13 ou 14 heures si nous partons observer également la faune nocturne et elles sont bien remplies. Si bien remplies que souvent, nous n’avons le temps de prendre que deux repas par jour, un petit déjeuner rapide au lever puis avant de nous coucher. Le soir, en nous couchant sous notre moustiquaire au milieu de la forêt ou du désert, nous pensons déjà aux belles surprises qui vont nous attendre le lendemain.
Lorsque je suis en France, je travaille chez moi, à la campagne et là, le réveil n’a pas l’audace de sonner si tôt. Après m’être gorgée de sensations, d’odeurs d’images, de rencontres et de beaux moments (ou de moins beaux lorsque je travaille sur la déforestation ou l’érosion de la biodiversité), il me faut jouer avec les mots, avec les phrases pour en faire une histoire et partager ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu avec de futurs lecteurs.
Il n’y a rien de pire qu’une page blanche… alors, pour éviter l’angoisse de la première phrase, je me replonge dans mon carnet-mémoire, j’essaye de lire tout ce que je trouve sur le sujet sur lequel je travaille, je fouille, je prend des notes, je liste des questions, je cherche des réponses et puis, à un moment, voilà… je l’attrape cette première phrase qui ne voulait pas se laisser piéger et apprivoiser !
Une fois écrits, ces reportages vont intégrer un magazine ou bien un livre. Mais l’histoire ne se finit souvent pas là ; je participe régulièrement à des conférences pour continuer à parler de ce qui me tient à cœur et informer le public sur la richesse de la biodiversité et les dangers de son érosion, de l’extinction des espèces et de la destruction des milieux naturels. C’est mon petit et très modeste caillou apporté au vaste édifice de la protection de la nature.
Demain, le réveil sonnera de nouveau et devant mon ordinateur ou en pleine forêt tropicale, je repartirai pour une nouvelle journée chargée de découvertes.