La problématique des déchets nucléaires est un point de cristallisation de nombreuses peurs dans le public. Un des moyens pour tenter de lever ces craintes et décider collectivement de solutions acceptables, y compris pour les générations futures, est bien sûr d'en parler ouvertement avec tous les acteurs.
En tant que scientifique impliqué dans ces recherches, je milite en ce sens et agis pour le partage des connaissances et les débats d'idées. Futura-Sciences ouvre une possibilité supplémentaire d'interactions et d'échanges de proximité entre les publics et les chercheurs : profitons-en.
Mon métier de chercheur n’a pas deux quotidiens. Et c’est probablement ce qui en fait le charme. L’aire est immense entre d’un côté la frontière des connaissances que l’on tente, par petites poussées collectives, de faire reculer, et de l’autre, les actions de vulgarisation ou de communication auprès d’un public avide d’en savoir plus sur cette épineuse question du devenir à long terme des déchets nucléaires. A l’image de l’araignée qui a le choix entre étendre sa toile pour gagner d’autres territoires et gérer son espace disponible pour engranger les fruits de ses efforts passés, le chercheur que je suis joue de ces différentes possibilités pour tenter d’assurer un développement harmonieux de cet espace qu’est le labo, occupé pour l’occasion par une vingtaine d’araignées en blouse blanche. Dans ces conditions, la journée type n’existe pas.
D’abord, cet espace n’a de raison d’être que parce qu’on y fait de la recherche, c'est-à-dire des expériences, des calculs théoriques et des simulations, des échanges de connaissances avec d’autres labos, tout cela pour comprendre et prévoir. Deux mots clés qui balisent notre action. Comprendre comment ces matériaux dans lesquels nous confinons les radioéléments évoluent sous l’effet de leur propre rayonnement ou en présence de l’eau du site dans lequel nous stockerons peut-être un jour ces déchets. Prévoir ensuite leur évolution, c’est-à-dire le relâchement des radioéléments dans le milieu naturel et les conséquences que cela peut avoir sur l’homme et l’environnement. Prévoir sur le très long terme, de l’ordre du million d’années le comportement de ces matériaux ultrarésistants que d’autres ont conçus. Cela semble une gageure ? Pas si sûr. Il est des arguments difficilement réfutables que je vous invite à découvrir.
Cette recherche, de toute manière, ne saurait se suffire à elle-même. Elle ne prend du sens qu’en devenant partageable. Il est donc de notre devoir (aux petites araignées et à moi-même) de publier, dans des revues scientifiques spécialisées d’abord pour que notre travail soit validé par des pairs à même de juger de la qualité des réalisations, mais aussi de communiquer dans différentes sphères (publics avertis ou non, scolaires, élus…). Cette dernière action revêt une importance toute aussi grande que la première car la problématique des déchets nucléaires n’incombe pas qu’aux seuls techniciens et scientifiques. Elle est et demeure encore pour longtemps une problématique de notre société.
Enfin, en tant que responsable d’équipe, il m’incombe de veiller à ce que toutes les araignées travaillent de manière à rendre optimale l’efficacité de l’ensemble ; chose parfois délicate dans un groupe aussi pluridisciplinaire que le mien. C’est bien là une tâche aussi prenante que passionnante. Si la toile se déchire à un endroit, il faut immédiatement réparer, si une partie du groupe a étendu la toile dans une certaine direction, il faut que tous les autres puissent en profiter. Sans compter que nombre de clients intéressés par nos recherches ont besoin que l’on repousse encore les limites de la toile.
Tout cela pour que le devenir des déchets radioactifs à vie longue soit scellé en 2015. Une échéance qui peut paraitre lointaine mais qui, pour les tisseurs de toile, est demain.