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François Marchal

Principales découvertes :

Paléoanthropologue

Dédicace

Richard Feynman est un physicien qui reçut avec deux collègues le Prix Nobel de Physique en 1965 pour ses travaux sur l'électrodynamique quantique. A un journaliste qui lui demandait de lui résumer en cinq minutes les travaux récompensés par ce Prix, il répondit : « Si je pouvais vous le résumer en cinq minutes, on ne m'aurait pas donné le Prix Nobel pour ça ».

La nature est d'une complexité immense. Les scientifiques sont des personnes qui dédient leur vie à tenter de comprendre d'infimes parcelles de cette complexité. Il est indispensable, pour bien des raisons, qu'ils transmettent leurs connaissances à tous, directement ou par un intermédiaire. C'est une tâche extrêmement difficile. Pour y parvenir, il ne faut pas croire qu'il faut rendre simple le complexe. C'est une attitude facile, mais fausse quand elle est adoptée en toute innocence, et fallacieuse quand elle est adoptée en toute conscience. Car il n'est que rarement possible « de résumer les choses en cinq minutes ». La réalité de la Nature demande à ce que l'on tente de rendre le complexe non pas simple, mais compréhensible. C'est le chemin qu'a choisi Futura-Sciences. Que cela reste toujours leur chemin, pour le bonheur de ceux qui l'emprunteront, que leur humeur soit à la ballade ou à l'excursion.

Une journée type

J'imagine que bien des gens voient les chercheurs qui étudient les origines de l'homme, comme des personnes dans des terrains plus ou moins désertiques ou des grottes plus ou moins obscures, ramassant ou fouillant de formidables fossiles, tel qu'on le voit dans nombre de documentaires.

Certes, même si cela fait partie du travail de certains d'entre nous, cela est loin de représenter la majeure partie de notre activité. Passons rapidement sur la charge toujours croissante de paperasse, commune à tout chercheur, demandée d'abord pour trouver de l'argent pour faire de la recherche, puis pour justifier des résultats obtenus avec ce financement. Cela n'intéressera personne. Il y a en fait bien des façons de faire de la recherche en général, et de la paléoanthropologie en particulier. En effet, un des éléments très appréciables dans l'activité d'un chercheur, c'est la grande liberté qu'il a dans le développement de ses activités. Ainsi, on peut faire de la recherche pure ou de l'enseignement. On peut aussi participer à la gestion de l'activité de recherche à différents niveaux. On peut également travailler à la diffusion des connaissances. Quant à la recherche à proprement parler, on peut en faire sur le terrain ou en laboratoire. Je fais un peu tout cela.

En ce qui concerne la recherche tout d'abord, je travaille sur l'évolution de l'appareil locomoteur des hominidés. Pour ce faire, il faut avoir une bonne connaissance de celui de l'homme actuel et de nos plus proches parents, les grands singes. Il faut donc visiter de nombreuses collections ostéologiques à travers le monde pour accumuler des données actuelles qui serviront à constituer un référentiel à l'aune duquel étudier nos précieux fossiles. Il faut également étudier les fossiles eux-mêmes et là aussi, le travail dans de nombreux endroits est indispensable puisque les fossiles sont la plupart du temps conservés dans leur pays de découverte, ce qui est heureux. Les fossiles étant rares et les collections actuelles riches, on passe d'ailleurs en général plus de temps à accumuler des données sur l'actuel qu'à étudier les fossiles eux-mêmes.

Certains consacrent toute leur activité de recherche à ce type d'étude en laboratoire et il y a en effet matière à cela. Mais en ce qui me concerne, comme beaucoup, un des aspects qui m'attirait dans cette quête des origines de l'homme était le travail de terrain. Je suis ainsi membre d'une équipe qui travaille dans une région appelée Fejej, au sud de l'Éthiopie, dans le bassin du lac Turkana, où nous travaillons depuis 1992. Et je co-dirige, avec mon collègue Hervé Monchot, des fouilles archéologiques dans un petit site vauclusien, non loin de Carpentras. En Éthiopie, c'est le domaine de la prospection pour collecter des fossiles parfois très anciens, et de la fouille en plein-air pour essayer d'avoir une idée de la vie de nos ancêtres il y a environ deux millions d'années. En Vaucluse, il s'agit de l'activité classique d'archéologie préhistorique en grotte, permettant de recueillir des informations sur l'environnement et, un peu, les modes de vie des hommes qui peuplaient l'Europe il y a environ 60 000 ans, les Néandertaliens. Et bien sûr, que ce soit avec le travail de laboratoire ou celui de terrain, il est indispensable de publier les résultats de ses recherches, que ce soit de façon écrite ou de façon orale, dans des congrès et colloques, nouvelles occasions de voyages.

Et il y a donc toutes les autres activités comme l'enseignement, avec, notamment, un module concernant l'évolution humaine dont je m'occupe dans le cadre du master d'Anthropologie Biologique à la Faculté de Médecine de la Timone, ou encore la formation des étudiants-chercheurs ; la diffusion des connaissances au grand public, que ce soit par la rédaction d'articles de vulgarisation, la tenue de conférences ou la participation à un site internet comme Futura-sciences ; la gestion et l'administration de la recherche avec par exemple ma participation à plusieurs commissions de spécialistes, qui statuent notamment sur le recrutement de jeunes chercheurs, ou ma participation au conseil d'administration de la Société d'Anthropologie de Paris, qui regroupe la grande majorité des anthropologues français.

Alors on le voit, les facettes du métier sont nombreuses et l'ennui n'est jamais au rendez-vous. Sauf avec la paperasse donc...

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