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François Catzeflis

Principales découvertes :

Biologiste Directeur Recherche CNRS

Dédicace

Aujourd'hui le marché du travail offre peu de postes de recherche ou d'enseignements aux jeunes scientifiques, en particulier aux biologistes des sciences naturelles.

J'ai eu énormément de chance de pouvoir effectuer le métier que j'aime encore et toujours 35 ans après mon bac ! Et aujourd'hui, dans ce monde de communication virtuelle, je trouve super qu'un site comme Futura-Sciences présente aux jeunes - et aux moins jeunes - différents parcours de scientifiques. C'est avec plaisir que j'offre mes pages d'écriture à Futura-Sciences et à ses lecteurs, en encourageant les naturalistes à embrasser la profession de chercheur en biologie.

Une journée type

Tu-ti-tu ... tu-ti-tu .... il est 05h00, vite j'éteins mon réveil-matin avant que mon compagnon de carbet ne soit dérangé. Sur le terrain, en forêt tropicale, j’aime me lever dans la nuit, car vivre l’aube s’installer est magique. Les dernières chauves-souris s’activent, les chants des oiseaux s’entendent de très loin, et cette merveilleuse fraîcheur donne envie de travailler !


Au camp scientifique des Nouragues, l’aide cordiale des gardes très expérimentés de la Réserve des Nouragues est très appréciée des biologistes de passage. Ici, avec feu Domingo Ribamar da Silva, qui a été lâchement assassiné en mai 2006 dans la forêt le long du Fleuve Approuague.
© François Catzeflis - Tous droits résevés

Nous sommes aux Nouragues, la station scientifique du CNRS en plein coeur de la forêt guyanaise, et l’objectif de cette mission de terrain est à nouveau d’échantillonner les rongeurs et opossums pour connaître la stabilité du peuplement local au fil des années.


Beaucoup d’espèces d’opossums sud-américains n’ont pas de poche marsupiale, et donc les larves portées par la mère sont parfaitement visibles. Ici, une petite Marmosa murina (env. 70 grammes) traverse le chemin en profitant d’une branche horizontale. © François Catzeflis - Tous droits réservés

En trois sites de la forêt, éloignés de 1 à 3 km du camp, Guillaume (un étudiant en stage) et moi avons disposé des pièges au sol et dans les parties basses des arbres. Durant huit nuits consécutives, ces pièges appâtés avec du beurre de cacahouette et de la banane vont être visités par les Oecomys, Rhipomys, Oryzomys, Proechimys et autres « miss » que sont les nombreuses espèces de rats et les souris locaux. Nous attraperons aussi des petits Didelphidae, des opossums des genres Marmosa, Marmosops, Philander, et Didelphis, pour ne citer que les plus communs.


Les grands opossums, comme ce pian (Didelphis marsupialis) sont capturés dans des cages en épais grillage. Terrestre et arboricole, cette espèce montre des poulations dont la densité fluctue beaucoup selon les années et les ressources alimentaires en fruits. © François Catzeflis - Tous droits réservés

07h30 : départ, avec un sac à dos contenant boussole, talkie-walkie, carte détaillée, de l’eau, et des appâts comme chaque deux jours on recharge les pièges fréquentés aussi par les fourmis.

Tous les rongeurs et opossums qui sont capturés la première fois sont ramenés au camp, anesthésiés (une injection de kétamine qui les endort une vingtaine de minutes), identifiés, mesurés (poids, tête et corps, patte postérieure, et bien d’autres variables corporelles), et un petit triangle d’oreille est proprement découpé. Cette biopsie est immergée en éthanol pur, et servira ensuite au laboratoire pour les analyses de génétique moléculaire. Plus tard, en fin d’après-midi, nous irons relâcher sur leur site de capture les animaux, qui pourront ensuite être reconnus individuellement de par l’emplacement de la découpe du morceau d’oreille.


Pour étudier les rongeurs et opossums, on pose des pièges au sol et dans les branches basses qui seront relevés chaque matin durant au moins huit jours consécutifs.
© François Catzeflis - Tous droits réservés

Aujourd’hui, quatrième jour de fonctionnement pour ces trois séries de pièges : nous re-capturons deux souris arboricoles du genre Oecomys, marquées précédemment 01 et 04 ; l’une était une femelle en fin de gestation, et a mis bas entre-temps, comme elle pèse cinq grammes de moins, et que ses mamelles sont en activité. L’autre Oecomys auyantepui est un jeune mâle que nous avions capturé à plus de 100 mètres de distance, et qui apparemment se ballade à la recherche d’un territoire vacant.

11h00 : retour au camp  -  vite, un bon café ! Guillaume a posé à l’ombre du carbet-laboratoire deux nouvelles captures : un bel opossum coureur du genre Metachirus, et un petit Marmosops dont l’identification sur le vivant pose toujours problème....


L’opossum coureur et terrestre Metachirus nudicaudatus, fréquent certaines années autour du camp des Nouragues. Noter l’encoche à l’oreille droite, qui correspond au marquage individuel (le petit morceau d’oreille découpé a été préservé pour les études de génétique moléculaire)
© François Catzeflis - Tous droits réservés.

Ce genre de petit opossum (qui pèse entre 10 et 30 grammes) renferme en Guyane  deux espèces très semblables; le caractère d’identification le plus utile est la taille relative de la canine, et il va falloir l’examiner sous la loupe durant l’anesthésie. Il s’avère que c’est l’espèce Marmosops pinheiroi, mais son identification définitive sera faite dans quelques semaines au laboratoire, à Montpellier, en séquençant un gène mitochondrial (le cytochrome-b) qui diverge par au moins 15% entre les deux espèces. La présence conjointe (on dit « en syntopie » lorsque deux espèces cohabitent dans la même localité géographique) des deux Marmosops pose l’intéressant problème écologique du partage de la niche : en quoi ces animaux si semblables morphologiquement divergent-ils dans leurs comportements afin de diminuer la compétition inter-spécifique ? Dans plusieurs localités du Plateau des Guyanes où les deux espèces ont été capturées simultanément, nous n’avons pas encore réussi à identifier des préférences d’habitat pour l’une ou l’autre.


A la station scientifique des Nouragues, les petits rongeurs capturés sont relâchés ensuite après prises de mensurations et marquage individuel : ici un Rhipidomys nitela.
Photo © Roger Le Guen - Tous droits réservés

17h00 : après une sieste durant les heures les plus chaudes, nous reprenons chacun nos activités : Guillaume va relâcher les deux opossums sur leur site de capture, et je commence à préparer le matériel destiné à capturer des chauves-souris en périphérie du camp. Ce soir, nous tendrons 50 m de filets en sous-bois pour essayer de capturer des petites Rhinophylla, une espèce frugivore dont l’écologie a fait le sujet de la thèse d’un des étudiants de Pierre Charles-Dominique, le directeur de la station des Nouragues. Entre deux tournées de filets, il faudra trouver le temps de manger, de faire la vaisselle, et d’écrire quelques notes résumant la journée dans mon cahier de laboratoire.

22h00 : les filets sont repliés, une douzaine de chauves-souris (représentant quand même six espèces) ont été capturées, identifiées, marquées, et relâchées. Il est temps de faire tremper quelques habits que je frotterai au savon demain, de prendre une douche d’eau froide – la meilleure ! - , puis dodo dans ce délicieux hamac brésilien. Parce que vous connaissez la suite : Tu-ti-tu ... tu-ti-tu .... il est 05h00 ..