Retrouvez-nous sur Google+
    Impression de la page Envoyer à un ami Participer au forum Ajouter aux favoris
     
     
  • Biographies
  • Citations
  • Dédicace
  • Dossiers
  • Livres
  • Métier

Charles Frankel

(1956 - ...)

Principales découvertes :

Géologue

Dédicace

La science n'est pas seulement l'affaire des scientifiques: c'est l'affaire de tous. C'est la découverte de l'univers, aussi palpitante que la meilleure des fictions !

C'est pourquoi un site comme FUTURA-SCIENCES, qui fait le lien entre science et public, est d'une importance capitale. Bravo, et continuez à nous présenter, en termes clairs et passionnants, ce grand "reality show" qu'est la
découverte scientifique !

Charles Frankel
géologue et écrivain
Décembre 2003

Une journée type

La géologie est un métier palpitant qui allie la recherche scientifique et l'amour du grand air : on passe beaucoup de temps sur le terrain à arpenter et à escalader les roches !

Pouvoir concilier la science, le sport et l'amour de la nature est assez rare pour être souligné !

Ma spécialisation est un peu particulière. Il s'agit de la géologie comparée des planètes, notamment dans le domaine du volcanisme.

Cela limite un peu les expéditions sur le terrain (on ne m'a pas encore proposé de mission sur la Lune ou sur Mars !) et il faut se rabattre sur la télédétection, c'est-à-dire sur les photographies et autres données récoltées à distance par les sondes spatiales. Mais c'est tout aussi grisant, avec le frisson de découvrir des endroits totalement inconnus jusqu'alors ! Je me rappelle avec émotion les premiers volcans martiens, extraordinaires, qui furent révélés sur les images de Mariner 9 (1971) et que j'ai eu l'occasion de contempler, alors que j'étais encore au lycée ! J'ai également eu la chance d'étudier à l'université des roches lunaires au microscope, rapportées par les astronautes : les cristaux sont d'une pureté et d'une beauté incroyables, puisqu'il n'y a pas d'eau sur la Lune et que les minéraux ne sont pas altérés.

Superbes olivines, pyroxènes et feldspaths, qui rayonnent de couleurs comme les vitraux d'une cathédrale !

Un seul géologue, à ce jour, s'est rendu sur une autre planète : Harrison Schmitt, qui a marché sur la Lune lors de la mission Apollo 17. Mais en attendant de rejoindre Schmitt dans ce cercle très fermé, on peut se rabattre sur les régions terrestres qui ressemblent le plus aux paysages lunaires et martiens. Et vice-versa.

Avec des surprises imprévues. En découvrant autrefois de grandes vallées dans le Nord-ouest américain, creusées dans le basalte, certains géologues avaient fait l'hypothèse que le déversement d'un immense lac glaciaire avait creusé le terrain en quelques jours, de façon tout à fait catastrophique. À l'époque, ces géologues furent tournés en dérision.

Mais en découvrant plus tard de telles vallées d'inondation sur Mars, on a compris qu'ils avaient vu juste !

Les géologues planétaires se rendent souvent en Islande, qui présente de fabuleux terrains « martiens ». C'est notamment pour cela que l'on veut y déployer notre laboratoire scientifique Euromars. Il y a là des rifts et des laves volcaniques, mais aussi les fameuses vallées d'inondation creusées dans le basalte, ainsi que des pseudocratères formés par le passage de coulées de lave sur un sol riche en eau (on découvre justement sur Mars de telles « pustules » formées par l'explosion de la vapeur d'eau au passage de la lave, ce qui confirme que le sol martien est gorgé d'eau).

En Islande, une journée typique d'exploration commence par un briefing avec les spécialistes du site, à l'université ou dans les labos privés. Avant de prétendre découvrir quelque chose de nouveau, il faut en effet absorber le travail fait par les autres et les interroger sur les questions en suspens, les directions à explorer.

De même, il est instructif de rencontrer les spécialistes sur le terrain, si l'occasion se présente. C'est ainsi que mon équipe a rencontré Alfred McEwen et ses étudiants de l'université de l'Arizona, en plein champ de lave, pour les regarder travailler.

Dans mon cas particulier, je ne fais plus de recherche pure, mais de la vulgarisation. Je synthétise pour les étudiants et pour le grand public ce que les spécialistes découvrent (en ce moment je finis un livre sur la volcanologie planétaire pour l'université de Cambridge). Cela implique de beaucoup lire et écouter, bien sûr, et de prendre de nombreuses photographies pour illustrer livres et articles.

Voilà un métier qui permet d'associer science, art et lettres. On n'a pas besoin d'être matheux ou chercheur pour s'intéresser aux découvertes scientifiques : la science est l'affaire de tous. Elle fait partie de la culture.