L'archéologue est un personnage souvent original mais, comme l'écrivait Agatha Christie dans La Mort dans les nuages : « selon moi, un archéologue est une espèce de blagueur ... mais il est en général un être inoffensif ».
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C'est heureux, car à quoi serviraient nos recherches si elles n'étaient accessibles qu'aux scientifiques ?
L'inventaire des figurations de la grotte Cosquer : un travail « de Romain »
La dernière campagne d'étude de la grotte Cosquer s'est achevée en 2003.Depuis, Jean Courtin a travaillé avec Jean Clottes à la rédaction de leur ouvrage Cosquer redécouvert (Seuil), fruit de deux années de recherche et d'expéditions sous-marines parfois éprouvantes.
Ainsi, lors de la dernière campagne, l'été 2003, en compagnie de Jean Clottes et du plongeur Luc Vanrell, Jean Courtin a dû lutter contre la montre pour terminer dans les délais l'inventaire complet des représentations de la grotte. Compte tenu des contraintes logistiques, les chercheurs ne pouvaient en effet consacrer plus de six heures par jour au travail d'inspection des parois de la grotte.
La journée de campagne ordinaire dans la grotte Cosquer n'a rien de commun avec celle d'une fouille archéologique classique, ni même avec l'étude d'une grotte ornée faisant appel à des pratiques spéléo. Ici, dans la grotte Cosquer, au cœur des Calanques de Marseille, il faut aussi être plongeur. La logistique particulière à ce type de campagne a ses exigences.
« Nous nous levions à 6 h et il fallait faire vite, reconnaît Jean Courtin. Le soir, nous étions épuisés. Nous partions vers 8 h 30 des Goudes, le quartier de Marseille où nous avions loué une petite maison pour la durée de la campagne. Ensuite, nous rejoignions notre base de plongée à la Madrague. Nous chargions la voiture avec tous les équipements : les bouteilles qu'il avait fallu remplir pendant la nuit et les autres équipements de plongée. Tout cela prenait une heure environ, parce qu'il ne fallait rien oublier. Nous amenions nos fiches par exemple, nous les mettions dans des containers qui étaient enfermés dans d'autres containers. Une fois l'ensemble des équipements conditionnés, nous chargions le tout sur le zodiac».
« Nous étions sur le bateau vers 10 h, poursuit Jean Courtin. Ensuite, nous nous rendions sur la zone de mouillage. Cela prenait encore une bonne demi-heure, et enfin nous nous équipions. »
Les préparatifs n'étaient pas terminés pour autant. La plongée vers la grotte devait encore attendre.
« D'abord il y avait le mouillage, explique le préhistorien, cela prenait encore une dizaine de minutes. Ensuite, c'était la plongée. Il fallait passer aussi les équipements, les caissons, etc. Une fois arrivés, nous enlevions évidemment nos équipements de plongée, nous nous déshabillions pour enfiler des combinaisons spéléo. »
Heureusement, les équipements spéléo ne faisaient pas partie du transport. Ils attendaient sur place.
« Il étaient à l'abri, précise Jean Courtin, puisque la grotte, est fermée».
Le temps passe vite. Souvent, les chercheurs atteignaient l'entrée de la grotte vers midi. Pour eux, il était temps de se restaurer. Ensuite, laissant sur place leurs quelques provisions, ils pouvaient alors pénétrer dans les parties ornées de figurations pariétales.
« Là, notre travail consitait à effectuer des mesures, à établir des fiches, à situer les figurations sur le plan. Bref, à faire un inventaire, le plus exhaustif possible, un descriptif, zone par zone, en précisant, par exemple que tel signe est à tel endroit, celui-là est à 27 cm à droite de celui là et à 12 cm au dessus de celui-là… »
« Nous restions environ 5 heures dans la grotte, quelquefois plus » précise Jean Courtin.
Le nez collé aux parois, orientant leurs lampes afin de distinguer le moindre détail, les chercheurs emplissaient scrupuleusement leurs fiches. Cette méthode leur a permis de relever des détails imperceptibles au premier regard.
« C'est ainsi, par exemple, que nous avons trouvé des petits animaux. Parce que quand vous voyez un gros bouquetin profondément gravé, vous vous focalisez sur lui, mais après quand vous êtes là, pendant des heures, devant cette même gravure à prendre des notes, à regarder à la loupe, à voir comment le trait a été fait, avec un silex ou avec autre chose et à tenter de faire varier l'éclairage les lampes, vous vous dites : ah ! tiens… et vous voyez un autre animal. Vous apercevez un trait fin, il vous intrigue, vous le suivez, vous vous demandez où il va. Vous trouvez d'autre gravures qui se superposent, c'est incroyable ! Il y en a pour des années à travailler dans la grotte Cosquer ! » estime Jean Courtin.
« En réalité, nous avons fait un travail de dégrossissage, reconnaît-il. J'ai pris des clichés de ce qu'on a trouvé, de ce qu'on connaît actuellement. Des fiches type ont été établies. C'est très complet. Elles serviront à établir une banque de données. Il y a le nom de la représentation, le nom de la salle, relevé, photo, entrée, localisation, thème, animal, composite humain, signe, mains, support, les gravures les plus proches, la technologie utilisée, situation, orientation, mesures… On a tout, mais c'est long à faire. C'est un travail de romain ».
Les dernières campagnes ont notamment permis d'établir un inventaire des « tracés digitaux », ces marques de doigts dans le calcaire tendre des parois. Pour les chercheurs, qui ont relevé au moins deux périodes d'occupation de la grotte (27 000 et 18 000 ans) ces tracés sont anciens. « Il y en a partout, dans tous les recoins, s'étonne encore le préhistorien, ils datent la première période parce que les animaux sont toujours par dessus. Ils sont calcités, on voit qu'ils sont vieux, ils n'ont pas la même patine, et on s'est aperçu que parmi les tracés digitaux, il y avait des animaux, dessinés au doigt, des bovidés, des bisons, il y a donc des dessins d'animaux qui appartiennent à la première période. »
Au total 476 fiches ont été rédigées avec les mensurations, la localisation précise de chaque figuration par rapport aux autres et par rapport au plan général la grotte. Ces informations constituent une précieuse base de données pour des recherches futures.
« Grâce à ce travail, les chercheurs qui étudieront la grotte après nous auront les photos, ils auront les croquis, ils auront le descriptif complet. » Conclut Jean Courtin.
Propos recueillis par François Herbaux