Informer le grand public tout comme former nos jeunes étudiants fait partie intégrante de notre métier de chercheur. Le développement rapide de l'informatique et d'internet au cours des dernières années a apporté une formidable opportunité de diffuser les connaissances au plus grand nombre.
A ma connaissance, Futura-Sciences est un des rares sites francophones dédié à cette tâche et je suis très heureux d'y participer.
Le métier de malacologiste
La malacologie est une branche de la zoologie qui se consacre à l’étude des mollusques. Ceux-ci constituent le groupe d’animaux le plus important du règne animal après celui des arthropodes (crustacés, insectes) avec un nombre d’espèces estimé entre 120 000 et 200 000 selon les auteurs. Ce vaste groupe d’invertébrés a colonisé presque tous les écosystèmes de la planète depuis les plus grandes profondeurs océaniques jusqu’au sommet des montagnes. Les malacologistes sont donc souvent amenés à se spécialiser selon les écosystèmes concernés (marins, terrestres, dulçaquicoles, etc…) et les méthodes et techniques utilisées peuvent être très différentes selon les milieux étudiés. Par exemple, dans le cas des mollusques marins profonds, seuls des moyens lourds (dragues, chaluts) embarqués sur des navires océanographiques donnent accès à cette faune. En revanche, dans le cas des escargots terrestres ou des eaux douces, des moyens beaucoup plus légers peuvent être utilisés selon les habitats étudiés (récolte à vue, tamisage, récolte à l’aide d’une simple passoire, etc..).
L’identification et la classification des échantillons constitue la deuxième étape. Cette identification se fait d’abord sur des critères morphologiques comme les caractéristiques de la coquille, ou l’anatomie des parties molles et en particulier du système reproducteur. Si ces critères se révèlent insuffisants, les techniques de la biologie moléculaire peuvent venir en aide telles l’électrophorèse des protéines enzymatiques ou les séquences de certains gènes. A côté de ces études taxonomiques, le malacologiste s’intéresse à la biologie et à l’écologie des mollusques. Les études démographiques constituent un premier niveau d’analyse avec en particulier les études de la croissance, de la mortalité et de la reproduction L’étude des facteurs environnementaux intervenant sur ces paramètres démographiques constitue un deuxième niveau d’analyse.
Dans la pratique, ces études qui associent expériences de laboratoire et observations de terrain nécessitent l’utilisation de méthodes et techniques extrêmement variées : élevages de laboratoire dans des conditions contrôlées, techniques de capture-marquage- recapture sur le terrain, suivis temporels de nombreux sites, etc.. De même que les moustiques interviennent dans la transmission du paludisme, certains mollusques d’eau douce sont un maillon nécessaire à la transmission de certaines maladies humaines comme les schistosomoses ou bilharzioses. Il s’agit là de maladies qui sont présentes essentiellement dans les pays pauvres de la zone intertropicale. L’un des moyens de contrôle de ces maladies consiste à lutter contre le développement des populations de mollusques mais il s’agit là d’une entreprise qui n’est couronnée de succès que lorsque des moyens importants et prolongés sont mis en œuvre..
Certains mollusques ont été utilisés pour des recherches dépassant le cadre de la malacologie. Par exemple le système nerveux de certaines espèces marines comme les limaces de mer a permis de faire d’importants progrès dans la compréhension de la physiologie du système nerveux. Il faut signaler enfin que les mollusques représentent une immense réserve de molécules originales dont certaines pourraient être l’objet d’application dans le domaine de la santé lorsque les recherches seront plus avancées. Par exemple les gastéropodes du groupe des cônes ont permis l’extraction de venins très puissants pour lesquels une utilisation pharmacologique est d’ores et déjà envisagée.