La recherche en sciences humaines est avant tout rencontre de l'Autre et travail sur la diversité des Hommes. Une telle approche implique une curiosité inlassable à l'égard de civilisations différentes, d'êtres humains différents. La connaissance de l'Autre est source de compréhension, de tolérance et d'acceptation. L'objectif fondamental de la recherche en sciences humaines me paraît être, de nos jours, de lutter contre l'obscurantisme qui génère la violence des relations humaines et de favoriser le dialogue entre les civilisations et les hommes, au-delà des déterminismes géographiques, linguistiques, religieux ou sociaux. Il est donc très important que les scientifiques puissent communiquer le plus largement possible afin de renforcer les bases d'une véritable démocratie, fondée sur la connaissance et la réflexion.
En ce sens, l'action du site Futura-Sciences.com est déterminante puisqu'il constitue une plateforme d'échanges incomparable entre public et chercheurs.
Notre journée commence tôt, quand il fait encore frais dans la vallée de l'Euphrate : nous nous levons à 5h/5h30, au son du muezzin de la mosquée à côté de laquelle nous logeons. Après un petit déjeuner avalé très rapidement, nous nous hâtons vers le site afin de commencer le plus tôt possible, la journée de fouilles. Les ouvriers nous rejoignent dans le minibus collectif qu'ils ont loué. Le petit matin est un moment privilégié : le soleil qui se lève sur la campagne turque l'éclaire d'une lumière douce, la fraîcheur nous oblige même à mettre un pull. Cela ne durera pas.
Le travail reprend : il faut décider rapidement des endroits où de nouveaux sondages seront ouverts, afin de confirmer les hypothèses mises en place dans la soirée précédente, ou afin de collecter plus de matériel pour obtenir des éléments de datation plus fiables. Très rapidement, de nouveaux fragments de vases ou de lampes sortent, qui sont tout de suite étiquetés et mis dans des sachets. Une fois le travail lancé, il faut circuler d'un sondage à l'autre pour être toujours prête à intervenir, en cas de besoin ; si la couleur ou la texture de la terre change, cela peut signifier que l'on change de couche stratigraphique ; alors, des gestes techniques, assez répétitifs, s'imposent : il faut donner de nouveaux numéros aux objets qui y seront mis au jour, prendre les cotes du haut de la nouvelle couche, essayer de comprendre pourquoi ce changement : y a-t-il eu un recreusement quand des pillards sont venus récupérer les pierres des murs ? S'agit-il du passage à un niveau de fonctionnement plus ancien ? Et puis, parfois, c'est l'émotion : des cris fusent d'un sondage : une résistance plus marquée de la terre a alerté les ouvriers ; aussitôt, le travail s'arrête. Il faut prendre les plus grandes précautions : c'est au pinceau, voire à la main que l'on enlève les derniers millimètres de terre ; le plus souvent, il ne s'agit que d'une tuile ou d'une pierre ; mais parfois, le cœur battant, nous découvrons ainsi un trésor de plusieurs centaines de monnaies qui ont encore gardé la forme de la bourse qui les contenait ; elles ont été abandonnées dans une fuite éperdue devant l'attaque des ennemis : émouvant témoignage d'instants dramatiques dans des vies passées et oubliées ; ou bien c'est quelque magnifique tableau mosaïqué caché à tous les regards depuis plus de dix-sept siècles. Des moments uniques qui font oublier toutes les heures passées dans la poussière, sous un soleil de plomb…
Mais la journée avance et la chaleur se fait accablante ; une pause avec les ouvriers nous permet d'évoquer avec eux leur fierté devant le patrimoine qu'ils mettent au jour, leur vie, souvent très rude, leurs soucis, mais également de goûter une fois de plus leur sens de l'hospitalité : ils ont toujours un bon petit plat à nous offrir ; c'est aussi le moment choisi pour rendre visite aux autorités locales, faire des courses, passer à la banque, téléphoner…
Finalement, la fin d'après-midi est consacrée au travail dans le dépôt de fouilles : lavage des tessons, marquage, dessins, relecture des carnets de fouilles, première étude de groupes particulièrement importants qui permettent de comprendre la stratigraphie, échanges d'impressions et de réflexions entre les fouilleurs qui doivent mettre au point la stratégie de fouilles du lendemain…Et ce n'est que quand l'obscurité nous empêche de travailler que nous regagnons tous la maison de fouille tandis que, autour de nous, les bruits du village s'estompent petit à petit.