La surabondance d'informations invérifiables mises en ligne par des personnes mal renseignées est un problème majeur posé à cet outil par ailleurs irremplaçable qu'est Internet. L'esprit « démocratique » de certains sites (comme une encyclopédie ouverte bien connue), s'il part d'une bonne intention et peut à l'occasion produire d'excellentes choses, est en retrait par rapport à l'idée que je me fais du savoir en général.
À mon sens, et tant pis si cela peut paraître rétrograde, nous ne sommes pas tous égaux devant la connaissance et la meilleure volonté du monde des amateurs ne peut pas se substituer valablement aux connaissances des spécialistes (même si les compétences de ceux-ci ne doivent surtout pas être idéalisées).
Futura Sciences me semble une heureuse manière de concilier la nécessaire ouverture de la science au plus grand nombre avec la vigilance qui s'impose sur le sérieux des informations délivrées. Spécialistes comme amateurs y ont un rôle à jouer : aux premiers la responsabilité d'informer, aux seconds celle de questionner, de pousser les experts dans leurs retranchements et de porter un regard critique de citoyens sur les activités des scientifiques, activités qui concernent la collectivité toute entière.
Les mathématiques, ça n'est jamais quotidien, c'est toujours nouveau.
L'espoir de tomber un jour sur un résultat original et intéressant n'est sans doute pas très éloigné de celui de l'explorateur qui rêve de découvrir une nouvelle terre, belle et inexplorée.
L'exploration du continent mathématique apparaît en général aussi touffue aux chercheurs que l'apparaissait celle de la forêt amazonienne par les explorateurs des siècles passés : on avance à coup de machette, on se trompe de route, on se perd souvent et parfois longtemps, on ne saurait pas dire avec précision ce qu'on fait là, et pourtant on n'aimerait pas être ailleurs. Car là où l'on est, et malgré toutes les difficultés, on se sent profondément libre. Cette liberté du mathématicien transparaît dans les outils qu'il utilise : s'il a parfois besoin d'un ordinateur et de livres, une bonne part de son travail ne nécessite souvent que trois choses : une feuille de papier, un crayon et de la patience.
Il est des moments où l'on préfère avancer seul et d'autres où il est plus efficace de travailler à plusieurs. Il est des moments où tout se bloque et où l'on perd le sommeil à force de s'acharner sur un problème. Il est des moments où l'on doute de la pertinence ou de l'intérêt de la question à laquelle on cherche à répondre. Il est des moments où l'on se désole de ne pouvoir faire percevoir à son entourage la beauté de tel ou tel résultat et où l'on s'agace des réflexions stéréotypées sur les « savants perdus dans leurs chiffres ». Il y a l'instant magique où la solution apparaît. Il y a l'instant terrible où cette solution se révèle n'être qu'un mirage. Il y a la satisfaction de présenter enfin à ses collègues les résultats de travaux fruits de plusieurs mois de labeur.
Le point commun à chacun de ces moments heureux ou malheureux est pour moi le sentiment de participer à une aventure extraordinaire de la pensée humaine, commencée il y a quatre mille ans, unissant des personnes et des civilisations complètement différentes, et qui se poursuivra encore pendant des millénaires.