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Jöel Savarino

Principales découvertes :

Chimiste atmosphère - cryosphère

Dédicace

La variété des sujets abordés, l’ouverture vers des spécialistes sans être forcément des chercheurs, la présentation soignée, l’effort pédagogique de Futura-sciences m’ont convaincu d’y ajouter ma modeste contribution. Faire de la recherche un monde ouvert vers la société, à l’écoute de celle-ci reste un défi permanent. A l’heure où la désaffection des jeunes pour les sciences relève d’un paradoxe dans nos sociétés modernes, où les peurs voire les rejets de la science se font plus fort, il est important de maintenir un lien solide avec la société. La recherche n’a pas vocation à établir ce qui est bon ou mauvais. Elle met à disposition des sociétés son savoir, charge à ces dernières de les utiliser à bon escient. Il est donc absolument essentiel que les populations comprennent les enjeux, les causes et les conséquences des découvertes qui en découlent et qu’ils se forgent une opinion en connaissance de cause. Aucune connaissance n’est immuable, la Terre était ronde pendant la Grèce antique, elle était redevenue plate au moyen âge. Le savoir ne se conserve que s’il est partagé par le plus grand nombre, un petit groupe d’érudits ne pourra rien contre les forces toujours actives des obscurantistes de tout poil.

Une journée type

Difficile de décrire une journée type tant la variété et la diversité des activités de recherche sont importantes. Malgré des difficultés grandissantes de financement de la recherche académique à but non lucratif et une gestion de plus en plus bureaucratique de celle-ci, il reste encore aux chercheurs des espaces de liberté et de créativité. Car c’est bien de cela que se nourrit la recherche. Une discussion avec un collègue à une conférence, la lecture d’une publication scientifique, une réflexion au cours du temps, la rencontre avec nos concitoyens et les étudiants, et hop un questionnement, une idée surgît que votre curiosité vous pousse à vouloir savoir, analyser, comprendre. Dès lors s’enclenche le processus de la démarche scientifique. On commence par parcourir les bases de données bibliographiques pour connaître l’état de l’art. Quelqu’un a-t-il déjà abordé cette question ? Comment l’a-t-il fait ? A-t-il abouti ? Pour quel résultats ? Si aucune de ces questions ne vous satisfait, vient alors le temps de la conception que se soit d’une expérience de laboratoire, d’un calcul, d’une expédition de terrain. L’activité dès lors se décuple, vous cherchez à cerner, à tordre, à confronter, opposer, concevoir, mesurer. Les données s’accumulent et vient le temps de la réflexion et de l’analyse. On interprète les données dans un contexte théorique que l’on n’hésite pas à bousculer si celui-ci est trop étroit voire à en créer un de toute pièce. Finalement, nos travaux sont soumis aux pairs qui décideront de la viabilité et de l’intérêt de nos recherches, les faisant vivre, se développer ou les reléguant définitivement aux rayons des constructions inutiles de l’esprit humain. C’est ce va-et-vient ininterrompu entre proposition, confrontation, réfutation, proposition qui est l’essence même de la démarche scientifique, rien de scientifique n’est immuable mais toujours en perpétuelle évolution, transformation. L’incertitude domine la science et ouvre un espace infini à l’imagination, la créativité et la réflexion. Elle éveille nos sens, permet de nous situer dans notre environnement et en retour donne du sens à nos actions, façonnant notre monde. Faire partager son savoir au plus grand nombre, participer à la vie et l’administration de la recherche complète ce métier passionnant qu’est la recherche. 

Bien sûr derrière ce tableau idyllique, le travail de chercheur cache aussi des facettes plus sombres comme la recherche permanente de crédits de recherche pour financer les salaires de nos étudiants, l’équipement et la maintenance de nos laboratoires, avec une tendance lourde de conséquence (voir aussi la description donnée par Stéphane Le Calvet sur ce même site). Aux contrats de recherche aux durées très limités (2 à 4 ans) viennent s’ajouter des moyens financiers souvent dérisoires et certainement pas à la hauteur des défis environnementaux qui se trouvent devant nous. Nous sommes ainsi soumis à une pression constante de recherche de crédits qui parfois me fait perdre le sens même du métier de chercheur et me donne l’impression de revêtir les habits d’un super VRP. L’espace de créativité se réduit alors considérablement au profit d’une bureaucratie aux règles comptables toujours plus bureaucratiques, s’auto alimentant comme seul moyen d’existence. La gestion de la recherche à 100% par contrats est une aberration contre nature. Appliquer les règles de l’économie de marché à l’activité de recherche est un non sens, amputant le chercheur de ces meilleurs armes : l’observation sur le long terme et la réflexion. Dans ses moments, il est alors grand temps de retourner à sa paillasse et de replonger dans l’univers des phénomènes naturels.