Je viens de découvrir le site de Futura sciences, un grand bravo à son équipe car il est très varié, bien fait et permet de faire découvrir les multiples facettes de la « science dans tous ses états » au plus grand nombre.
Spéciale dédicace à tous ceux qui œuvrent pour la préservation de l’environnement et qui sont un peu les « gardiens du temple » pour que les générations futures puissent contempler ces espaces naturels et leur biodiversité.
« L’enthousiasme est la seule des vertus », disait le Commandant Philippe Tailliez, le père de la plongée en scaphandre et puisse l’homme continuer à s’émerveiller devant le fabuleux spectacle de la nature.
« Homme libre toujours tu chériras la mer », la mer est un virus pas évident à attraper pour un montagnard d’origine, mais j’ai d’abord la chance d’avoir un métier qui rejoint ma passion : la découverte de la mer et l’observation de ses habitants. Les océans restent en effet un peu la « dernière frontière » de l’aventure et l’exploration. L’homme a cartographié dans tous ses recoins la face cachée de la lune, mais on ne connaît pas encore la répartition des herbiers de Posidonies et des roches coralligène autour de la Méditerranée, alors que ces habitats essentiels sont classés prioritaires par l’Union Européenne !!!. La mer est d’abord un formidable espace de liberté et d’aventure, avec les joies de l’exploration en 3 dimensions.
Ce métier au contact direct de la nature est bien sûr fascinant, mais il est toujours difficile de pouvoir vivre de sa passion, surtout que la biologie marine n’offre que très peu de débouchés et que les naturalistes sont désormais devenus des espèces en voie de disparition, au profil de recherches plus « high tech » comme la génétique et la biologie moléculaire.
Mon métier de biologiste marin comprend de multiples facettes, mais je suis avant tout un homme de terrain, qui se conjugue d’abord avec la plongée. Très polyvalent et touche à tout, mon sujet de prédilection reste néanmoins les récifs artificiels, sur lesquels je travaille depuis 20 ans. Dans le terme « récif artificiel », il y a le mot « récif », qui fait plutôt rêver aux couleurs chatoyantes tropicales de la grande barrière de corail et le mot « artificiel », qui fait un peu peur, aseptisé. C’est pourtant la juxtaposition des 2 mots qui désigne un des outils les plus performants de la gestion intégrée des zones côtières, après la création d’aires marines protégées. Même si les récifs artificiels ne sont encore qu’un gadget en France, par rapport au Japon ou aux Etats-Unis, ils constituent certainement un outil d’avenir face à la généralisation de la surexploitation des ressources marines et les menaces de perte de biodiversité. Ainsi, ils permettent notamment la réhabilitation et la restauration des fonds dégradés et appauvris par les activités humaines.
J’ai eu la chance d’avoir pu trempé mes palmes sur la plupart des récifs artificiels existants en Méditerranée, pour réaliser des suivis scientifiques, ce qui m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement de ce nouvel « écosystème » et les interactions avec les milieux naturels voisins (roches, herbiers).
Mon travail sur les récifs consiste à effectuer des inventaires en plongée des peuplements de poissons et de voir de quelle manière améliorer le rendement biologique de ces « maisons à poissons », en essayant de cibler, d’adapter l’habitat du récif aux besoins et aux comportements des différentes espèces. J’ai notamment travaillé sur l’influence de l’architecture du récif sur son efficacité. Par exemple, dans le Parc National de Port-Cros, nous avons modifié par étapes le « design » des récifs, en offrant aux espèces de nouveaux types d’abris/habitats, pour leur apporter à la fois le gîte et le couvert.
Ces résultats sur l’influence prépondérante d’un réseau cavitaire complexe et varié sur l’efficacité biologique d’un récif m’ont permis de travailler sur la conception d’un grand récif artificiel, comme celui en cours à Marseille (début des immersions cet automne 2007), qui sera le plus grand champ de récifs artificiels en Méditerranée, avec 32 000 m3 de matériaux et un budget global de 6 millions d’euros. La conception des différents récifs, leur agencement entre eux sur le fond et la réalisation des divers dossiers techniques et administratifs ont duré 3 ans et c’était une formidable expérience de concevoir de nouveaux types de récifs, en essayant de se mettre dans la « peau d’un poisson ». Une des originalités du projet consiste à agencer les différents récifs en hameaux et en villages (concept d’urbanisation diffuse), avec des liaisons fonctionnelles et des corridors biologiques permettant de relier entre eux les récifs. Les habitats naturels périphériques ont également été pris en compte dans l’agencement des villages de récifs. En effet, un récif artificiel ne fonctionne pas en vase clos, mais en étroite relation avec les habitats naturels (roches, herbiers, zones de sable, nurseries près de la côte).
Même si la notion même de récif idéal est difficile à mettre en œuvre - les récifs marseillais sont le fruit de compromis - cette expérience aura été très enrichissante, basée sur la concertation la plus large possible entre tous les acteurs du milieu marin, qu’ils soient pêcheurs professionnels, ingénieurs des travaux publics et des bureaux d’études, biologistes marins, techniciens de la ville de Marseille, usagers, financeurs, etc.