Je remercie Futura-Sciences d’accueillir dans ses pages le sujet des épices, qui oscille sans cesse entre rêve et réalité, science et légende, qui sont autant de dimensions complémentaires dans la vie des êtres humains.
La journée commence dans la fumée d’un bâton d’encens, avec les informations de la rédaction de France Culture, et une tasse de thé aux épices. Dans un demi-sommeil, je rêve et commence à écrire dans le prolongement de la nuit, reposante. J’imagine une histoire, j’invente une accroche, je trouve enfin la manière d’écrire le début ou la fin d’un livre, ou d’un film.
Après cette première séance d’écriture matinale, j’éteins la radio, je reprends un thé, et je peux enfin répondre au téléphone, assister à des réunions, ou me rendre à la Grande Bibliothèque.
Au rez-de-jardin, face au jardin clos, je me documente sur les sujets à traiter. Ma formation d’historienne m’a fait comprendre l’importance de l’archive et de la nécessité d’aller à la source.
Les informations écrites seront croisées avec celle des professionnels que je rencontre. Pour les épices, il y a l’épicier du quartier, intarissable sur ses produits, et le triturateur d’épices Philippe Hass des Epiceries fines Eric Bur. Il y a encore les marchands de Belleville et les vendeuses des marchés d’Inde, du Vietnam, des Antilles, du Mexique ou du Brésil, rencontrées lors de mes voyages, qui m’ont expliqué leur manière d’employer les épices, et livré parfois ce qu’elles présentaient comme des secrets de famille.
Enfin, il faut humer, déguster, comparer, décider, imaginer. Le travail se prolonge parfois au cours de la soirée, lors du dîner, avec, dans une main, un fourchette, dans l’autre une crayon, afin de noter les sensations, les impressions et les idées, qui fourniront la matière du texte à écrire le lendemain. Car l’expérience sensible complète les lectures et la documentation de manière décisive. Elle ajoute l’émotion et donne le ton personnel qui caractérisera le livre ou le film à venir.
Que j’aie à écrire un texte documentaire, ou une fiction, le travail se déroule de la même manière, alternant rêveries, recherche, et longues séances de rédaction lors desquelles le texte se construit mot à mot, jour après jour, à la manière d’une dentelle, avec finesse et précision.