Les images et le langage de la science sont beaux. Les découvertes scientifiques et leur transposition dans le monde des technologies sont habitées de promesses, d'espoirs, d'inquiétudes parfois, d'enjeux pour le monde et l'Humanité. Merci à Futura-sciences de relayer ce double visage de la science, espace de connaissance et engagement dans le monde. Merci aussi de réunir de grands noms auprès de plus modestes. Puisse Futura-sciences contribuer à informer et à émerveiller pour longtemps encore.
Le quotidien est polymorphe : les journées sont bien remplies et se ressemblent peu. Mes activités sont multiples. Il y a tout d'abord la recherche et l'enseignement. La recherche, c'est aujourd'hui, pour moi, conduire une équipe de quelques chercheurs –étudiants, thésards, postdoc- qui sont actifs dans le laboratoire. Il s'agira de concevoir avec eux les expériences à réaliser, les projets à conduire, d'analyser les résultats, de partager l'excitation d'une découverte, de s'arracher les cheveux sur ce « qui ne marche pas ». Un dialogue de tous les jours. L'équipe, c'est un groupe de chercheurs qui interagissent au quotidien. La porte de mon bureau est toujours ouverte.
Un jeune chercheur entre : « les cellules répondent... », le gène qui focalise tous nos efforts dévoile un peu de ses secrets. Il faut aller voir cela, « elles sont sous le microscope ? montre moi cela ». Et oui, « le gène est actif ». De l'excitation donc. Beaucoup d'efforts pour tous, ponctués de grande satisfaction. Sur une base régulière, il s'agira aussi de bouger, de rencontrer des collègues de tel ou tel institut, pour leur présenter les résultats du groupe, leur soumettre nos hypothèses, les inviter à collaborer, bref, pour discuter le coup.
A certaines périodes de l'année, beaucoup d'efforts sont alloués à la quête de fonds. La recherche, cela se finance, et les finances, cela se mérite. Il faut défendre ses idées, leur bien-fondé, leurs applications, et les résultats acquis récemment qui attestent dans une certaine mesure du crédit dont jouit le groupe de recherche. A d'autres périodes, ce sont des réunions scientifiques, des congrès. La communauté scientifique est planétaire. La collaboration des chercheurs (la compétition parfois aussi) ne connaît aucune frontière. Une, deux fois par an, un thème qui nous concerne réunit (presque) toute la communauté scientifique qui se retrouve. Les congrès sont des lieux de grande stimulation. Les idées fusent. Les échanges sont riches. Et puis, voyager, cela aère l'esprit et éclaire le regard.
L'enseignement, en ce qui me concerne, ce sont quelque quatre-vingt dix heures de cours à donner par an. Quatre-vingt dix heures... peu ? Beaucoup ? En tous les cas, un travail de toute l'année. Pour enseigner, il faut s'informer en continu pour rester en phase avec l'actualité scientifique...même si cela est virtuellement impossible tant les choses avancent de toute part. Ensuite, enseigner c'est communiquer, dispenser un savoir. Mais plus encore, enseigner c'est former à la démarche scientifique avec sa rigueur, c'est stimuler l'esprit à l'analyse, à la synthèse, à la critique. Au quotidien, cela signifie pour moi être en relation avec des groupes de 15-20 étudiants qui, s'ils sont intéressés, –et c'est bien l'espoir qu'on nourrit- interagissent beaucoup, s'interrogent et me soumettent à la question. Cette interaction est riche.
Un autre volet de mes occupations quotidiennes consiste à contribuer à faire vivre l'institution qui m'héberge, l'Université. Il faut en effet gérer l'enseignement et la recherche. Cela impose de réunir des groupes de réflexion ou de décision pour construire l'avenir d'un programme de cours, dans le cadre de l'harmonisation européenne par exemple ; ou pour discuter des priorités de la recherche et des options stratégiques à adopter au sein de l'institut.
Enfin, une des missions de l'Université à laquelle il importe de prendre part, c'est également le service à la société. Les scientifiques doivent en effet s'engager dans la société pour éclairer quand ils le peuvent l'opinion publique ou les décideurs qui doivent s'informer sur les progrès de la science et des technologies. Cette mission importante demandera de participer à l'occasion à une émission radio, d'octroyer une interview à un journal, de participer à un débat dans une école pour informer ou interpeller les lycéens, d'organiser des journées d'accueil pour les futurs étudiants, etc.
En définitive, la vie du scientifique et du chargé de cours, entre la recherche au labo, les contacts avec les étudiants, les réunions scientifiques et la vie de l'Université, est une vie bouillonnante qui ne laisse pas de place à l'ennui.