S'informer sur les sciences et les technologies est essentiel dans une société basée sur le Progrès technoscientifique. Je connais Futura-Sciences depuis plusieurs années et l'équipe y fait un travail très apprécié (à Bruxelles aussi !).
En matière d'information et de communication, soyons professionnels ! Et ambitieux ! Mais aussi modestes… Je ne partage pas l'opinion des scientifiques qui attribuent par exemple le rejet des OGM ou du nucléaire à une inculture scientifique généralisée. L'expérience montre que l’information (même de qualité) ne suffit pas à convaincre ou rallier. La réalité est beaucoup plus complexe. Le destinataire-récepteur d’un message y réagit par un cheminement cognitif personnel, complexe et largement imprévisible, dont on commence seulement à découvrir les tenants et aboutissants.
A quoi bon donc informer si l’information est stérile ? Peut-être faut-il qu’en toute modestie, ceux qui s’essaient à l’art difficile de la communication et de la vulgarisation scientifique espèrent participer davantage à une évolution qu’à une révolution des opinions, en étoffant le débat démocratique et en développant la culture générale. Et comme l'a bien expliqué Bernard Schiele : « Si du strict point de vue de l'apprentissage d'un savoir scientifique, la vulgarisation faillit, elle contribue néanmoins fortement à sa socialisation. » Dans le contexte actuel, atteindre un tel objectif serait déjà un franc succès. Mais il faut cesser de voir la « com » et l’information scientifique comme une machine à convaincre ou, pire encore, à manipuler les esprits.
Je suis, si j'ose dire, la « vitrine » de la Commission européenne pour la science et la technologie. Concrètement, je dirige l'Unité Communication de la Direction générale de la Recherche à Bruxelles. Ce service de 30 personnes environ a pour mission de rendre public et visible les actions de la Commission européenne dans le domaine scientifique et technologique. Vous me direz: « Mais que fait donc la Commission dans ce domaine? » Et vous avez raison. Une enquête récente nous l'a confirmé: sur 100 personnes, à peine une sait que l'Union européenne est active dans la recherche scientifique… L'action de l'Union est le plus souvent associée à l'euro, l'agriculture, les directives, etc. Mais pas à la science. Pourtant l'Union distribue plus de 5 milliards d'euros pour des recherches dans des domaines divers (santé, transport, énergie, changement climatique, sciences humaines, etc.)
Ma tâche est de révéler ces activités et ces résultats visibles au public. Par exemple en organisant des présentations à la presse. Ou à travers le magazine research*eu, dont l'abonnement est gratuit (http://ec.europa.eu/research/research-eu/index_fr.html). Ou par le site Internet de la Commission (http://ec.europa.eu/research/index.cfm?lg=fr). Ou encore par des conférences, des publications, etc.
Ce « voyage en communication » et les interactions avec les scientifiques m'ont beaucoup appris. Dans mon dernier livre, je raconte quelques anecdotes amusantes. Les scientifiques aiment monter en épingle les erreurs des journalistes (éventuellement scientifiques). Je leur explique que ces erreurs ne sont pas fondamentales. L'essentiel est ailleurs.
Travailler dans ce « grand machin » qu'est la Commission européenne est une expérience en soi. C'est une ruche plurilingue et bourdonnante de projets. C'est aussi un formidable observatoire de l'Europe et de la société. Et même du monde entier. Pendant 2 mois, j'ai été le porte-parole du Commissaire (le ministre, si vous voulez) européen à la recherche. Je me trouvais chaque jour à midi dans la grande salle de presse de la Commission, peuplée d'une bonne centaine de journalistes. Vous avez là, pendant une heure environ, le monde sous vos yeux et en temps réel. Car l'Union est impliquée dans la plupart des grands chantiers de notre époque. C'est incroyable le nombre de décisions, d'études, de résultats qui contribuent à améliorer, de petits pas en petits pas, notre qualité de vie ! Mais tout ceci n'est malheureusement pas très visible pour le citoyen européen que nous sommes tous !