On pourrait définir l'Homme par son aptitude à la Science, au sens le plus large du terme, c'est-à-dire cette capacité qu'il possède à s'efforcer de comprendre et de conceptualiser son environnement, l'univers et lui-même.
Les animaux, et peut-être les pré-humains, maîtrisent certes une compréhension empirique du monde, indispensable à leur survie.
L'Homme va bien au-delà.
Si, comme je le crois, la Science est le propre de l'Homme, le corollaire est de mettre à la portée de tous ses hypothèses, ses avancées, ses découvertes, et plus généralement sa démarche, et cela dans les innombrables domaines qui sont les siens.
Futura-sciences s'y emploie avec bonheur.
Jean Clottes - Juin 2003
La vie d'un archéologue, et particulièrement d'un spécialiste d'art rupestre, comprend des voyages d'étude, au cours desquels nous sommes exposés à des formes d'art et à des cultures différentes.
Parmi les pays où je suis allé le plus souvent et que j'aime le plus, il y a le Niger, les montagnes de l'Aïr et le sable du Ténéré, où j'ai passé de nombreuses semaines avec mes amis Touaregs.
Les lignes qui suivent sont tirées d'un livre où j'ai raconté certaines de mes aventures (Passion Préhistoire, 2003, Paris, La maison des roches). C'est une journée parmi bien d'autres dans le désert.

« Nous arrivons dans un paysage de grandes roches tourmentées, sculptées par l'érosion. Certaines évoquent de gigantesques champignons. Nous explorons le chaos et découvrons quelques gravures dispersées. Nous voici à Kori Elailei. Dans mes souvenirs, le site majeur devrait être à quelques centaines de mètres à l'est. Je pars en exploration, sous le soleil déjà accablant de cette fin de matinée, et je le retrouve sans peine. Mes compagnons, pessimistes, ont établi le camp à l'ombre d'un rocher orné d'un gigantesque personnage armé d'une lance. Le feu brûle déjà, mais je les convaincs de s'installer plutôt au pied de la falaise, dans un vaste cirque. Pendant que nous déjeunons, un gosse vient nous voir, tenant un gros margouillat vivant, sorte d'iguane jaune, avec lequel il joue comme si c'était une poupée.
Après notre repas frugal et le thé, nous partons explorer le haut des falaises. Le paysage est lunaire, avec ces grès crevassés à perte de vue, sans aucune végétation, et la chaleur est accablante.
Au point le plus haut, un amas de blocs noirs, volumineux, attire mon attention. Quelques ânes, qui s'abritaient à l'ombre, partent à regret. Non, le rocher est très érodé et sa surface sableuse ne se prête pas du tout à la gravure. En revanche, j'en aperçois un bon nombre sur le sol. Elles sont émoussées par le passage des bêtes, mais bien reconnaissables : girafes, bovinés et antilopes ont été piquetés là. Cela confirme mes observations sur l'importance des points hauts et des gros blocs bien visibles dans le paysage : s'ils n'ont pas pu graver sur les rochers eux-mêmes, ils l'ont tout de même fait juste devant eux, en cet endroit stratégique qui devait avoir pour ces gens une valeur symbolique. »